Bayer-Monsanto : pourquoi la fusion inquiète

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Le rachat de Monsanto par Bayer, c'est la prise de contrôle du tiers du marché des semences par une entreprise qui contrôle déjà 17% du marché des pesticides (et atteindra 27% avec Monsanto), s'alarme en France la Confédération paysanne.
"Le rachat de Monsanto par Bayer, c'est la prise de contrôle du tiers du marché des semences par une entreprise qui contrôle déjà 17% du marché des pesticides (et atteindra 27% avec Monsanto)", s'alarme en France la Confédération paysanne. (Crédits : © Brendan McDermid / Reuters)
L'oligopole naissant de ce mariage entre géants risque de nuire à une agriculture déjà fragilisée par la volatilité des prix des matières premières et le dérèglement climatique, craignent nombre d'ONG. Et la mauvaise réputation de Monsanto pourrait nuire à celle de Bayer, dénonce-t-on outre-Atlantique.

Rarement l'annonce d'une fusion suscite tant d'émoi. La nouvelle du mariage entre le titan allemand Bayer et le colosse américain Monsanto, publiquement confirmée mercredi 14 septembre, agite depuis ONG, analystes et même politiques. Alors que l'objectif de l'opération est clairement de réaliser une synergie permettant au nouveau groupe de contrôler toute la chaîne agricole, grâce à la puissance de Bayer dans le segment des pesticides, notamment en Europe et en Asie, et à celle de Monsanto sur les marchés des semences et des herbicides, en particulier dans le continent américain, les conséquences de ce nouvel oligopole sur le secteur inquiètent.

D'autant plus que l'agriculture est confrontée à des défis croissants. D'une part, l'augmentation de la population mondiale qui, selon l'ONU, devrait atteindre les 10 milliards de personnes en 2050. De l'autre, des crises de production liées au dérèglement climatique ainsi que des prix des matières premières de plus en plus volatiles. Si Monsanto et Bayer affirment justement fusionner pour "produire plus avec moins" "aider les cultivateurs à surmonter les obstacles de demain", nombre de doutes persistent -sur lesquels  la commissaire européenne à la Concurrence, Margrethe Vestager, a promis de se pencher.

Plus de choix pour les agriculteurs?

Première source de préoccupation, l'accès aux semences. "Les deux tiers du marché mondial des semences commerciales sont aujourd'hui contrôlés par dix sociétés seulement", qui en profitent pour imposer leurs produits et leurs prix, dénonce l'ONG Swissaid: une position dominante que la nouvelle opération ne fera que renforcer.

"Le rachat de Monsanto par Bayer, c'est la prise de contrôle du tiers du marché des semences par une entreprise qui contrôle déjà 17% du marché des pesticides (et atteindra 27% avec Monsanto)", s'alarme en France la Confédération paysanne, citée par l'AFP: les paysans n'auront donc à terme "plus d'autres choix que d'acheter les produits de ce nouveau monstre", craint-elle. Monsanto a déjà attaqué aux Etats-Unis des agriculteurs qu'il accuse d'avoir violé ses brevets, lesquels ne couvrent d'ailleurs plus seulement les organismes génétiquement modifiés (OGM) -spécialité de l'Américain-, mais aussi des variétés traditionnelles.

"Sous prétexte de soigner des plantes sélectionnées pour être dépendantes de leurs pesticides, ce groupe aura le champ libre pour la commercialisation de quantités de produits", précise la Confédération paysanne, qui craint pour le maintien de la "souveraineté alimentaire que cette transaction à 59 milliards d'euros met en danger".

Sur le même ton, le parti des Verts allemands dénonce l'émergence d'une "entreprise toute-puissante, qui ne va pas lutter contre la faim dans le monde, mais l'aggraver".

Des prix déjà trop élevés

Le colosse contrôlera d'ailleurs aussi les coûts de ces semences, déjà en augmentation. "Une telle concentration ne fait jamais baisser les prix, bien au contraire", souligne sur le site de TVA Nouvelles le directeur-général de l'Union des producteurs agricoles du Québec, Charles-Félix Ross:

"C'est un principe de base en économie lorsque la demande est forte, et le nombre de fournisseur devient limité. C'est préoccupant pour les agriculteurs, mais aussi pour les consommateurs", insiste-t-il.

