"Jérôme Kerviel était dans une espèce de fuite en avant"

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La septième journée du procès en appel de Jérôme Kerviel a commencé lundi 18 juin. La présidente de la Cour, qui n'a jusque là pas ménagé l'ancien trader, condamné le 5 octobre 2010 à cinq ans de prison, dont trois fermes, ainsi qu'à 4,9 milliards d'euros de dommages et intérêts, entend aujourd'hui différents témoins à la barre, dont les anciens supérieurs de Jérôme Kerviel.

Jérome Kerviel est sous le coup de trois chefs d'accusation : abus de confiance, introduction frauduleuse de données dans un système de traitement automatisé, faux et usage de faux. Son procès en appel a commencé lundi 4 juin. Suivez en direct la septième journée d'audience couverte par notre journaliste Laura Fort, avec les clés pour comprendre le procès. Retrouvez le compte-rendu de la première journée d'audience, le compte-rendu de la deuxième journée d'audience, le compte-rendu de la troisième journée d'audience, le compte-rendu de la quatrième journée d'audience, le compte-rendu de la cinquième journée d'audience et le compte-rendu de la sixième journée d'audience.

Lundi 18 juin

20h30 "Jérôme Kerviel était dans une espèce de fuite en avant"
Me David Koubbi, avocat de Jérôme Kerviel, intervient : Vous disiez que 80 milliards face à Baader nécessitait une mobilisation de fonds propres énorme. Qu?est-ce que ça vous a fait de voir cet engagement ?
RP : C?est un nominal d?opération important et pour moi, face à un broker, c?était une erreur.
DK : Comment ça se fait que l?Eurex voit des positions massives vendeuses et acheteuses, et pas vous ?
RP : Je l?ai vu a posteriori, dans le bureau du juge d?instruction.
DK : Au sujet de M. Mougard, assistant trader de J. Kerviel, vous nous confirmez que toutes les alertes convergeaient bien vers lui ?
RP : Non, pas toutes. C?est celui qui est en charge de la saisie des opérations, de la fonction de reporting et qui a la meilleure perception de l?activité du trader.
Me Reinhart, avocat de Société Générale, interroge le témoin : Pourquoi J. Kerviel vous a-t-il menti le 18 janvier 2008 ?
- Pièces à l?appui, Mme la présidente ! râle Me Koubbi.
Me Reinhart reprend sa question.
Richard Paolantonacci : Je n?ai pas de réponse. Mais il était dans une espèce de fuite en avant et s?adaptait à son interlocuteur, et à la précision de la question.

19h20. "Des gens ont certainement pêché par excès de confiance"

