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Défense : 20 milliards d'euros sous le soleil du Qatar... pour la France ?

Le Rafale de Dassault Aviation Copyright Reuters
Le Rafale de Dassault Aviation Copyright Reuters (Crédits : REUTERS)
Michel Cabirol  |   -  954  mots
Les industriels français se pressent à Doha. Et pour cause, la France a 20 milliards d'euros de campagnes commerciales en cours actuellement. Du Rafale à l'hélicoptère de transport NH90, du véhicule blindé hautement protégé Aravis à la corvette Gowind, le Qatar est l'eldorado des industriels de l'armement français... A suivre.

Le Qatar est actuellement l'une des destinations les plus courues de la planète pour tous les industriels de l'armement du monde entier. Et les groupes français, qui se pressent à Doha, ne sont pas en reste. Loin de là. "La France a environ 20 milliards d'euros de campagnes en cours au Qatar", explique un bon connaisseur des ventes d'armements dans la région. Les besoins des Qataris sont très importants : des avions de combat aux différents modèles de navires de guerre, en passant par des hélicoptères, des blindés de toute sorte et des missiles anti-aériens (Air défence). Bien sûr, à l'arrivée, Paris ne gagnera pas tout. Aussi la France mise donc plus particulièrement sur quelques dossiers prioritaires, qui figurent au-dessus de la pile. D'autant que les Américains, qui disposent d'une importante base militaire à l'ouest de Doha, Al Udeid Air Base, n'ont pas l'intention de rester l'arme au pied.

Rafale et NH90 en tête de gondole

En tête de gondole, il y a évidemment le Rafale de Dassault Aviation, l'obsession française. Mais aussi l'hélicoptère de transport de troupes, le NH90 fabriqué par Eurocopter et l'italien AgustaWestland, qui a été préféré par Paris à l'hélicoptère de combat Tigre (Eurocopter) pour des raisons tactiques. La France estime que le NH90 a plus de chance de s'imposer que le Tigre. S'agissant de l'avion de combat tricolore, le Rafale sort d'une campagne extrêmement positive par temps chaud (50 degrés) au Qatar... sans coup de chaleur à l'inverse des concurrents américains, les appareils de Boeing, les F-15 et les F-18. Les Qataris, qui ont un besoin estimé entre 24 et 36 appareils, doivent encore évaluer le Typhoon Eurofighter et le F-16 Block 50/52.

Selon certaines sources, Doha, dont les Mirage 2000-5 ont participé aux côtés des avions de combat de l'armée de l'air française à l'opération Harmattan en Libye, pourrait choisir un appareil d'ici à la fin de l'année en vue de rentrer en négociations exclusives. D'autres sources contactées par "latribune.fr" estiment que ce calendrier est trop ambitieux. "Les Qataris n'ont pas besoin de remplacer leur Mirage 2000-5 tout de suite", précise-t-on. Quoiqu'il en soit, la France tiendrait la corde pour ce contrat : "l'émir a donné sa parole à la France de remplacer les Mirage 2000-5 quand ce sera le moment par des Rafale", rappelle-t-on à Paris. A condition aussi de trouver un point de chute au 12 Mirage 2000-5 de l'armée de l'air qatarie à l'image du contrat signé en 1994. Dassault Aviation avait à l'époque réussi à recaser les Mirage F1 de Doha en Espagne pour vendre les Mirage 2000-5, qui cette fois-ci pourraient trouver preneur en Tunisie, en Egypte...

Le Tigre ?

Privilégié par Paris, le NH90 pourraient être commandés par les Qataris qui ont un besoin de 10 à 20 appareils en version transport terrestre (TTH) et naval (NFH). "C'est ouvert", confirme-t-on chez Eurocopter. Là aussi, les vols d'essai de l'hélicoptère auraient impressionné Doha, qui traine encore une douzaine de vieux Sea King d'AgustaWestland. Les Américains proposent quant à eux le Seahawk de Sikorsky. "Les NH90 sont des appareils modernes par rapport au Seahawk", rappelle-t-on chez le constructeur européen. Les Qataris sont aussi intéressés par une douzaine de Tigre. Eurocopter, qui a également le Mexique et la Malaisie dans ses campagnes dédiées à son hélicoptère de combat, y croit tandis que les autorités françaises estiment que les Qataris privilégieront l'Apache de Boeing. Surtout si Doha choisit le Rafale.

Nexter veut également une part du gâteau. Le groupe public propose peu ou prou l'ensemble de sa gamme : le véhicule blindé hautement protégé, l'Aravis ; le canon autotracté Caesar ; le véhicule blindé de combat d'infanterie (VBCI) et enfin des chars Leclerc d'occasion. Le tout pour équiper une brigade qatarie. Le Leclerc serait déjà hors course face au char allemand, le Leopard de Krauss-Maffei Wegmann. Thales espère quant à lui fournir de C4I  ainsi que des radios pour une brigade numérisée et de l'électronique à 6.000 véhicules. Le groupe d'électronique évalue l'ensemble de ses campagnes au Qatar à 1 milliard d'euros sur une période de cinq et dix ans.

Les systèmes de défense anti-aériens pour MBDA 

Contrairement à l'Arabie saoudite, chasse gardée de Thales, le missilier MBDA dispose au Qatar de bonnes chances d'équiper les forces armées dans le domaine de la défense anti-aérienne. Le groupe européen propose le VL-Mica ainsi que le système SAMP/T équipé de missiles antimissiles Aster Block 1 pour la défense anti-aérienne. A plus long terme, MBDA et le groupe naval DCNS proposeront des frégates équipées de systèmes anti-missiles Aster 30. Enfin, le Qatar pourrait choisir rapidement à l'issue d'un appel d'offre un constructeur pour équiper la marine qatarie de quatre corvettes. DCNS est sur les rangs et propose son système de combat, le Setis. 

20 milliards d'euros sous le soleil du Qatar... C'est une manne dont les industriels auront bien besoin pour compenser la baisse sévère du budget de la défense français qui s'annonce. A condition de mouiller le maillot pour obtenir des contrats. Pour autant, la nouvelle majorité souhaite rééquilibrer les relations de la France dans la région en renouant des liens étroits avec l'Arabie saoudite, où les Français sont  depuis quelques années mis sur la touche pour les mégacontrats. "Il ne faut pas lâcher la proie pour l'ombre", analyse un bon connaisseur des affaires de défense. Eldorado ou mirage, la frontière est ténue en matière de ventes d'armes.

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