Les labos pharmaceutiques français sont-ils en train de perdre la course à l'innovation ?

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Depuis 3 ans, Sanofi est la seule pharma française a être présente dans le Top 30 de ce classement. Malheureusement, elle ne cesse de perdre des places depuis 2013.
Depuis 3 ans, Sanofi est la seule pharma française a être présente dans le Top 30 de ce classement. Malheureusement, elle ne cesse de perdre des places depuis 2013. (Crédits : reuters.com)
Sanofi ne figure plus dans le Top 10 du dernier classement de Idea Pharma 2015, qui évalue les efforts dans la recherche et le développement, le lancement de nouveaux produits et les performances financières des grandes entreprises du médicament. Sanofi, unique représentante française de ce classement mondial, promet d'y remédier.

Elle était 5e en 2013, puis 8e en 2014 et, cette année, elle pointe à la 20e place. Telle est, selon le classement mondial du cabinet de conseil Idea Pharma, la dangereuse pente sur laquelle est en train de glisser notre géante de l'industrie pharmaceutique, Sanofi.

Ce palmarès, sorti fin février ("Productive Innovation Index) émane de Idea Pharma, une société américaine de conseil en stratégie pour les biotechs et les industries pharmaceutiques, qui étudie notamment l'adéquation entre l'offre de nouvelles molécules et la demande du marché.

Baisse des ventes et du nombre de lancements, vue à court-terme...

Un porte-parole d'Idea Pharma explique à La Tribune les raisons de la rétrogradation de Sanofi dans son palmarès des entreprises du médicament d'envergure mondiale (ou "big pharma"):

"Lorsque l'on compare ses performances avec celles des autres entreprises du Top 30, on constate que Sanofi a montré une baisse significative de ses ventes en 2014. Elles sont bien plus faibles qu'en 2006. Nous avons toutefois perçu un changement positif, avec de nouvelles molécules lancées par la pharma française et passant en phase III [phase d'étude comparative d'efficacité, où le produit est comparé à un placebo: c'est la dernière étape avant la mise du produit sur le marché, s'il est validé par les autorités, Ndlr]. Mais le faible nombre de lancements sur les trois dernières années ont pesé. Par ailleurs, il semble que Sanofi, soit très dépendante de sa relation avec le laboratoire Regeneron et qu'elle focalise sur un développement à court terme."

Contacté par La Tribune, un porte-parole du numéro un des laboratoires pharmaceutiques français a répondu:

"Sanofi a renoué avec l'innovation. Nous préparons une dynamique de lancement inédite : un lancement tous les 6 mois pendant les 4 prochaines années, notamment dans le diabète, l'hypercholestérolémie, les maladies rares ou encore un vaccin contre la dengue."

Boulet fiscal ou stratégie pas assez basée sur l'innovation ?

A noter que, depuis trois ans, Sanofi est la seule pharma française à être présente dans le Top 30 de ce classement mondial. Les autres laboratoires pharmaceutiques français ne commercialisent "pas assez de produits à grande échelle, qui pénètrent vraiment le marché et agissent significativement sur leur chiffre d'affaires" pour y figurer, estime Idea Pharma.

Ce manque d'innovation et de développement à l'international semble donner raison au Leem, premier syndicat de l'industrie pharmaceutique, qui, dans sa dernière publication, manifeste une grande inquiétude s'agissant du rang que les laboratoires pharmaceutiques français occupent dans le marché mondial.

Le syndicat dénonce ainsi un alourdissement massif des mesures de régulation et de fiscalité, responsable selon lui d'une chute du chiffre d'affaires dans les marchés mondiaux de l'ordre de 2%. Alors que celui des pharmas américaines, allemandes ou britanniques progressent. Ces pays bénéficient de mesures fiscales plus incitatives, assure le Leem. Ce dernier estime en outre que la montée en puissance du crédit impôt compétitivité emploi (CICE), dont le taux est passé de 4 % (2013) à 6 % (2014) n'a pas suffi à absorber l'augmentation du taux global d'imposition des entreprises du médicament.

Pourtant, Sanofi proposera pour 2014, un dividende de 2,85 euros par action à l'assemblée générale du 4 mai 2015, soit un taux de distribution du bénéfice net par action de 54,8%. Le bénéfice net part du groupe du numéro un français du médicament s'établit à 4,39 milliards d'euros en 2014.

De quoi relancer le débat sur le choix à faire entre récompenser les actionnaires et développer l'activité.

*Idea Pharma établit son classement en fonction notamment de la R & D, des efforts de commercialisation/ventes mondiales, des besoins/de la demande concernant un produit lancé sur le marché et de la productivité du pipeline.

