Permaculture et agriculture urbaine, le rêve de l’autosuffisance alimentaire

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(Crédits : Lufa Farms/Flickr)
Plébiscités par une population de plus en plus diplômée et en quête de sens, les potagers se multiplient en ville alors que les microfermes fleurissent à la campagne. Un mouvement qui vise une autonomie quelque peu utopique, mais qui contribue à la résilience des territoires.

Le 18 avril, lors de la présentation du film à la presse, deux salles de cinéma affichaient complet. Depuis, à Paris comme en province, L'Éveil de la permaculture a enregistré 50.000 entrées. Le succès du documentaire du réalisateur Adrien Bellay montre bien l'intérêt croissant pour ce mouvement né en Australie dans les années 1970, qui s'inspire de la nature afin de réduire au minimum la consommation de ressources et de créer des microfermes visant l'autonomie vivrière et énergétique.

Alors qu'il y a quelques années le phénomène n'était connu que de certains milieux d'initiés, il attire aujourd'hui l'attention d'un public diversifié et diplômé : architectes, juristes, médecins sont de plus en plus nombreux parmi les apprentis venant s'initier aux principes de la permaculture lors de stages organisés à l'étranger et dans toute la France, témoignent les formateurs devant la caméra d'Adrien Bellay. Impuissants face aux scandales de l'industrie agroalimentaire, appauvris par la crise financière de 2008, les néoagriculteurs viennent chercher dans ces formations des moyens d'agir face aux pires effets de la mondialisation, la possibilité d'élaborer des solutions concrètes qui passent notamment par la revalorisation des réseaux locaux et l'économie circulaire.

Créer des fermes en ville

En ville aussi, l'agriculture cherche sa place : nombre de jardins, de cours d'immeubles, de friches, de toits, voire de murs, sont progressivement transformés en potagers. Souvent portés par les citadins eux-mêmes, les projets d'agriculture urbaine séduisent également les municipalités, qui en perçoivent le potentiel en matière de résilience des villes. Réponse improvisée à l'amplification des déserts nutritionnels après la faillite de Detroit en 2013, la multiplication des jardins dans les propriétés abandonnées a ainsi été l'un des principaux vecteurs de la renaissance de la ville. Aujourd'hui, la métropole du Michigan produit quelque 200 tonnes de nourriture par an et voit se développer autour de l'agriculture urbaine une nouvelle économie locale - la ville compte désormais plusieurs véritables fermes et une trentaine de marchés paysans sur son territoire. Des quartiers désertés commencent à se repeupler grâce à l'attrait de ces projets. En France, la municipalité d'Albi, dans le Tarn, s'est carrément fixé pour objectif d'atteindre l'autosuffisance alimentaire en 2020 en s'approvisionnant uniquement dans un rayon de 60 km autour de la ville. Lancé début 2015 avec un budget de 300.000 euros sur cinq ans, le projet vise à multiplier les jardins partagés, à installer des maraîchers en ville et à construire des réseaux de proximité dans le département. Paris espère pour sa part végétaliser 100 hectares d'ici 2020 et en consacrer un tiers à l'agriculture urbaine. Un appel à projet, Parisculteurs, vient d'être lancé afin d'attribuer l'exploitation de 5,5 hectares. Conscientes de l'attrait de ces initiatives et de leur potentiel en matière de politiques RSE (responsabilité sociétale des entreprises), même les grandes enseignes championnes de la distribution globale s'y mettent : Carrefour a, par exemple, entrepris la mise en place, à travers la France, de divers potagers à proximité de ses magasins, voire sur leurs toits, et en vend parfois les produits.

Nouvelles technologies vertes

Les nouvelles technologies viennent souvent en aide à ces projets : nombre de serres urbaines deviennent des lieux privilégiés d'expérimentation des techniques d'hydroponie ou d'« agriculture numérique », et les énergies renouvelables assurent une partie de l'autonomie des microfermes rurales. En outre, la promotion de la production locale et des circuits courts bénéficie paradoxalement des technologies de la communication et de la dimension internationale de l'essor de la permaculture comme de l'agriculture urbaine. Sur Internet, les sites consacrés à la permaculture sont ainsi de plus en plus nombreux. Et des experts tels que l'Australien Darren Doherty sillonnent la planète pour promouvoir de meilleures techniques de gestion des pluies, apprend-on dans le film d'Adrien Bellay : le formateur contribue à quelque 1.300 projets sur cinq continents. L'association The Greening of Detroit, pionnière de l'agriculture urbaine dans la métropole américaine, partage aussi régulièrement son expertise avec des homologues actives dans d'autres villes américaines ou étrangères.

