"La démarche raison d'être nous oblige à être authentiques" (Frédéric Thomas, Icade)

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Frédéric Thomas, président du conseil d'administration d'Icade
Frédéric Thomas, président du conseil d'administration d'Icade (Crédits : DR)
Le 24 avril prochain, la filiale immobilière de la Caisse des Dépôts soumettra au vote des actionnaires l'introduction de sa raison d'être en préambule de ses statuts.

"Concevoir, construire, gérer et investir dans des villes, des quartiers, des immeubles qui soient des lieux innovants, des lieux de mixité, des lieux inclusifs, des lieux connectés et à l'empreinte carbone réduite. Des lieux où il fait bon vivre, habiter, travailler. Telle est notre ambition, tel est notre objectif. Telle est notre raison d'être." Neuf mois après la promulgation de la loi Pacte, Icade vient de se doter d'une raison d'être. Son objectif, facilité par la loi: prendre en considération des enjeux sociaux et environnementaux "inhérents à [son] activité".

Comme le prévoit l'article 1835 du Code civil sur les statuts d'une société, modifié par le projet de loi, la filiale immobilière de la Caisse des Dépôts peut y inscrire sa raison d'être, aux côtés de sa forme, son objet, son appellation, son siège social ou son capital social. Ce changement "consacre les engagements pris au titre de la responsabilité sociale et environnementale [et] incite les entreprises à être plus orientées vers le long terme", précise le ministère de l'Economie et des Finances sur son site Web.

Dans cette interview exclusive, le président d'Icade depuis avril 2019, Frédéric Thomas, ex-directeur général de Crédit Agricole Assurances et de Predica, revient sur la méthode qui a conduit à la définition de cette raison d'être et définit les nouvelles priorités du groupe.

LA TRIBUNE - En tant qu'ancien assureur et aujourd'hui président d'un groupe immobilier coté, quelle importance revêt pour vous la raison d'être d'une entreprise ?
FRÉDÉRIC THOMAS - La raison d'être est une manière de répondre positivement et activement à un ensemble d'injonctions contradictoires faites aux entreprises. La loi Pacte nous invite à prendre conscience de nos responsabilités, à en être les acteurs. A mesurer très précisément les conséquences de nos activités sur notre environnement économique écologique et humain.
Cette invitation arrive au bon moment: elle fait écho aux préoccupations des consommateurs, de nos clients, de nos salariés, de nos fournisseurs. Elle nous invite aussi à rendre explicite qui est implicite: c'est une excellente idée que cette prise de conscience volontaire et lucide. J'y vois une magnifique opportunité de nous rassembler et d'agir pour un futur meilleur.

Où se trouve la frontière entre l'engagement, le greenwashing et la marque employeur ?
Il est évident que ces risques sont réels. C'est tout l'intérêt d'engager une démarche raison d'être qui nous oblige à être authentiques, à nous poser la question de savoir qui nous sommes vraiment et quel est notre projet pour nous et pour la société. La réponse à ses questions, dès lors qu'elle est exprimée de manière simple et vitale donne une ligne de vie, une ligne de force pour l'entreprise et les salariés, qui permet de traverser les difficultés parce ce qu'elle apporte de la vision et du sens.

Vous avez à la fois associé les collaborateurs et les parties prenantes. Comment et pourquoi avez-vous procédé ainsi ?
Le conseil d'administration a accompagné la démarche mais ce sont les parties prenantes et les collaborateurs qui se sont exprimés. Dès le départ, ce travail a été animé de façon a-hiérarchique, collaborative et participative, chaque salarié volontaire  étant invité à donner sa vision. 
Plus de la moitié d'entre eux y ont pris une part active: forums partout en France, ateliers avec les parties prenantes, questionnaires, plateforme digitale. Objectif atteint puisqu'il a permis d'identifier les thèmes, les enjeux et les points sensibles qui forgent la personnalité et constituent les fondements d'Icade.

Le conseil d'administration a-t-il été bousculé dans ses convictions ?
Le conseil d'administration a d'emblée été ouvert à la démarche car Icade a une belle histoire, une histoire particulière qui fait écho à ce que renvoie la raison d'être: l'utilité et le sens du bien commun. Le conseil d'administration a toujours été sensible à ce récit. Aussi, s'est-il retrouvé dans ces travaux, ces préoccupations et même ces revendications, car notre métier est de répondre à des besoins fondamentaux, vitaux, à savoir se loger, vivre-ensemble et se soigner.
C'est pour toutes ces raisons que nous n'avons pas été bousculés, mais que nous nous sommes rendus compte de l'importance de ces sujets pour nos collaborateurs et nos parties prenantes.

Dans ce contexte, quelles sont vos nouvelles priorités économiques, écologiques, financières et sociales ? 
Toutes ces dimensions sont aussi importantes les unes que les autres. Le management s'est déjà saisi du sujet. L'ensemble des équipes est aujourd'hui en train de décliner cette raison d'être par métier et par projet. Il appartiendra en outre à chaque patron de définir un plan d'action opérationnel intégrant les différentes dimensions de la raison d'être et des critères d'évaluation .
Le 24 avril prochain, nous proposerons au vote des actionnaires l'introduction de la raison d'être en préambule des statuts de la société. C'est une étape importante qui marque notre volonté d'aller plus loin que la seule définition de notre raison d'être pour l'intégrer au cœur même de nos métiers.

Lire aussi : Pour affirmer leur utilité, les banques affichent leur "raison d'être"

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Commentaires
a écrit le 17/02/2020 à 18:45 :
Assez de ce verbiage niais et ridicule qui ne veut rien dire.

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