Productive index innovation

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Commentaires
a écrit le 08/09/2015 à 16:09 :
Je vais partir en vacance et mon medcin ne. Pe pas me prescrire de lalprazolam 0.50 ps
a écrit le 20/03/2015 à 10:33 :
Lors d'un essai en phase III, le produit est plutôt comparé au traitement de référence : pour de nombreuses maladies on ne peut pas se permettre de traiter la moitié des patients participant à l'essai clinique avec un placebo !
a écrit le 10/03/2015 à 19:47 :
Sanofi ne peut pas perdre la course à l'innovation vu qu'ils n'ont pas pris le départ.
Viehbacher a passé tout son mandat à saccager la R&D de Sanofi. Bon, ben çà se paye un jour.
a écrit le 10/03/2015 à 12:08 :
Pour mieux comprendre pourquoi nous accusons un véritable retard dans ce domaine comme dans d'autres, il suffit de consulter les deux dernières chroniques proposées sur la webradio webtv indépendante AWI dont La Tribune appréciera si l'adresse internet doit ou non figurer
a écrit le 10/03/2015 à 11:57 :
Il faut relativiser : ce qui fait la vraie valeur d'un grand laboratoire, c'est son marketing et ses forces de vente.
Les molécules, on en trouve autant qu'on veut dans les start-ups de recherche.
a écrit le 10/03/2015 à 11:46 :
GSK, BMS, Sanofi, Pfizer degringolent ... normal ils sabrent dans la recherche ce qui coute le plus et achetent des molecules ou des tout petit labo qpres qu'ils qient bequcoup depense jusqu'a la phase ii/iii ...
a écrit le 10/03/2015 à 11:46 :
GSK, BMS, Sanofi, Pfizer degringolent ... normal ils sabrent dans la recherche ce qui coute le plus et achetent des molecules ou des tout petit labo qpres qu'ils qient bequcoup depense jusqu'a la phase ii/iii ...
a écrit le 10/03/2015 à 10:46 :
Des études disent que le segment haut français serait fragile. On serait bon en fusées, mais Airbus n'est-ce pas un nom allemand et un consortium européen avec les anglais et les espagnols? En chimie on annonce pour déficit de RD d'entreprise 50 000 suppressions d'emplois... en automobile, la production serait réduite et déplacée alors que les allemands font 5,5 millions, nous serions sous la production espagnole qui est de 2 millions, alors qu'on faisait 3 millions?
a quand l'europe de la compétitivité, les traités semblent correct mais manquent d'application.
Les faillites font des records, mais chez nos voisins elles sont sous leur moyenne.
En Espagne, les faillites seraient passées de 1000 en moyenne depuis 90 à peu près à plus de 5000...
N'avons nous pas des problèmes de champions?
a écrit le 10/03/2015 à 10:29 :
Comme toujours le journaliste va chercher la polémique et fait parler les syndicats qui dénoncent les taxes en France… C’est encore la faute des gouvernements !
Il devrait plutôt mettre l’éclairage sur un plan de développement de nouveaux produits non adapté.
C’est un problème général en France au niveau de son industrie, seule créatrice de richesse et donc d’emplois. Tous les citoyens vont encore s’étonner du niveau du chômage et se retourneront vers le gouvernement en place pour le culpabiliser…
a écrit le 10/03/2015 à 10:10 :
Ce que ne dit pas votre article c'est que les entreprises pharmaceutiques sont en train d'externaliser leur R&D au profit de start-ups qui leurs vendent leurs découvertes à prix d'or en phase 2 d'AMM lorsque le médicament à fait ces preuves. Or, dans ce contexte il faut des recherches publiques pour créer des start-ups qui vont fournir les médicaments de demain. Mais en France on n'a même plus l'argent pour financer les start-ups en phase d'amorçage. Donc forcément l'innovation disparait. Ce qui ne disparait pas par contre ceux sont les centaines d'emplois publiques chargés d'accompagner les jeunes entreprises innovantes. Là par contre tous les copains de notre gouvernement sont à l'abri du besoin. Et tous vous diront à quel point ont à besoin d'eux pour faire "émerger" l'innovation. Forcément quand on touche 10keuros mensuel avec voiture de fonction et chauffeur il ne faut pas s'étonner du décalage entre cette étude et la réalité du portefeuille produit de notre industrie pharmaceutique. Rappelez vous aussi les illusions perdues sur la chimie combinatoire, et les rêves d'aujourd'hui sur les cellules souches ou les vaccins synthétiques. Je crains que la France soit déjà dépasser car elle n'a pas les moyens de financer les vrais entrepreneurs. Pas ceux qui vivotent pendant 8 à 10 ans d'incubateur en incubateur grâce aux subventions publiques mais ceux qui lèvent 20 millions d'euros sur une preuve de concept.
a écrit le 10/03/2015 à 8:29 :
Il faut choisir entre le court terme soit engraisser les actionnaires et racheter ses actions, et le long terme soit parier sur la R&D. Ca ne concerne pas que Sanofi d'ailleurs.
a écrit le 10/03/2015 à 5:37 :
Bayer, Sanofi et Pfizer n'ont qu'à fusionner, il faut arrêter les cris d'orfraie. Ces compagnie ont très bien compris comment optimiser leur fiscalité tout en faisant du chantage à l'emploi. Comme ça elles tirent un max de subvention, on innove assez peu au regard des subventions versées, mais les actionnaires sont satisfaits grâce à des dividendes régulièrement versés. CQFD
a écrit le 09/03/2015 à 21:33 :
"notamment dans le diabète, l'hypercholestérolémie,"...Des maladies qui ont explosé grâce au soutien actif de l'industrie agro-alimentaire et en ce qui concerne 'hypercholestérolémie, par un lobbying éhonté qui n'a eu de cesse de faire baisser les taux de 3 à 2, faisant passer le nombre de "malade du cholestérol" de 2 millions à 7 millions.
Voilà où est l'innovation de l'industrie pharmaceutique.
a écrit le 09/03/2015 à 19:59 :
Les labos pharmaceutiques français sont-ils en train de perdre la course à l'innovation ?

