Lucid Motors, la startup californienne qui rêve de détrôner Tesla

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La Lucid Air Dream Edition est vendu au prix de 161.500 euros. Lucid Motors veut toutefois compléter sa gamme avec des modèles à 25.000 euros.
La Lucid Air Dream Edition est vendu au prix de 161.500 euros. Lucid Motors veut toutefois compléter sa gamme avec des modèles à 25.000 euros. (Crédits : Lucid Motors)
Dirigée par un ancien de Tesla, la startup s’apprête à faire ses débuts à Wall Street et devrait livrer ses premiers véhicules (très) haut de gamme durant le second semestre de l’année. L’occasion de revenir sur son parcours loin des projecteurs, mais dont les choix stratégiques rappellent encore souvent ceux de son illustre modèle, Tesla...

Plus de 9 milliards de dollars. C'est la valorisation estimée qu'a brièvement atteinte Lucid Motors, potentiel rival de Tesla, en février dernier, peu après l'annonce de sa future entrée en Bourse via une fusion avec le fonds Churchill Capital Crop IV. À titre de comparaison, c'est un cinquième de la valeur de Ford (45 milliards de dollars), pour une entreprise qui n'a pas encore livré un seul véhicule ! L'emballement autour de Lucid montre combien l'enthousiasme autour de la voiture électrique est fort aux États-Unis, en particulier lorsqu'il s'agit de startups de la Silicon Valley. La valeur de Fisker, autre rival californien de Tesla, a pour sa part été estimée à 3 milliards de dollars lors de l'annonce de sa propre entrée en Bourse à l'automne 2020. Le mastodonte du marché reste bien évidemment Tesla, dont la valorisation a dépassé le seuil stratosphérique des 850 milliards de dollars en janvier, avant de redescendre depuis autour de 550 milliards.

Du luxe à l'électrique accessible

Depuis l'annonce de son arrivée à Wall Street, dont la date précise n'a pas encore été révélée, Lucid Motors a également annoncé son ambition de proposer une voiture à 25 000 dollars, afin de démocratiser l'électrique. Le coût à l'achat demeure aujourd'hui l'une des principales barrières à cette massification, un enjeu dont Tesla a également bien conscience. La Tesla Model 3 démarre pour sa part à 35 000 dollars, et Elon Musk a affirmé vouloir descendre à 25 000 pour 2023, en misant sur la baisse du coût des batteries et une augmentation de la production de véhicules.

Et tout comme Tesla, Lucid Motors a fait le pari de commencer par cibler le marché du luxe, avec pour objectif de descendre progressivement les échelons afin de proposer des véhicules de plus en plus abordables au fil des années. Le premier modèle de l'entreprise, la Lucid Air Dream Edition, est vendu en précommande au prix de 161 500 dollars, subvention comprise. Les premières livraisons doivent être effectuées durant le second semestre 2021, et l'entreprise a d'ores et déjà annoncé que l'intégralité des premiers modèles avait été réservée (le nombre exact n'a en revanche pas été dévoilé).

De la batterie à la voiture de luxe

L'histoire de Lucid Motors démarre en 2007 sous un autre nom. Alors baptisée Atieva, la jeune pousse est au départ spécialisée dans la fabrication de batteries pour véhicules électriques. Mais six ans plus tard, elle pêche un très gros poisson, qui va amorcer un réalignement stratégique : Peter Rawlinson, ancien de chez Jaguar et, surtout, ex-ingénieur en chef de la Tesla Model S, rejoint ses rangs. Peu de temps après, la jeune pousse annonce sa volonté de construire ses propres véhicules électriques.

« Quand nous avons pris cette décision, nous l'avons fait avec une vision très claire de ce en quoi consisterait la prochaine génération de véhicules électriques. Nous avons créé une voiture à l'intérieur plus spacieux, mais également plus compacte, sportive et efficace. Une performance permise par la miniaturisation du groupe motopropulseur, conçu et fabriqué par nos soins », explique Rawlinson, aujourd'hui CEO et CTO de l'entreprise.

Lire aussi : Qui est Fisker, ce rival de Tesla qui vise Wall Street ?

Tout comme son grand frère, le rival de Tesla veut ainsi construire des véhicules taillés de A à Z pour la technologie électrique, et non des voitures à essence mises à jour pour accueillir un nouveau type de propulsion.

« Nous sommes partis de zéro pour le design de la voiture, et avons fait travailler nos équipes de designers, d'ingénieurs et de producteurs de concert afin de concevoir un véhicule susceptible de générer de nouveaux standards en matière de performance. Nous proposons ainsi une autonomie de 500 miles par recharge (800km, ndlr), un quart de miles parcourus en 9,9 secondes (moins de 3 secondes pour le 0 à 100km/h, ndlr) et le temps de chargement le plus rapide du marché », poursuit Peter Rawlinson.

