Arnaud Montebourg, avocat du plan de compétitivité de Renault

Le ministre du Redressement productif encourage la signature d'un accord de compétitivité chez Renault. Il juge "modérées" les demandes de la direction.
Carlos Ghosn, PDG de Renault et Nissan. Copyright Reuters
Carlos Ghosn, PDG de Renault et Nissan. Copyright Reuters (Crédits : REUTERS)

Parti bille en tête contre la famille Peugeot l'été dernier, Arnaud Montebourg vole au secours de Renault. Dans un entretien accordé ce vendredi à La Voix du Nord et Paris-Normandie, le ministre du Redressement productif encourage ainsi la signature d'un accord de compétitivité chez Renault, jugeant "modérées" les demandes de la direction à ses salariés. Au risque de décevoir et irriter les syndicats... "Ce sont des propositions qui peuvent être discutées mais qui me paraissent être, par rapport aux risques que court l'industrie française et européenne, des efforts modérés", déclare le ministre... en arguant du bon sens: "Je préfère des efforts modérés, mais des efforts certes, plutôt que de faillites, des fermetures et des pertes de substance industrielle", explique-t-il, ajoutant que 70 entreprises sous-traitantes sont "en procédure de faillite devant les tribunaux de commerce".

Suppressions de postes sans licenciements

Le projet de Renault, qui ne fabrique plus que 17,5% de ses véhicules en France (au troisième trimestre 2012 selon les chiffres du CCFA, Comité des constructeurs français d'automobiles), prévoit un gel des salaires cette année et une augmentation du temps effectif de travail. Le constructeur au losange envisage la suppression nette de 7.500 emplois en France d'ici à 2016, a priori sans fermeture de sites ni licenciements - ce dont le gouvernement s'est déjà à plusieurs reprises félicité, même s'il est monté au créneau sur le prétendu chantage exercé par le groupe sur la femeture de sites en France en cas d'échec des négociations. Ce que Renault a démenti.

Faibles marges

Les très faibles marges opérationnelles réalisées par Renault et PSA les années où ils gagnent de l'argent (5,2% pour Renault en 2004), par rapport à celles des constructeurs allemands (11,5% pour BMW ou Audi), japonais ou coréens, prouvent le déséquilibre intrinsèque de la structure de coûts des constructeurs français. Le paradoxe est connu: Renault comme PSA se sont de facto spécialisés progressivement dans les voitures petites ou compactes. Une spécialisation dictée notamment par la discrimination fiscale à l'encontre du haut de gamme pratiquée traditionnellement par les pouvoirs publics français, qui a fragilisé les "gros" modèles des deux groupes tricolores. Or, dans les petites voitures et les compactes, un créneau archi-concurrentiel, le facteur prix est déterminant dans l'acte d'achat.

Coûts trop élevés

Le hic: selon le directeur général délégué de Renault Carlos Tavares, il y a une différence de 1.300 euros entre une Clio IV produite en Turquie et son homologue assemblée à Flins! Même si certains experts jugent ce chiffre un peu exagéré, l'écart n'en existe pas moins. Chez PSA, sans avancer de chiffre, on affirme également qu'une voiture fabriquée à Trnava en Slovaquie est nettement mois chère à assembler que son homologue "made in France". Philippe Varin, président de PSA, affirmait récemment que le coût salarial horaire, s'il atteint 35 euros en France ou en Allemagne, ne dépasse pas 22 euros en Espagne, voire 10 euros en Slovaquie ou République tchèque.

Nissan fabrique autant en une seule usine que Renault en France

Les usines françaises, comme la production italienne de Fiat d'ailleurs, se retrouvent confrontées au dilemme de devoir produire cher des véhicules qui doivent être vendus (relativement) bon marché, l'image et la structuration des gammes de PSA mais surtout de Renault ne permettant pas de faire accepter par le client le moindre surcoût pour cause de "made in France", surtout hors de l'Hexagone... mais aussi à l'intérieur. II s'agit pas pour Renault et PSA de baisser les coûts salariaux horaires, mais d'améliorer le temps d'utilisation de l'outil industriel. La direction de l'ex-Régie propose notamment la refonte des comptes épargne-temps. En cas d'accord chez Renault,  celui-ci promet la mise en fabrication dans l'Hexagone de modèles de ses partanaires, en l'occurrence Nissan, trop à l'étroit dans son usine britannique de Sunderland, considérée comme la plus compétitive d'Europe. Sunderland produit annuellement plus de 500.000 véhicules avec 6.000 salariés, soit autant que toute la production des usines de Renault en France!