Après une suspension, l?audience reprend. A cette heure-ci, ne restent plus que cinq journalistes et le public est clairsemé.
La Cour entend maintenant comme témoin Richard Paolantonacci, chargé de la surveillance des risques à la Société Générale à l?époque des faits.
Il s?avance, sacoche à la main, costume noir, cravate bleue, classique, et accroche ses lunettes de vue à sa pochette. Il travaille toujours aujourd?hui à la Société Générale, chargé de la gestion de la liquidité de la banque d?investissement.
Richard Paolantonacci se lance : J?étais amené à regarder l?activité de Jérôme Kerviel, car c?est à cette époque qu?on a commencé à mener des réflexions sur la consommation de fonds propres des activités de marché. Je connaissais J. Kerviel au même titre que les autres personnes du front-office, on n?avait pas de liens hiérarchiques. J?avais avec lui des relations cordiales. Certaines opérations semblaient montrer une consommation anormalement élevée de fonds propres. Le risque de contrepartie est jugé d?autant plus important que la contrepartie est fragile. En face de ce risque, la banque doit mettre du capital en face.
Un des indicateurs pour surveiller la bonne adéquation du capital au risque s?appelait à l?époque le ratio Cooke.
Mireille Filippini, la présidente de la Cour, lui demande alors d?expliquer comment il a décortiqué l?opération avec Deutsche Bank en 2007. Huit opérations d?achats-ventes de forwards d?un encours total de 80 milliards d?euros passées face à un courtier allemand Baader était apparu en anomalie. Ces opérations supposaient une allocation de 2,4 milliards en fonds propres. J. Kerviel avait ensuite expliqué qu?il s?agissait d?une erreur et que la contrepartie était finalement Deutsche Bank.
L?avocat général : Pourquoi vous avez vérifié cette opération ?
Richard Paolantonacci : C?est plutôt un enchaînement d?événements. C?est tellement gros, 80 milliards avec Baader, que vous vous dites que c?est une erreur. Puis on vous dit que c?est avec Deutsche Bank, c?est un peu mieux mais c?est énorme. Dans le doute, on a décidé de vérifier ces opérations de manière précise.
Le problème de ces opérations c?est qu?elles nous font prendre un risque de marché colossal. En face, on doit mettre un montant énorme de fonds propres. On n?avait simplement pas les moyens de prendre cette position. La banque doit absolument la couper. Dès lors qu?il est passé des opérations fictives en face, le risque de marché n?est plus un problème.
L?avocat général : Un résultat vous autorise-t-il à reprendre de nouvelles positions directionnelles ?
RP : Il n?y a pas de lien direct. Vous n?êtes pas propriétaire du résultat. La banque peut par exemple décider de l?allouer à une autre activité.
Me François Martineau, avocat de Société générale, s?avance pour poser ses questions : Dans quel état est J. Kerviel lorsque vous lui demandez des explications ?
RP : Il me paraissait un peu nerveux, avec une difficulté à apporter une réponse construite et logique. Après, il faut dire aussi que les fonds propres n?étaient pas le sujet de J. Kerviel et il n?y était pas sensibilisé.
Mireille Filippini : Finalement vous êtes un des premiers à être un peu curieux ?
RP : On a été les premiers à ne pas se contenter de ses explications et à replacer les opérations dans le contexte de travail de M. Kerviel. Mais les gens sont formatés pour découvrir les fraudes. Ils ont certainement pêché par excès de confiance. Il fallait replacer ces opérations dans le cadre plus global de l?activité de J. Kerviel et le décalage entre une opération précise et son activité dans son ensemble.

16h45 "Comment se fait-il que vous ayez perçu 750 000 euros en tant qu'insuffisant professionnel ?"

Martial Rouyère, ancien N+2 de Jérôme Kerviel entendu comme témoin, s'éponge, pendant que Me Jean Reinhart, avocat de Société Générale, s'avance pour l'interroger.
Me Jean Reinhart : Quel est votre état d'esprit lorsque vous accueillez Jérôme Kerviel au bas de la Tour Société Générale en janvier 2008 ?
Martial Rouyère : Tout le monde était dans un état d'hébétude assez poussé.

...

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Et retrouvez notre dossier spécial sur l'affaire Kerviel, les clés pour comprendre le procès (noms, définitions), les analyses de Valérie Segond et de François Lenglet après le verdict de 2010, ce que sont devenus les protagonistes de l'affaire, les plaintes déposées par Me David Koubbi (avocat de Jérôme Kerviel) et par Me Jean Veil (avocat de Société Générale), le témoignage de l'ancienne conseillère en communication de Jérôme Kerviel, et le contexte politique dans lequel s'inscrit le procès.

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Commentaires
a écrit le 19/06/2012 à 12:32 :
Au-delà des palabres, on s'aperçoit que la Bourse est bel et bien un poker menteur :-)
a écrit le 19/06/2012 à 11:44 :
Hahahahaha! A l'heure des déficits abyssaux de nos états dont on nous dit que pour les combler on doit encore emprunter et des trilliards déversés sur les banques pour les rendre solvables, on croit rêver de reprocher à un trader de pratiquer la fuite en avant!

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