Le nouveau variant Omicron va-t-il nous mettre à poil ?

VOTRE TRIBUNE DE LA SEMAINE. Omicron, le variant springbok qui vient de sortir, a failli s'appeler Nu. Les bourses s'affolent. Les Français attendent 25 millions de piqures pour garder leur pass. La transition énergétique passe par la bataille des métaux stratégiques. Et autres informations à ne pas rater de la semaine écoulée.
Philippe Mabille

10 mn

(Crédits : SERGIO PEREZ)

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C'est le sparadrap du capitaine Haddock, en moins drôle. A ceux qui espéraient passer les congés de Noël tranquille, l'irruption soudaine du nouveau variant B.1.1.529 originaire d'Afrique du Sud (encore) - appelé provisoirement Nu par l'OMS avant d'être rebaptisé Omicron - montre qu'on est encore loin d'être débarrassé de la crise sanitaire. Entre le ministre allemand de la santé qui a frappé les esprits avec sa formule choc - « vacciné, guéri ou mort » avant la fin de l'hiver -, l'OMS qui prédit (avant Omicron) 700.000 décès supplémentaires en Europe, épicentre de l'épidémie et la France qui conditionne le maintien du pass sanitaire à un rappel vaccinal entre le 5ème et le 7ème mois après la dernière dose, le coup de froid est brutal.

Potentiellement encore plus contagieux que le déjà très virulent Delta qui nous empoisonne, Omicron pourrait contourner les barrières immunitaires des vaccins actuels. Il n'en fallait pas plus pour provoquer un Black Friday, un vendredi noir, sur les marchés financiers, à la recherche d'un prétexte pour prendre leur souffle, avec une chute spectaculaire des bourses mondiales ce vendredi.

A Paris, l'indice CAC 40 a quand même perdu 4,75%, passant largement sous les 7000 points franchis dans l'euphorie de novembre. L'occasion de faire les soldes pour les boursicoteurs optimistes, estime Eric Benhamou, pour qui « cette consolidation pourrait inciter les investisseurs à reprendre du risque sur les actions à meilleur prix ». Dans les salles de marché, on fanfaronne : « non, le variant Nu ne nous mettra pas tous à poil ! ». Voire...

Alors que déjà, les frontières commencent à se refermer à l'exemple du Maroc, comme l'écrit Léo Barnier, la reprise économique est-elle menacée ?, s'interroge Grégoire Normand. Pour l'instant, le moral des chefs d'entreprise résiste bien malgré l'annonce du gouvernement de nouvelles mesures de restrictions, sans confinement et couvre-feu, pour l'heure.

Au vu de la ruée sur Doctolib et autre Vitemadose, qui ont connu un pic de fréquentation depuis le milieu de la semaine, à l'image d'un Black Friday sans soldes, les Français dans leur majorité se sont approprié les codes du nouveau monde sanitaire. « Je me vaccine pour me protéger des formes graves du Covid (on a toutes les preuves que la vaccination atténue les symptômes à défaut d'empêcher la contagion), mais aussi pour éviter la saturation des services de réanimation des hôpitaux au bord du burn-out ».
Pourquoi avoir encore peur alors que plus de 100 millions de doses de vaccin ont été administrées en France. Pas de risque de pénurie en tout cas : avec 25 millions de doses d'avance, le gouvernement assure avoir assez de réserves pour nous piquer tous, en attendant les enfants de moins de 12 ans.

A moins que l'Omicron ne fasse chuter Macron, jusqu'ici tout va à peu près bien pour la réélection du président sortant dont le sort est en grande partie lié à la façon dont le pays sortira de la crise sanitaire. L'Elysée surveille donc comme le lait sur le feu les tensions qui s'étendent outre-mer, alors que les réservations s'effondrent pour les vacances en Guadeloupe.