Salaire de Carlos Ghosn trop élevé

Arnaud Montebourg a réitéré son appel au PDG de Renault et Nissan, Carlos Ghosn, pour un effort "important et significatif" de réduction de son salaire, "à la mesure de ce que la cohésion de l'entreprise nécessite". Un appel aux conséquences toutefois limitées. En 2011, le double PDG aurait ainsi touché la bagatelle de 13,3 millions d'euros. Seulement, voilà: ce chiffre est à ventiler entre... sa rémunération de PDG de Nissan (10,5 millions d'euros), et celle de PDG de Renault (le reste). Sans Nissan, Carlos Ghosn, actuellement à la deuxième place des salaires des PDG du Cac 40, sortirait du "top 10" du classement réalisé par Proxinvest en décembre dernier... Ce n'est donc pas Renault, et de très loin, qui lui rapporte le plus!

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Commentaires 31
à écrit le 14/02/2013 à 15:10
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Que les ministres commencent par réduire leurs salaires mais comme cela est anticonstitutionnel, on se tait et on hurle aux autres de le faire. Notre Zébulon national a encore surgi de sa boite et distille la bonne parole.

à écrit le 06/02/2013 à 19:53
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C'est perdu si ce mec s'en occupe....Carlos va ouvrir son parachute dorée et Montebourg va fermé les usines vidés!!!! Il lui restera les discusions avec ses potes de la CGT.......

à écrit le 01/02/2013 à 20:47
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Lamentable les socialiste s trahissent les ouvriers,employés et cadres qui ont votes pour eux.mon père m'avait dit de me méfier d'eux, il l avait raison .nous avons donc désormais 2 ennemis :les patrons sans scrupule et le gouvernement qui chie dans ...

le 03/02/2013 à 10:38
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Si les socialistes disaient le contraire, on leur reprocherait d'avoir une attitude idéologique !!! Reconnaissez donc qu'ils savent tenir compte de la réalité des choses !...

le 06/02/2013 à 19:56
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Gauche caviare oui!!!! La seul chose qu'ils tiennent c'est une dérouillé au prochaines elections....si ils y arrivent.... AUX ARMES CITOYENS!!!!!!

à écrit le 01/02/2013 à 16:53
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Ce n'est pas la girouette qui tourne, c'est le vent :o)))

à écrit le 01/02/2013 à 16:42
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Le changement d'attitude (politique) n'enlève rien à son incompétence.

à écrit le 01/02/2013 à 16:40
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Le redressement productif devrait savoir que sur les 19 membres du conseil d?administration l?état à deux administrateurs + 3 administrateurs qui représente les salarier avec un peu lobby il est facile de revoir son salaire au PDG. Maintenant que le ...

le 03/02/2013 à 10:41
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N'oubliez pas que le salaire de Ghosn (j'arrondi à 10 millions) est de 9 millions par Nissan, et 1 millions par Renault. Le CA de Renault ne pourra pas toucher aux 9 millions et l'Etat francais ne siege qu'à celui de Renault SAS.

à écrit le 01/02/2013 à 15:49
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c'est drole sur la photo il ressemble à carlos Ghosn...

à écrit le 01/02/2013 à 15:33
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Et oui l'euro se porte bien les peuples moins mais qu'est qu'un être humain à côté. M Montebourg ne connaîtra jamais cette phrase en rentrant chez lui "mes enfants je n'ai plus de travail car je coûte trop cher". Tous ces élus de droite comme de gauc...

à écrit le 01/02/2013 à 15:17
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Faire baisser les salaires et augmenter les heures de travail pour relancer la compétitivité de l'Entreprise faute de pouvoir le faire avec une dévaluation de l'?..!!! l'? une chance pour la France..mdr..!!

à écrit le 01/02/2013 à 14:41
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Pour définir l'avenir et la compétitivité de l'industrie française doit-on plutôt faire confiance aux industriels qui sont les principaux intéressés, au gouvernement qui achète la paix sociale, à la CGT qui agit comme un zombie assoiffé de pouvoir, a...

le 01/02/2013 à 17:19
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Le problème vient du fait que les grandes entreprises ont pris la mauvaise habitude de se tourner vers l'état et les politiques dés qu'elles rencontrent des difficultés . A partir de là le gouvernement se saisit des dossiers et devient interventioni...