Dans les faits, l'autosuffisance est plus un horizon qu'un objectif réaliste. La plupart des microfermes aujourd'hui autonomes le sont grâce aux revenus issus des formations qu'elles dispensent ou au travail fourni par les apprentis, montre le film d'Adrien Bellay. Et même lorsque dans les projets plus anciens et aboutis, comme à la Ferme du Bec Hellouin, dans l'Eure, une véritable forme d'autosuffisance existe, la frugalité est de mise. Selon une récente étude de l'Inra (Institut national de la recherche agronomique), l'activité maraîchère, conduite de manière intensive et à la main sur 1.000 m2, permet de dégager entre 850 et 1.500 euros mensuels. Difficile dans ces conditions de convaincre les grands propriétaires bio voire traditionnels d'adopter cette philosophie de production, malgré ses bienfaits en matière de lutte contre la pollution et le réchauffement climatique, et donc de la juger adaptée au défi de nourrir une population planétaire croissante.

En milieu urbain, les métropoles ne disposent pas d'espaces cultivables suffisants pour nourrir leur population. Même dans une ville de 50.000 habitants comme Albi, le foncier est « le nerf de la guerre », admet le maire adjoint au développement durable et à l'agriculture urbaine, Jean-Michel Bouat, qui reconnaît devoir « courir après les terres ». « Pour nourrir toute la population en bio, il faudrait 600 hectares de maraîchage alors que, sur tout le département, on compte moins de 300 hectares », précise le conseiller municipal EELV Pascal Pragnère.

Partenariats incontournables

À Detroit où, au contraire, les espaces vides sont tellement vastes qu'« en en utilisant seulement entre 5 et 10 % on pourrait nourrir tous les habitants », la ville « ne peut pas se transformer en ferme géante », la coexistence des diverses utilisations du territoire (transports, logement, industrie) étant incontournable sur le front de la résilience.

C'est pourquoi le réseau et les partenariats s'avèrent indispensables : « Nous avons besoin d'un travail étroit avec les agriculteurs » autour de Paris et au-delà, admettait la maire Anne Hidalgo en janvier, à la veille de la présentation au Conseil de Paris de son grand plan « alimentation durable et agriculture urbaine ».

Une manière de souligner que, pour atteindre les objectifs écologiques, économiques comme sanitaires de la production locale, tous les acteurs doivent travailler main dans la main.

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a écrit le 26/09/2017 à 23:31 :
l'agriculture familiale de nos campagnes se meurt, mais ça personne n'en parle. On nous demande d'être plus compétitif à l'export, mais comment s'en sortir au cours mondial avec des charges franco française. On nous demande des efforts en matière environnemental, comment engager des changements de pratiques et les investissements qui vont avec quand on perd de l'argent, quand on supprime les aides au maintien de la bio. On nous reproche nos aides alors que des prix rémunérateurs suffiraient. Qui va en parler de tout ça ?
a écrit le 26/09/2017 à 15:31 :
Quid de la pollution aérienne ? parce que "ça fait bien/bobo/branché" de cultiver des légumes en pleine ville, alors on est prêt à (faire) manger des plantes contaminées aux polluants aériens... super...
Réponse de le 26/09/2017 à 17:14 :
Les couloirs aériens sont fait pour éviter au maximum les zones densément peuplées (les villes). Donc à votre avis, au dessus de quoi passent ces avions ?...Alors avant de pleurer sur les bobos pour faire comme les copains du PMU prenez juste 2 seconde pour la réflexion.
Et avant que vous ne me fassiez dire ce que je n'ai pas dit : je ne remet pas en cause la pollution aérienne, juste son exclusivité au niveau des villes.
a écrit le 26/09/2017 à 9:25 :
"tous les acteurs doivent travailler main dans la main"

CE qui est pour l'instant in-envisageable avec une agro-industrie qui demande de continuer de pouvoir utiliser du glyphosate.

D'un côté le monde espéré de demain de l'autre la marge bénéficiaire de l'actionnaire et voyant qui dirige le monde difficile d'être optimiste.

"Environ 300 agriculteurs se sont rassemblés vendredi dernier sur les Champs-Elysées à Paris pour exiger le maintien de l‘autorisation du glyphosate. "

https://fr.reuters.com/article/topNews/idFRKCN1C01KT-OFRTP
a écrit le 26/09/2017 à 9:13 :
''''' architectes, juristes, médecins sont de plus en plus nombreux ...''''!La permaculture c'est un travail considérable tout est fait à la mains et il faut y consacrer beaucoup de temps tous les jours !Comment ces professions qui font 11 h par jour le pourraient elles ?
Quand à l'autosuffisance on se demande en quoi !Les legumes basiques peut etre les climats français permettent de les faire pour un peu partout .Pour savoir ce qui pousse bien dans un endroit ,il suffit de se deplacer aux marchés les plus proches et voir ce que proposent les paysans locaux ,si ils ne proposent pas certains légumes c'est que ca vient pas dans le coin à cause de la nature des sols et des micros climats!Donc l'autosuffisance locale c'est du pipeau c'est tout ,un gadget à bobos pour amuser la galerie ..

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