Engie cède Equans à Bouygues : 5 questions pour tout comprendre au méga-deal

Alors que l'opération entre les deux géants du multi-services techniques s'est accordée sur un deal à 7,1 milliards d'euros, de nombreuses questions se posent encore autour de l'emploi, du périmètre d'activité, de la stratégie bas-carbone ou encore sur les objectifs économiques et financiers suite au rapprochement entre Equans et Bouygues Energies & Services. Décryptage des principaux points qui restent à éclaircir.
César Armand

8 mn

(Crédits : Equans)

C'est fait. Après avoir réuni son conseil d'administration suite à la clôture de la Bourse, Engie a annoncé, dans la nuit du 5 au 6 novembre, avoir retenu Bouygues pour lui céder sa filiale Equans.

Spécialisée dans les installations électriques, type chauffage, climatisation ou ventilation, ainsi que dans la mécanique, la robotique, le numérique et les services généraux, l'entreprise compte 74.000 salariés répartis dans 17 pays et réalise près de 12 milliards d'euros de chiffre d'affaires.

« L'offre était la mieux-disante au regard de l'ensemble des critères retenus, y compris sur le plan financier », a estimé l'énergéticien dans un communiqué envoyé peu après minuit.

Moyennant 7,1 milliards d'euros, le groupe coté en Bourse, spécialisé dans le BTP, les médias et les télécoms a réussi à écarter Bain Capital et Eiffage, mais surtout à convaincre le fournisseur de gaz et d'électricité ainsi que ses actionnaires - au premier rang desquels l'Etat à 24% - du sérieux de son projet. La Tribune a recensé cinq questions pour tenter d'y voir plus clair.

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 1. Quels freins restent-ils à lever pour finaliser la transaction ?

Dès le matin du 6 novembre 2021, Bouygues s'est prononcé pour une finalisation de l'opération au second semestre 2022. « La transaction a d'ores et déjà reçu l'avis favorable unanime des instances représentatives du personnel concernées au sein du groupe Bouygues », a fait savoir, dans une déclaration transmise à la presse, le géant du secteur. Autrement dit, c'est désormais au tour d'Engie et d'Equans de consulter leurs instances représentatives du personnel.

Dans le même temps, l'opération doit encore recevoir l'aval de la Commission européenne et des autorités de la concurrence française, britannique, américaine, canadienne et australienne, les pays où sont implantés aussi bien Equans que la branche de la major aux 4 milliards d'euros de chiffre d'affaires, Bouygues Energies & Services.

En France et en Grande-Bretagne, ce montant représente quelques dizaines de millions d'euros sur les futurs 16 milliards d'euros de chiffre d'affaires de l'entité commune. Absent aux Etats-Unis, Bouygues détient au Canada quelques contrats de rénovation à Toronto et à Vancouver (hôpitaux, siège de la police montée...), ainsi qu'au moins une centrale photovoltaïque en Australie.

2. Quelles conséquences pour l'emploi ?

Pas de vente à la découpe et zéro suppression d'emploi pendant au moins cinq ans. C'est la double demande exprimée par la CFDT d'Engie. A peine le conseil d'administration terminé, le syndicat a affirmé vouloir s'inscrire « dès à présent dans le processus de négociation avec le repreneur afin de faciliter l'intégration de toutes et tous les salarié(e)s dans cette future entité ».

Sachant qu'Equans emploie 74.000 personnes - dont 27.000 en France - le rapprochement avec la branche Bouygues Energies & Services devrait aboutir à « la naissance d'une équipe d'environ 96.000 collaborateurs », a calculé le géant du BTP, des matériaux et de la construction.

Ce dernier s'engage à ne contraindre aucun départ « pendant au moins cinq ans à compter de la date du closing », à créer 10.000 emplois nets d'ici à 2027 et à recruter 2.000 apprentis d'ici à 2025.

D'où qu'ils viennent, tous les salariés concernés devraient en outre bénéficier de la politique sociale de la maison, à savoir l'actionnariat salarié et la prévoyance.

3. Quel partage des tâches entre Equans et Bouygues Energies & Services ?

Une chose est déjà sûre : l'ex-président de Vinci Construction, Jérôme Stubler, actuel directeur général d'Equans, va devenir président-directeur général du nouvel ensemble, aux côtés du directeur général de Bouygues Energies & Services, Pierre Vanstoflegatte.