à écrit le 01/02/2013 à 14:39
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Ça s'appelle une girouette politicarde

à écrit le 01/02/2013 à 14:27
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La semaine dernière ce même gouvernement dénonçait le chantage à la fermeture de sites par la direction de Renault dans le cadre des négociations sur la compétitivité en cours et aujourd'hui les propositions deviennent acceptable et ce gouvernement c...

le 01/02/2013 à 14:47
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"gesticulations médiatiques ..." J'ai moi meme dénoncé cette mise en scène avec psychodrame dans cette affaire la semaine dernière sur ce meme site mais cela fait partie de la vie politique : ultimatum de carlos Ghosn , le ministre qui s'insurge ,les...

à écrit le 01/02/2013 à 14:14
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Implicitement on dit que si le coût de fabrication d'une voiture en France est supérieur à celui d'un autre pays, c'est dû au coût de la main d'oeuvre. Si on veut être un peu plus précis et juste, on prendra en compte d'autres aspects; comme le nivea...

à écrit le 01/02/2013 à 14:12
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Je pense qu'à plus ou moins long terme Nissan,Toyota et d'autres peut etre assembleront leurs véhicules sur les chaines de PSA et Renault pour contourner les inévitables barrières douanières qui vont s'élever aux frontières de l'Europe .Et italiens e...

à écrit le 01/02/2013 à 13:51
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Deux remarques: 1) Peut-être les usines en France sont-elles trop petites pour réaliser de vraies économies d'échelle. Faudrait peut-être en fermer certaines et agrandir d'autres... Je sais bien que c'est facile à dire, mais pas à faire car cela impa...

le 01/02/2013 à 14:04
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Les usines de Renault et PSA sont de grandes capacités (plus de 400.000 voitures/an) avec Flins, Aulnay, Poissy, Sochaux. Il me semble que l'usine de Sochaux est l'une des plus importantes d'Europe ?

le 01/02/2013 à 14:07
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c'est justement ce que renault est en train de faire, il réorganise les usines en france pour fabriquer les véhicules à forte valeur ajoutée (laguna, scénic ....) mais forcément, ré-organiser un outil industriel de cette taille prend entre 4 à 5 ans...

le 01/02/2013 à 14:51
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4 à 5 ans ,le délais peut etre plus court .Fiat va quitter sevelnord où il assemble des utilitaires avec Psa et sera remplacer par Toyota ce qui se fera dans des délais plus courts ,du moins je l'espère .

à écrit le 01/02/2013 à 13:02
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@Verdevoye : Lorsque vous parlez des marges des constructeurs allemands, vous nous présentez des chiffres récents (2012); pour Renault ça date de 2004.... 8 ans de retard, elle est symbolique votre démarche?

le 01/02/2013 à 13:29
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Il est bien précisé dans l'article: 2004 quand Renault gagnait de l'argent. Les marges de Renault (hors Dacia et Nissan) étaient négatives en 2011/2012.

le 01/02/2013 à 14:08
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les marges de renault ne sont pas du tout négative, elles sont en moyenne de 2 % à l'heure actuelle.

le 01/02/2013 à 15:26
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C'est un fait, dans les bilans publiés par Daciarenault, les comptes sont dans le ROUGE, il faut les maigres dividendes de Nissan pour que Renault retrouve des maigres bénéfices... d'ailleurs si Daciarenault faisait des bénéfices, ils auraient pu dis...

le 01/02/2013 à 17:39
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@ faux: pour l'année 2011, la marge du groupe Renault a été de 2,6% et de 0,8% pour l'activité automobile (incluant Dacia). Les 2/3 de la marge proviennent de l'activité financement.

à écrit le 01/02/2013 à 12:37
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Cette analyse a tout du sophisme. RENAULT comme PSA ont naguère dépensé sans compter pour développer des véhicules "haut de gamme" qui n'ont le plus souvent jamais été rentabilisés. Que voulez vous en FRANCE et à qualité disons égale un acheteur "hau...

le 01/02/2013 à 13:37
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+1

le 07/03/2015 à 21:37
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Comment cet homme peut-il continuer avec ses pratiques à la limite de l'acceptable en Europe?

à écrit le 01/02/2013 à 12:33
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Il a au moins le mérite de la cohérence.

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