Si elles s'avèrent exactes, ces performances seraient supérieures à celles de Tesla, qui a l'an passé battu un nouveau record sur le quart de mile, atteint en 10,4 secondes, et dont le Model S peut parcourir 400 miles par recharge (640 km).

Le changement de stratégie se traduit bientôt par un changement de nom : en 2016, la jeune pousse devient Lucid Motors, dont Atieva constitue désormais la division dédiée aux batteries. Et pour concrétiser ses ambitions, elle annonce dans la foulée sa première usine de production : 700 millions de dollars sont ainsi investis dans la construction d'une usine high-tech à Casa Grande, en Arizona. Celle-ci est achevée en décembre 2020. Elle peut selon Lucid Motors produire 34 000 véhicules par an, et l'entreprise ambitionne de monter à 400 000 à l'avenir.

Trois ans de recharge gratuite

Outre la Lucid Air Dream Edition, dont la production démarrera cette année, Lucid Motors affirme vouloir réaliser trois autres modèles du même véhicule, dont le moins cher reviendra à 69 900 dollars, aide publique comprise. Elle souhaite également commencer à produire un SUV, baptisé Gravity, dans cette même usine, à partir de 2023. Le véhicule à 25 000 dollars annoncé récemment sera le troisième sur la liste.

Pour servir ses ambitions, Lucid Motors peut compter sur le soutien de l'Arabie saoudite, dont le Fonds public d'investissement, également argentier de Uber, Activision Blizzard ou encore Electronic Arts, a misé un milliard de dollars sur la startup californienne en avril 2019. Mais également sur les quatre milliards de dollars d'argent frais que son entrée en Bourse va lui permettre de dégager.

L'entreprise s'efforce aussi de nouer des partenariats avec d'autres acteurs de l'énergie. Durant l'été 2020, elle a ainsi annoncé un partenariat avec Electrify America, succursale de Volkswagen (et également partenaire de Tesla), qui déploie des bornes de recharge pour véhicules électriques à travers le territoire américain et compte actuellement plus de 2 000 stations.

« Grâce à ce partenariat, les propriétaires américains d'une Lucid Air pourront recharger gratuitement leur véhicule durant trois ans. Ils pourront facilement localiser la borne la plus proche, vérifier qu'elle est disponible et automatiquement générer l'itinéraire », affirme Peter Rawlinson.

Concurrencer Tesla

Lucid peut-elle se faire une place sur un marché de l'automobile électrique haut de gamme pour l'heure largement dominé par Tesla ? Rappelons que l'entreprise d'Elon Musk ne s'est pas contentée de prendre des parts de marché aux grands constructeurs automobiles, elle a également su créer sa propre demande. « Voyez ce qui s'est passé aux États-Unis, par exemple. Avant l'introduction du Model 3 en 2017, le marché du middle size premium sedan (berlines moyennes haut de gamme, ndlr) était de 200 000 par mois. Le Model 3, en plus de prendre 50 000 voitures par mois aux autres constructeurs, en a ajouté entre 150 000 et 200 000 à lui tout seul. L'entreprise porte à elle seule la croissance du marché sur ce secteur », calcule Antoine Chkaiban, analyste chez New Street Research, un cabinet d'intelligence de marché spécialisé dans les nouvelles technologies.

Cela ne signifie pas que Tesla soit invulnérable pour autant. Si ses ventes continuent de croître, son emprise sur le marché américain s'est légèrement atténuée en 2020 : elle compte actuellement 69% de parts de marché, contre 80% il y a un an, un déclin relatif qui s'explique par les bonnes performances de certains véhicules lancés par des concurrents, comme la Ford Mustang Mach-E. Tesla conserve pour l'heure une supériorité technique sur les grands constructeurs, due au fait que ses véhicules ont été conçus dès le départ pour l'électrique, ce qui lui assure de meilleures performances et lui permet de mettre régulièrement à jour ses voitures. Un concurrent comme Lucid Motors, bénéficiant du même avantage, pourrait donc potentiellement inquiéter Tesla.

L'enjeu de la maîtrise logicielle

« Tesla a dès le départ construit ses véhicules sur une architecture logiciel centralisée, c'est une entreprise de logiciel autant qu'un constructeur automobile, et tant que ses grands rivaux n'auront pas rattrapé leur retard sur ce point-là, ils continueront de rester à la traîne par rapport à Tesla. L'entreprise d'Elon Musk doit en revanche s'attendre à une rude compétition de la part de jeunes acteurs qui ont également choisi de donner la priorité au logiciel, comme Lucid », analyse Lou Shipley, professeur de technologie et d'innovation à la Harvard Business School.