La France échappera-t-elle à un reconfinement ? Ou bien ne prend-elle à nouveau pas la mesure de la gravité de la situation ? On saura très vite si notre couverture vaccinale élevée (87% de la population éligible) évitera que la progression fulgurante » ne tourne au drame. Avec une inconnue sur laquelle nous n'avons aucune prise : si le variant sud-africain déjà repéré en Belgique rend inopérants les vaccins existants, il faudra adapter très vite la production. C'est là l'intérêt de la technologie de l'Arn messager de BioNtech et de Moderna, que de pouvoir procurer en quelques semaines un nouveau vaccin plus adapté à Omicron.

Au-delà du virus, la principale préoccupation pour les entreprises, c'est de trouver ou de retrouver leurs salariés. Aux Etats-Unis, le phénomène appelé The Big Quit ou The Great Resignation est devenu majeur ; mais il est aussi une source d'inquiétude dans de nombreux secteurs d'activité en France, comme les hôtels-cafés-restaurants, les métiers du soin, l'aide à la personne, alors que 5 millions de personnes sont sorties du marché du travail depuis le début de l'épidémie, explique Fanny Guinochet. La solution : peut-être tout simplement rendre ces métiers plus attractifs et mieux payés...

Quant à revenir à la solution simple et à l'efficacité éprouvée d'un télétravail généralisé, le gouvernement, comme le Medef, toussent... au nom de l'égalité : seuls 20% des salariés occupent des postes télétravaillables. La culture du présentéisme reste forte en France. Le risque, c'est que les contaminations passent directement de l'école aux parents puis aux entreprises ; à quand la vaccination obligatoire et des tests quotidiens pour accéder à son bureau ? En attendant, partout on adresse un rappel à l'ordre sur les gestes barrières.

Black Friday sur les marchés, Black Friday aussi pour les consommateurs de plus en plus enclins à dépenser leur épargne sur internet comme le prouve le boom du e-commerce. Avec ses avantages et ses dangers. A partir du Black Friday et jusqu'à Noël, les e-commerçants réalisent environ 30% de leur chiffre d'affaires de l'année. Ce pic d'activité est une aubaine pour les cybercriminels, qui multiplient les attaques contre les consommateurs. A quoi s'attendre en 2021 ? Arnaques au colis, annulations de commande, fausse offre : François Manens, notre spécialiste cyber, fait le point sur les pièges à éviter pour les consommateurs.

Si le tourisme et le transport aérien sont en première ligne de la crise sanitaire, l'industrie automobile, elle, se prépare au choc social de la transition énergétique. Malgré les pressions de l'Etat, Renault a lâché la fonderie aveyronnaise SAM.

Signe des temps et d'un changement de paradigme, Bercy n'insiste pas, en l'absence d'offre crédible de reprise. La proximité de la présidentielle ne sauvera pas SAM. Et il reste à donner aux salariés d'autres perspectives dans la transition électrique de l'industrie.

Autre changement majeur en cours dans l'automobile, la désorganisation complète des chaînes de production en raison des pénuries de composants. Résultat : il devient parfois plus coûteux, mais aussi plus rapide, d'acheter une voiture d'occasion qu'un véhicule neuf, a calculé Nabil Bourassi !

Nous nous penchons cette semaine sur une problématique clé de la transition écologique : l'accès à des minéraux et métaux critiques, indispensables pour décarboner des pans entiers de l'économie. Le néodyme, le praséodyme, le dysprosium, le manganèse, le cobalt, le lithium, le nickel, le graphite, le cuivre et bien d'autres sont en effet cruciaux pour le fonctionnement des voitures électriques, des éoliennes, ou encore des panneaux solaires et des systèmes électriques...

« Autant de métaux qui donneront leur nom aux grandes batailles économiques de demain. Car une bonne partie d'entre eux - notamment les terres rares, ces 17 matières minérales aux spécificités uniques -, sont largement extraits et/ou raffinés en Chine, et se retrouvent par conséquent au coeur des tensions économiques et géopolitiques qui rythment les relations diplomatiques entre Pékin d'un côté et Washington et Bruxelles de l'autre », explique Fabrice Gliszczynski qui a coordonné un dossier spécial sur le sujet.

