Le ministère de la Défense a perdu un milliard d'euros

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Les militaires ne s'entraînent plus ou presque en raison des trop nombreuses missions et du manque de disponibilité des équipements durement éprouvés par les OPEX et de leur usure prématurée
Les militaires ne s'entraînent plus ou presque en raison des trop nombreuses missions et du manque de disponibilité des équipements durement éprouvés par les OPEX et de leur usure prématurée (Crédits : © Joe Penney / Reuters)
Sur les 3,8 milliards d'euros décidés dans le cadre de la révision de la loi de programmation militaire, il manque un milliard. La baisse de la facture carburant est largement neutralisée par l'envol des coûts généraux du ministère de la Défense.

Selon plusieurs sources concordantes, le ministère de la Défense a lancé depuis le début de mois de janvier des travaux sur une nouvelle actualisation de la loi de programmation militaire (LPM) 2014-2019, qui avait été déjà révisée l'été dernier. Des travaux à nouveau nécessaires pour mettre les moyens, notamment les équipements des militaires (solde, hébergement, matériels...), en cohérence avec l'arrêt de la déflation des effectifs dans les armées décidé par François Hollande après les attaques terroristes simultanées à Paris et Saint-Denis le 13 novembre. Soit 10.300 postes préservés supplémentaires qui n'ont fait l'objet pour le moment d'aucun bonus budgétaire.

"J'ai décidé qu'il n'y aurait aucune diminution d'effectifs dans la Défense jusqu'en 2019", avait annoncé en novembre François Hollande devant le Parlement réuni en Congrès à Versailles. "Cette réorganisation de nos armées se fera au bénéfice des unités opérationnelles, de la cyberdéfense et du renseignement", avait-il souligné. "Nos armées sont de plus en plus sollicitées par les opérations extérieures que nous allons poursuivre, par la sécurité de nos compatriotes (opération Sentinelle sur le territoire national)".

Une augmentation des moyens indispensable

Selon la nouvelle LPM adoptée cet été, 18.500 postes avaient été sauvegardés dans la Défense. Au total, avec la moindre déflation décidée au printemps, ce sont 29.000 postes qui seront préservés dans les armées jusqu'en 2019 inclus (soit une hausse de 14% des effectifs). D'ores et déjà, les états-majors planchent sur des hypothèses d'actualisation, dont bien sûr une a minima pour au moins équiper et surtout accueillir ces militaires qui restent. Toutes les hypothèses doivent  converger vers le modèle "Armées 2025", qui prévoit de consacrer à l'effort de défense 2% du PIB. En 2016, la France consacre 1,79% du PIB à son effort de défense, pensions comprises. Pour passer à 2%, il faut rajouter environ 11% de budget du ministère de la Défense.

Par exemple, les militaires planchent sur une éventuelle augmentation du nombre des Leclerc qui pourraient de 200 à 225 au cas où ces chars de combat seraient engagés en opération extérieure (OPEX). Tous ces travaux seront également réalisés en cohérence avec le traditionnel exercice de la VAR (Version actualisée du référentiel) du budget de la défense. Un exercice en vue d'optimiser la réalisation de la LPM en cours.

D'autant que les militaires ne s'entraînent plus ou presque en raison des trop nombreuses missions et du manque de disponibilité des équipements durement éprouvés par les OPEX et de leur usure prématurée, s'alarme-t-on au sein des états-majors. Ainsi, les véhicules blindés de combat d'infanterie (VBCI) usent trois ans de potentiel en OPEX en seulement deux mois, précise-t-on. La "régénération" (réparation lourde) d'un véhicule de l'avant blindé (VAB) coûte 250.000 euros à son retour du Mali . "Nous consommons plus que nous ne sommes capables de régénérer les matériels", souligne-t-on.

Bercy veut récupérer une partie de la baisse de la facture carburant

Une nouvelle bataille devrait prochainement s'engager entre le ministère de la Défense et Bercy sur le dossier de la baisse spectaculaire de la facture énergie. Le secrétaire d'Etat au Budget Christian Eckert lorgne ces économies pour les redistribuer à d'autres missions jugées prioritaires, notamment l'emploi dans la perspective de 2017. "Il se peut que nous envisagions d'utiliser les économies réalisées par les ministères sensibles à l'inflation pour financer d'autres programmes comme le plan Emploi, par exemple", a-t-il expliqué fin janvier à l'Assemblée nationale.