Rattaché au directeur général du groupe, Olivier Roussat, le tandem a pour mission d'organiser les équipes, de répartir les responsabilités et d'engager une réflexion sur les marques et les sociétés.

D'un côté, Bouygues Energies & Services se présente comme « spécialisé sur les marchés des télécommunications, des transports et des infrastructures liées à l'énergie, ainsi que dans le facility management et la maintenance industrielle et des bâtiments ». Aux côtés d'autres acteurs privés, la branche co-pilote en effet la smart city de la métropole dijonnaise.

De l'autre, Equans estime être « bien positionné » dans les métiers du génie électrique et de la télécommunication avec Ineo, les métiers du génie climatique avec Axima, et les installations multi-techniques avec Fabricom. Il clame également son « expertise reconnue » dans les transports publics, les industries de procédé, la défense et la marine.

A eux deux, ils se déclarent présents « dans plus de vingt pays » à travers le monde, principalement en Europe avant l'Amérique du Nord, mais sont aussi dépositaires d'un réseau « dense » en France et en Suisse.

4. Quels objectifs économiques et financiers pour le nouveau pôle ?

Deuxième groupe de BTP français derrière Vinci et devant Eiffage avec plus de 34 milliards d'euros de chiffre d'affaires en 2020, Bouygues a toujours assuré qu'il déposerait une offre « de manière indépendante » sans avoir à augmenter son capital.

Sans surprise, le 6 novembre, il a donc été question d'une acquisition financée par ses ressources propres et via un emprunt bancaire « totalement sécurisé » auprès de « banques partenaires » qui fera l'objet, « à terme », d'un refinancement obligataire.

Le groupe coté cite ses conseillers financiers - Greenhill & Co, Crédit Agricole CIB - ainsi que KPMG et Marsh comme due diligence finance, fiscalité juridique, carve-out, IT, RH, ESG, Compliance d'un côté, due diligence assurances de l'autre.

Dans ces conditions, le nouveau pôle Bouygues Energies & Services et Equans se fixe un taux de marge de 5% à moyen-terme, contre 4% à 6% chez la concurrence. En passant de 3,8 milliards à 16 milliards d'euros de chiffre d'affaires, l'entité espère par exemple économiser entre 120 et 200 millions d'euros dans sa politique d'achat auprès de ses fournisseurs.

En réalité, le géant du BTP, des médias et des télécoms espère devenir le deuxième leader mondial des services multi-techniques, juste derrière son compatriote Vinci Energies. Avec cette acquisition, la nouvelle entité représentera en effet le premier métier de la major et, surtout, 30% de son chiffre d'affaires total.

5. Quelle stratégie bas-carbone ?

Dès février 2020, dans la foulée de Vinci et juste avant Eiffage, Bouygues s'est engagé à réduire ses gaz à effet de serre d'ici à 2030 sur les scopes 1, 2 et 3, c'est-à-dire ses émissions directes, ses émissions indirectes liées aux consommations énergétiques et l'ensemble de ses émissions indirectes en amont.

Ainsi, l'entité Bouygues Construction, dont dépend encore la branche Energies & Services, a promis de baisser ses émissions de 2019, sur les scopes 1 et 2, de 40% et de 30%, d'ici à neuf ans. Et ce en faisant de la démarche carbone un réflexe interne en formant les équipes aux enjeux climatiques, en réduisant les émissions liées aux déplacements, « en travaillant sur le numérique responsables ».

Ou encore en dialoguant avec ses clients pour « réfléchir collectivement » à la transition bas-carbone, en monitorant et en réduisant les consommations d'énergie des sites et chantiers, ou en s'engageant à réduire l'impact carbone de ses achats, notamment sur le ciment.

D'autant que lors de la présentation des résultats semestriels 2021, le 26 août dernier, le directeur général du groupe Olivier Roussat l'a redit : le montant des investissements dédiés sera dévoilé en février 2022 lors de la présentation des résultats annuels 2021. Engie, lui, voulait se séparer d'Equans justement pour se recentrer sur ses activités d'infrastructures et de production d'énergies renouvelables.

César Armand

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