Pourtant, augmentation des prix ne rime pas forcément avec meilleures récoltes, observe Swissaid, alors qu'elle "a pour effet d'accroître la pauvreté et la faim dans les campagnes".

Cette hausse des prix pourrait néanmoins, à court terme, être freinée par la crise de l'agriculture elle-même, nombre de paysans n'étant plus en mesure d'acheter les semences les plus chères, dont l'efficacité est aussi mise en doute. Fin juin, en pleine négociation avec Bayer, Monsanto annonçait d'ailleurs une chute inattendue de ses bénéfices et ventes trimestriels: précarité qui justifie en partie la fusion.

La capacité innovatrice du "monstre" en cause

Quant à la capacité des deux géants de mieux répondre mains dans la main aux défis de l'avenir, "ils sont si étroitement spécialisés qu'on a le sentiment général qu'ils ne développeront pas les innovations dont nous avons besoin", estime le président de l'ONG canadienne ETC Group, Pat Mooney, cité par le Washington Post.

"Une grande partie de leur recherche se concentre sur les plus grandes cultures qui rapportent le plus d'argent", précise-t-il.

Liam Cordon, membre du management de Bayer AG et directeur de la division Crop Science (science des cultures) du groupe, insistait pourtant dans un communiqué du 7 septembre sur "l'engagement de l'entreprise allemande en faveur de l'innovation et du développement durable" afin "de contribuer à l'agriculture de demain". Monsanto s'est pour sa part déjà spécialisé dans l'agriculture numérique.

Un effet domino?

La méfiance est par ailleurs significativement aggravée par la mauvaise réputation dont jouit Monsanto, outre-Atlantique comme en Europe. Au-delà du fort lobbying qu'elle mène en faveur des OGM, elle est aussi connue pour les polémiques autour des conséquences sur la santé de son herbicide phare, le Roundup. Son image d'entreprise "prête à-tout" date d'ailleurs des années 60: elle fait en effet partie des neuf producteurs de l'Agent Orange, herbicide utilisé comme arme chimique par l'armée américaine lors de la guerre du Vietnam. Les manifestations contre Monsanto ont désormais pris un rythme régulier: toutes les années se tient une marché mondiale contre l'Américain, au centre d'ailleurs de la campagne européenne contre le traité d'échange transatlantique (Tafta ou TTIP). Un tribunal international baptisé "Tribunal Monsanto" jugera même en octobre de ses "crimes" contre l'environnement.

Ainsi, bien que le patron de Bayer, Werner Baumann, assure que son groupe "peut gérer la réputation de Monsanto", en Allemagne,  les effets de cette réputation sur celle dont le slogan est "science pour une meilleure vie" sont ainsi devenus une préoccupation politique. La section des Grünen de la Rhénanie-du-Nord-Westphalie, où siège Bayer, qui la gouverne avec le SPD, a même appelé Bayer à revoir sa décision.