Interrogé par Jean-François Lamour (Les Républicains), le secrétaire d'État a répondu que "les arbitrages n'ont pas encore eu lieu. Néanmoins, je dis au ministère de la Défense comme aux autres ministères que les économies réalisées grâce à la baisse de l'inflation et du coût du chauffage ou de l'énergie pourront se traduire par le réexamen d'un certain nombre de lignes budgétaires". "Nous ne saurions toutefois faire abstraction du fait que plusieurs centaines de millions d'euros auront été économisés dans l'ensemble de nos ministères grâce à la baisse du coût de l'énergie, y compris au ministère de la défense", a expliqué Christian Eckert.

Il manque 1 milliard au budget de la Défense

Une mission conjointe de l'Inspection générale des finances et du contrôleur général des armées, qui vient de s'achever, a étudié les écarts de solde par rapport aux prévisions (coûts des facteurs). Et selon nos informations, cette mission a constaté que la baisse de la facture carburant avait été neutralisée par la hausse des coûts généraux (changement de normes...). "Tous ces coûts sont très largement supérieurs à la baisse de la facture carburant", explique-t-on à La Tribune.

Du coup, la défense a perdu 1 milliard d'euros sur la rallonge budgétaire adoptée cet été (au total 3,8 milliards au total). Ce milliard devait pourtant servir à équiper en matériel additionnel les armées. Ce manque à gagner "impose des pressions budgétaires dans beaucoup de domaines", précise-t-on à La Tribune. D'autant que les 3,8 milliards étaient déjà insuffisants pour accompagner la moindre déflation décidée au printemps. Et s'il manque en plus 1 milliard...

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Commentaires
a écrit le 08/02/2016 à 19:01 :
Et pourtant Hollande a dissout le CPRA, comité pour les coût de l'armement, créé par De Gaulle et qui permettait d'y voir un peu plus clair dans les comptes de la défense.
a écrit le 07/02/2016 à 23:53 :
Défendons notre Défense Nationale,nos braves soldats de la L I B E R T E. Sans eux le Mali et beaucoup de pays africains auraient sombrés!
a écrit le 07/02/2016 à 11:23 :
Pourquoi utiliser l'expression "a perdu un milliard" ? L'armée n'est pas une entreprise qui fait des pertes ou des bénéfices. Il aurait été plus honnête de dire que les dépenses militaires sont en dépassement par rapport au budget. Comme d'ailleurs à peu près tous les postes budgétaires.
a écrit le 06/02/2016 à 18:01 :
Ce gouvernement a fait un choix explicite : privilegier le social et l'assistanat (RMI, RSA, Prime, AME ...), et comme on peut pas tout financer il faut le prendre quelque part
a écrit le 06/02/2016 à 13:34 :
Si le ministère de la défense veut économiser de l'argent, il peut toujours regarder du côté de l'informatique, où le contrat « open bar » avec Microsoft a été négocié sans appel d'offre, et traité en Irlande, avec une compagnie qui pratique l'exil fiscal.
a écrit le 05/02/2016 à 18:44 :
supprimons le sénat et affectons le budget à la défense !
Réponse de le 06/02/2016 à 14:42 :
Tout a fait...
Réponse de le 09/02/2016 à 16:24 :
D'accord pr supprimer le sénat et les 400 députés absents hier à l'assemblée .mais ne pas réaffecter le budget mais réduire la dette , c'est urgent de prendre des réformes . 4 ans d'attente .....
a écrit le 05/02/2016 à 18:30 :
En premier, Merci à Vous journalistes de La Matinale, vous honorez
votre métier et faîtes preuve d'une déontologie exemplaire !
Les militaires qui sont aussi des citoyens français comme les autres
doivent être consternés sur la façon dont on les utilise.
Ils méritent plus de considération que cela, tout comme le
peuple Français. La guerre n'a jamais été une priorité, ni une nécessité car cela
suppose que la diplomatie est défectueuse ou que le mensonge est Roi. Celle-ci entraîne trop de conséquences graves pour être "retenue" comme l'unique solution
à des conflits. Tout gouvernement de pays soit disant "civilisé "se doit de le
comprendre, à moins d'être complètement irresponsable.
Mais il est vrai que, nous, citoyens nous n'avons plus notre mot à dire !
Beaucoup trop de soldats se sont sacrifiés pour nous offrir une démocratie
Aussi la moindre des choses, c'est qu'elle ne soit pas dévoyée et que nous
soyons capable peuple Français de la faire vivre avec dignité.
a écrit le 05/02/2016 à 17:17 :
Au ministère de la défense ils ne font que chercher, chercher les terroristes, chercher des sous 1 milliard d'€uros, des acheteurs d'avions et de vedettes ou des missiles pour les Rafales du porte avions Charles de Gaulle. De véritables chercheurs. Cela doit être un mal socialiste de chercher, ils cherchent du travail du soutient de l'U.E ou des USA, des représentants pour nos exportations, chercher comment rassurer le monde paysans, ouvriers ou administratif et surtout plein de pognon qu'il nous prennent dans nos poches. Des chercheurs je vous dis, a par notre argent ils ne trouvent jamais rien.
Réponse de le 06/02/2016 à 22:30 :
Quand et dans quel service avez vous travaillé au ministère de la Défense pour écrire ces âneries.
a écrit le 05/02/2016 à 16:10 :
C'était pas quand le ministre avait serré la main de Sarkozy ?
a écrit le 05/02/2016 à 14:08 :
Je croyais que Le Drian était un super homme capable de gérer la defense et la région Bretagne en même temps. Si les finances de la Bretagne connaissent les mêmes difficultés que celles de nos armées, il est fort probable que les Bretons devront mettre la main au portefeuille !!
a écrit le 05/02/2016 à 13:58 :
On est devant une fois de plus devant des décisions prisent sans en mesurer les conséquences. Aucun chef d'entreprise ne pourrai gérer comme cela. A chaque décision doit correspondre une action financière.

