Nexity lance le combat contre la politique nationale du logement

Alain Dinin, pdg de Nexity
Frédéric Stucin

Alain Dinin, pdg de Nexity
Frédéric Stucin
Alain Dinin, le patron de Nexity, est connu pour son franc-parler. La stratégie Logement du gouvernement Philippe présenté en septembre 2017 ? « Rien de révolutionnaire. Les annonces pour la plupart piochées dans de vieux cartons restent partielles et précipitées. » Et la loi Evolution du logement, de l'aménagement et du numérique (Élan) ? « Le choc d'offre ne prend pas assez en compte la demande de logement. »
La loi Elan a été adoptée et le pdg de Nexity ne baisse pas la voix :
En formulant 22 propositions, celui qui est parfois surnommé le « vrai » ministre du Logement sait que cette initiative va lui revenir en boomerang. « Évidemment, Nexity fait son lobbying pour faire fructifier son travail, mais plus c'est compliqué, plus nous avons une valeur ajoutée » admet Alain Dinin. « Si tout était simple, une boîte comme la nôtre ne rencontrerait pas le succès. »
Concrètement, l'opérateur immobilier rêve de régionalisation, en permettant aux maires avec les présidents d'intercommunalité de réguler la production des logements.
Leur proposition-phare consiste à instaurer des gabarits de hauteur minimale. « Nous ne pouvons plus ni continuer l'étalement urbain ni gâcher le sol, la matière première. Que partout en France soient définies des hauteurs minimales ! » s'enflamme le DG. Conséquence directe : les associations ne pourraient plus contester la hauteur d'une tour auprès d'un maire qui a accordé le permis de construire.
Autre idée dont les promoteurs sont très fiers : rendre les droits de mutation, plus connus sous le terme de frais de notaire, progressifs et non plus proportionnels. « Pour qu'un marché fonctionne bien, il faut pouvoir acheter et revendre facilement » justifie Jean-Philippe Ruggieri. « La réduction de 80% d'entre eux sera financée par les 20% les plus chers. »
Par ailleurs, la suppression de l'APL accession lors du projet de loi de finances 2018 ne passe toujours pas auprès de ces professionnels. Ils estiment que la rétablir permettrait de construire 5.000 logements neufs par an. De même, ils proposent de créer un dispositif de location-accession intermédiaire pour « faciliter le logement des classes moyennes et des jeunes actifs ».
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Du fait, selon lui, de la nécessité de fabriquer 400.000 logements chaque année si l'on veut loger les 4 futurs millions de ménages supplémentaires dans les 20 ans, Alain Dinin espère que le ministre du Logement et de la Ville Julien Denormandie l'écoutera.
Ce patron est pourtant toujours le premier à recruter des personnalités marquées politiquement. En février 2017, avant même la fin du quinquennat de François Hollande, il a embauché l'ancienne directrice de cabinet de Manuel Valls à Matignon, Véronique Bédague-Hamilius, au poste de secrétaire générale et de pdg de Nexity Immobilier d'entreprise. À la même période, une direction des nouveaux usages urbains a été créée et confiée à Jean-Luc Porcedo, directeur de cabinet du président de l'Assemblée nationale Claude Bartolone.
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Toujours pour prendre les devants, l'acteur immobilier s'associe régulièrement avec des institutions étatiques. En clôture du congrès HLM début octobre, Nexity s'est engagé à construire 5.000 logements intermédiaires et 3.000 logements sociaux en trois ans avec la CDC Habitat (ex-SNI), filiale spécialiste du logement social à la Banque des territoires.
De même, dès juin, Nexity et le Plan bâtiment durable, émanation du ministère de la Transition écologique et solidaire, ont signé un « green deal » visant d'ici à 2020 à rénover 30 copropriétés, à former ses 350 gestionnaires de copropriétés et à mettre en place un guide d'identification des travaux à destination des clients, bailleurs, locataires et propriétaires.