Lucid Motors entend également se différencier de Tesla via son propre logiciel d'autopilote, DreamDrive, qui recourra à la technologie Lidar (qu'Elon Musk considère comme inutile), et ses batteries fabriquées en partenariat avec LG Chem, dont elle affirme avoir longuement travaillé la composition chimique pour les rendre plus compactes et efficaces. Les analystes prévoient que la part du marché du véhicule électrique va doubler aux États-Unis sur l'année 2021, et atteindre les 10% de véhicules vendus au milieu de la décennie. De quoi conférer à Lucid Motors une marge de manœuvre pour se faire une place aux côtés de Tesla et des constructeurs traditionnels.

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a écrit le 13/04/2021 à 17:10 :
Pour moi c'est une évidence, partir de zéro et créer une voiture d'électricien (dans électricien je case electronicien, informatitcien,automaticien etc) , une voiture rigide (fibre de carbone, alu, pas de ferraille 4x4 d'évidence, légère, les batteries intégrées dans l'architecture.
Pas une voiture de mécanicien retrofitée électrique lourdingue à la limite de l'inconduisible avec+ de 2 tonnes, 1600 kg pour la zoé,moins pour la dacia mais quelle autonomie?
Les constructeurs européens sont restés à l'image d'une modulaire diésel, essence,gpl,électrique, ils ont tout faux.
Pour un peu Benéteau pourrait se lancer dans le même créneau si ça évolue pas.
a écrit le 13/04/2021 à 13:48 :
Les chinois préparent également pour 2022 une GT concurrente (Nio ET7) à batterie solide pouvant contenir jusqu'à 150 KWH, ce qui pourrait donner jusqu'à 1000 km autonomie avec une conduite intelligente et un bon récupérateur d’énergie. Le tout pour une puissance (inutile) de 650 CV.

Sauf qu'il comptent la vendre vers les 65000 €.

La toute nouvelle l'Always U5, un gros SUV taille Audi Q5, plutôt bien finie et presque sans défaut (direction floue), est vendue au prix d'une Kia Niro, nettement moins spacieuse. Les produits équivalents coutent le double.

etc etc....

Lucid, comme Fiskers, s'ils survivent à l'explosion de leur bulle financière resteront des constructeurs de niche.

Le combat de l'électrique est en train de se déplacer vers l'efficacité énergétique. Une Ioniq peut descendre à 9 kW/100 km alors qu'une Tesla flite avec les 20 KW/100 km dans les mêmes conditions pour des questions de poids et de régénération.

De plus on peut parier que l'électricité pas chère ne va plus durer très longtemps. Finit le plein pour quelques euros.
a écrit le 13/04/2021 à 12:49 :
Ne nous emballons pas.... Ils n'ont pas encore sorti une seule voiture et mon petit doigt me dit qu'il faut s'attendre à un plouf retentissant !!!!
On vit dans un monde de fou, on marche sur la tête. Des sociétés sont côtées des milliards sans avoir sorti un seul véhicule !!!!! Tout n'est aujourd'hui que bavardage, poudre aux yeux, marketing.... Société en perdition.....
a écrit le 13/04/2021 à 12:13 :
Pour ma part , le grand avantage de tesla par rapport à la concurrence c’est bien les super chargeur et suivant le modèle acheté le peu être gratuit ou payante.
a écrit le 13/04/2021 à 11:54 :
Bonjour,
encore une promesse à l'américaine. Pour info, en Europe, on vend déjà des voitures électriques accessibles (Dacia fait une voiture à 16500€) et on fait aussi des voitures de luxe électrique.
C'est facile de partir sur du luxe pour ensuite vanter qu'on va faire des voitures accessibles dans 10 ans.
Encore une fois, messieurs les journalistes, vous vous fêtes embarqués par les stratégies d'influence des start-up américaines qui cherchent à ringardiser tous les autres.
Pourquoi ne titrez vous pas "Alpine, la marque emblématique française qui va détrôner Tesla" ou encore "Porsche le leader incontesté du luxe électrique avec sa Taycan"
Investissons dans la valorisation de nos champions européens et arrêtons de penser que seul les américains savent créer de nouvelles entreprises.
Cordialement
Réponse de le 13/04/2021 à 12:58 :
Pas mieux, je ne peux qu'aller dans votre sens !!!

Ce type d'opération a le mérite de secouer les constructeurs historiques, bien que déjà sur un marché très concurrentiel les 'mauvais' ont disparu.
Mais il a l'inconvénient de cramer des dizaines de milliards de cash pour créer et monter en expérience de nouveaux industriels, alors que les constructeurs existants pourraient aller bcp plus loin avec les mêmes investissements...

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