Comment cela est-il possible ?

Depuis plus de 20 ans, la Caisse des Dépôts et ses succursales dont BPI Innovation exOseo exAnvar déversent un flot énorme en milliards d'euro (Francs avant) en continu d'argent publique dans les labos pharmaceutiques français.

Tout ce pognon énorme gaspillé pour finir dans les poches des actionnaires de l'industrie pharmaceutique ...souvent via des holding de défiscalisation...
a écrit le 09/03/2015 à 19:45 :
ca coute de plus en plus cher de developper des produits, tout ca pour se faire insulter quabnd ca marche, et se faire coincer le kiki ' vu les marges ( on parle certainement des ' marges sur cout variable en production')
mieux vaut mettre le focus sur le controle des couts et diminuer la r&d
dans 20 ans il y aura plein de souches resistantes, alors les gvts arretront d'etre idiots, ou ils se feront tartinner ' au bon endroit', ce qui sera pire
a écrit le 09/03/2015 à 18:24 :
En France, rien n'est possible. De la taxe, du dénigrement, de la jalousie, de la haine, voilà ce que l'on récolte quand on réussit. C'est la doctrine socialiste. Il faut quitter cette terre de haine et investir ailleurs, c'est la seule solution. Le socialisme a gagné, la France est vaincue.
Réponse de le 09/03/2015 à 19:42 :
Les socialistes on gagné? Vous avez déjà oubliez les 17 ans de l'UMP?
Moi je dirais plutôt les politiciens et patrons ont gagnés!
Réponse de le 09/03/2015 à 21:25 :
@Pierpol
L'industrie pharmaceutique réussit surtout à faire de l'optimisation fiscale. Elle ne fait guère de recherche, se contentant d'améliorer les produits existants. Elle préfère investir en marketing, visiteurs médicaux et marger sur le dos de la sécurité sociale. Le socialisme n'a rien à voir là-dedans, le gouvernement actuel n'a rien de socialiste.
a écrit le 09/03/2015 à 17:52 :
L'augmentation du dividende est nécessaire pour maintenir le cours de l'action, et ainsi réduire le risque de raid boursier.
a écrit le 09/03/2015 à 17:41 :
Sanofi, des profits en forte baisse, des dividendes en forte hausse, des milliers de chercheurs et de techniciens virés et des dirigeants à 8.5M€ de rémunération totale (ex pdg).
Le meilleur exemple de société pharma gérée à court terme qui aura perdu une bonne part de son CA dans 10 ans (ben oui, pour vendre, il faut trouver, pour trouver il faut chercher... ou surpayer des sociétés qui ont fait l'effort financier de chercher...).
a écrit le 09/03/2015 à 17:20 :
quand on file des millions pour embaucher un nouveau patron , ça veut dire que la boite n'est pas tres attractive ! si elle l'était , les candidats se battraient pour le job
Réponse de le 09/03/2015 à 19:43 :
Et quand elles les lourdent pour incompétences en leurs donnant des millions ça signifie quoi?
a écrit le 09/03/2015 à 17:02 :
La fiscalite a bon dos, il faut aussi assumer de temps en temps. Sanofi a fait le choix du profit a court terme taillant dans sa recherché et en favorisant une croissance externe.
Réponse de le 09/03/2015 à 18:40 :
Il est vrai que la fiscalité des entreprises en France est délirante, près du double de celle des autres pays. On n'est plus compétitif, et Sanofi réfléchit en ce moment à quitter la France, pour partir vers des pays où l'entreprise est encouragée .
Réponse de le 10/03/2015 à 8:22 :
Bon debarras.

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