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Commentaires
a écrit le 05/11/2016 à 18:41 :
Mais pourquoi les pays ne l'interdissent tout simplement pas ??!!
Qu'attendent-ils pour ce faire ??!!
a écrit le 03/11/2016 à 16:49 :
D'accord avec VALBEL89 : "Cette concentration est le résultat du néolibéralisme économique". Les grands groupes s'associent pour être toujours plus forts sur le marché en vue d'écraser leurs concurrents, de rafler de nouvelles parts de marché pour faire toujours plus de profits. C'est l'alliance des mastodontes qui asphyxie les petits.
Citoyen blasé a un point de vue original mais je ne comprends pas quand il parle d'un groupe ultra-endetté. Pour ma part, j'ai vu que Mosanto a fait 15 milliards de C.A en 2015. Une bonne nouvelle pour les consommateurs ? Vraiment ? Non, je ne crois pas. Ce qui est visé est le monopôle sur les semences, sur l'agriculture avec des cultivateurs et des consommateurs-citoyens citoyens d'eux. Quant à la justice, il n'y en a pas. Le géant a versé pendant des années dans le modèle intensif, en étant responsable de scandales sanitaires impitoyables (coton Bt, agent orange, le round up) qui ont fait des millions de morts, et il n'hésite pas déjà à se convertir au bio ou l'alimentation de synthèse...effaçant comme à son habitude l'ardoise des crimes par la corruption politique.
a écrit le 16/09/2016 à 9:13 :
Encore merci à Bové & co qui ont ruiné la recherche française dans ce domaine et laissé le champ libre à ceux qu'ils dénoncent.
Réponse de le 03/11/2016 à 19:35 :
Toutes les découvertes "scientifiques" (ou commerciales ???) ne sont tout de même pas obligatoirement à prendre pour des progrès...
On voit que les scientifiques ne voient pas beaucoup plus loin que le bout de leur nez. L'excitation de la découverte leur fait faire des mensonges, et des analyses erronées (ex : la terre ne serait pas capable de nourrir tout le monde avec l'agriculture traditionnelle...).
Monsieur, vous allez nous faire détester les gens de votre caste de chercheurs, qui ne se rend pas compte qu'elle se met au service des géants comme Monsanto et Bayer, lesquels semblent considérer qu'il y a trop d'hommes sur la terre et qu'il faut en éliminer un maximum en leur disant que c'est pour leur bien..
a écrit le 16/09/2016 à 7:18 :
On peut mettre en parallèle cette fusion et l'annonce du refus des députés européens de mieux encadrer le lobbysme. Je pense que de nombreux députés européens doivent se frotter les mains car l'argent du lobbysme va couler à flot dans les poches. Il faut également noter que se passera t il avec de tels mastodontes si le traité de libre échange entre Europe et USA venait à être signé avec cette close qu'une entreprise puisse contester une loi nationale et dans le cas de cette fusion même la cour de justice européenne deviendrait une naine. Maintenant il faut attendre les régulateurs de la concurrence US et européens pour savoir la finalité de cette fusion. Le problème en Europe, peut- on encore faire confiance au régulateur à la commission j'ai un doute car après avoir accepté de négocier le traité UE/US avec une close de secret j'ai une suspicion sur la probité de cette commission dont le président est ne l'oublions pas est le magouilleur fiscal du Luxembourg.
a écrit le 16/09/2016 à 0:40 :
Dans tous las cas et malgré des craintes très compréhensibles mieux valait un rachat de Monsanto par Bayer que l'inverse !
a écrit le 15/09/2016 à 21:04 :
Cette concentration est le résultat du néolibéralisme économique. Produire toujours plus, toujours moins cher et faire acheter (gaver) toujours plus le consommateur de produits médiocres, mauvais, inutiles et rapidement obsolètes pour en produire encore et encore, en gaspillant les ressources naturelles de la planète, tout en la détruisant par la pollution.
Gabegie pour une "croissance" devenue molle, mais qui continue à alimenter les portefeuilles des actionnaires et des nantis en général. Economiquement, financièrement, socialement, militairement, une planète au bord de l'explosion.
a écrit le 15/09/2016 à 19:51 :
"Un effet domino?"

En effet c'est plus une mauvaise nouvelle pour ce nouveau groupe ultra endetté du coup et donc pour l'agro-industrie à long terme, les actionnaires ne pensant qu'à court terme. ET donc c'est une bonne nouvelle pour le consommateur.

Il est par contre franchement regrettable que ces multinationales de l'empoisonnement indirect explosent de leur propre incompétence plutôt que par des autorités s'alarmant des multiples dégâts occasionnés sur les citoyens.
Réponse de le 16/09/2016 à 1:08 :
Poursuoi donx ?aucune inquietude... Ca permet de ne regarder qu'un seul voyou maintenant
Réponse de le 16/09/2016 à 12:04 :
L'inquiétude c'est que nos pouvoirs publics laissent tranquillement ces multinationales nous empoisonner quotidiennement.

Le cancer c'est un décès sur deux.

Bref nos politiciens préfèrent montrer les muscles contre le terrorisme qui fait autant de mort que ceux se noyant dans leurs baignoires, c'est paru dans un article de la tribune il y a quelques semaines, mais s'écrasent comme les serviteurs qu'ils sont faces aux multinationales de la mort.

C'est ça qui est très inquiétant, non seulement nos politiciens ne nous écoutent plus mais en plus ils valident sans sourciller des politiques économiques qui menacent directement notre santé.

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