La guerre coute cher, tout le monde le sait. Dans un pays en guerre une partie de l'économie doit être consacrée à cela. Surtout quand c'est nous qui déclarons la guerre.
a écrit le 05/02/2016 à 12:51 :
Le Budget d'Equipement des Armées Françaises : France ( un des cinq membres permanents du conseil de sécurié de l'O.N.U ), et des Militaires en service, est le seul a avoir subi cette saignée depuis 35 ans, dans un monde toujours plus dangereux. La France a le taux de dépenses publiques le plus élevé du monde : 56% prélevés sur le P.I.B. La dépense représente 1.79% contre 3% en 1980. Les économies sont ailleurs. La Défense Européenne c'est impossible : les 28 !! de cette Europe divergente en tout, et égoiste sur tout, et sans diplomatie n'en veulent à aucun prix. Jean-Yves Le Drian, qu'il faut absolument souhaiter maintenu, meme avec sa Présidence de Région, le dit lui meme : " l'armée Européenne d'ici à 150 ans au minimum "
a écrit le 05/02/2016 à 11:51 :
Bof, 1 milliard ! Comme dirait "élu ps" dans ses commentaires, "la France est un pays riche, il suffit d'augmenter les impôts" :-)
a écrit le 05/02/2016 à 11:05 :
@ BONJOUR : Et le scandale des bateaux russes combien de milliards cela coûte à la FRANCE ???? et les impayés des fabuleuses commandes des avions rafales combien cela coute à la FRANCE ????
Réponse de le 07/02/2016 à 10:10 :
Boobou, les commandes de Rafales déjà signé, hors Inde, c'est DIX milliards d'Euros de recettes pour les entreprises françaises (et avec la TVA, un bon quart directement à Bercy) et des dizaines de milliers d'emplois pour le secteur aérospatial. Les Mistral, c'est des dizaines de milliers d'heures de travail qui ont occupé des chantiers navals alors en déprime, et l’Égypte paye avec du CASH saoudien, Votre commentaire montre simplement que vous ne savez pas ''googlelisé'' correctement.
a écrit le 05/02/2016 à 10:58 :
Et le pire est à venir car la hausse des investissements militaires avait été différée après 2017, c'est à dire pour un futur gouvernement qui va devoir faire face à toutes les dépenses différées, 3,5 milliards pour Cuba, 1 milliard pour la Tunisie et tout ce qui va être décidé jusqu'en mai prochain !!!
a écrit le 05/02/2016 à 8:26 :
on demande une contribution à nos amis européens qui, eux, dépensent à peine 1% dans la Défense. nous aidons le UK à traquer le sous-marin russe en Écosse parce-qu'ils ont renoncé à des avions de surveillance dans le cadre de leur plan d'austérité...

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