C'est une guerre que ne peut pas perdre l'Occident, analyse Robert Jules. Avec Maxime Hanssen, il décrypte aussi les enjeux stratégiques pour la France alors que dans sa présentation du plan France 2030, Emmanuel Macron a insisté sur la nécessité de constituer une chaîne d'approvisionnement de métaux stratégiques en France pour bénéficier au mieux de la transition énergétique. La piste principale est le recyclage mais le développement d'un secteur minier est également une option à étudier.

Une chose est sûre, le virage énergétique de la décennie qui vient va faire exploser la demande de métaux critiques, explique à Jean-Philippe Dejean l'économiste Philippe Chalmin, auteur du célèbre rapport Cyclope sur les matières premières.

La recherche française produit des pépites technologiques dans tous les domaines de la chaîne de valeur de cette industrie du futur, à l'image de Weeecycling, une startup normande repérée par notre correspondante Nathalie Jourdan, qui s'est spécialisée dans la production de métaux 100% recyclés, au même prix et au même degré de pureté que ceux extraits du sous-sol. L'envolée des cours lui ouvre des perspectives en acier trempé.

Pour les désespérés de la COP26, deux conseils enfin pour survivre avant reconfinement. D'abord lire l'excellent entretien que nous a accordé l'explorateur suisse Bertrand Piccard pour tirer le bilan de Glasgow. Le président de la Fondation Solar Impulse qui a identifié plus de 1.300 solutions, dont 411 françaises, pour sauver la planète, appelle à accélérer sur la voie de l'efficience énergétique sans tomber dans la décroissance. « Il faut absolument sortir du clivage écologie-industrie : Soyons donc capables de mettre de l'écologie à droite et chez les industriels, comme de l'économie chez les écologistes, et on avancera très vite ». Message adressé à Yannick Jadot...

Vous retrouverez Bertrand Piccard mardi 30 novembre au soir lors du forum zéro carbone Paris organisé par La Tribune à l'Hôtel de Ville dans un débat intitulé : «nous avons rêvé de l'an 2000, nos enfants ont peur de 2050 ! » auquel participera aussi l'astrobiologiste Nathalie Cabrol. Vous pouvez encore vous inscrire ici pour suivre le forum en présentiel ou en visio.

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Philippe Mabille

10 mn

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Commentaires 8
à écrit le 29/11/2021 à 13:30
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Jackpot le covid : On peut rappeler que dans les centres de vaccination, les médecins sont désormais payés à la demi-journée de vacation, et non pas à l'acte, ce qui avait favorisé des rémunérations très excessives.Jusqu'à la mi-avril, les médecins ...

à écrit le 28/11/2021 à 13:47
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On se met à poil tout seuls ...

à écrit le 28/11/2021 à 5:51
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Le président de la Fondation Solar Impulse nous dit « Il faut absolument sortir du clivage écologie-industrie : Soyons donc capables de mettre de l'écologie à droite et chez les industriels, comme de l'économie chez les écologistes, et on avancera t...

à écrit le 28/11/2021 à 5:51
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Le président de la Fondation Solar Impulse nous dit « Il faut absolument sortir du clivage écologie-industrie : Soyons donc capables de mettre de l'écologie à droite et chez les industriels, comme de l'économie chez les écologistes, et on avancera t...

à écrit le 27/11/2021 à 19:57
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Je crois qu’il ne faut pas surestimer la dangerosité du variant Omacron car il sera peut-être plus facile de s’en débarrasser que l’on ne croit.

à écrit le 27/11/2021 à 11:05
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j'ai du mal a croire a autant de clairvoyance sur ce qu'on sait depuis le debut!!! attendez, dans un an, avec clairvoyance+ on verra qu'il y a toujours des variants dans le tiers monde, vu qu'il ne sera toujours pas vaccine

le 29/11/2021 à 8:49
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Hum... t'es vraiment mal à l'aise avec ce thème, pas facile de jouer les gros durs rebelles de droite tout en appelant les gens à se faire vacciner hein... Tu m'étonnes.:-)

à écrit le 27/11/2021 à 9:54
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C'est surtout la connerie qui fini par devenir ultra contagieuse.

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