Après le Brexit, Paris et Milan veulent donner un coup d’accélérateur à l’Europe financière

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Les places financières de Paris et de Milan militent pour un rapatriement au sein de l'UE de la compensation des transactions en euros, qui se fait à l'heure actuelle essentiellement au Royaume-Uni.
Les places financières de Paris et de Milan militent pour un rapatriement au sein de l'UE de la compensation des transactions en euros, qui se fait à l'heure actuelle essentiellement au Royaume-Uni. (Crédits : Reuters)
Les représentants des industries financières française et italienne se sont réunis à Paris, mardi 19 juillet, dans le cadre du Dialogue franco-italien sur les services financiers. Ils vont faire des propositions à la Commission européenne pour accélérer la construction de l’Europe financière, dans le contexte de la sortie prochaine du Royaume-Uni de l’Union européenne.

Transformer une contrainte en opportunité. C'est que veulent faire les places financières de Paris et de Milan avec le Brexit. « Nous regrettons tous la décision des Britanniques de quitter l'Union européenne (UE), mais le Brexit peut représenter une opportunité si l'Europe, à commencer par nos deux pays [la France et l'Italie ; Ndlr], se met en condition pour être attractive pour les capitaux », a déclaré Franco Bassanini, conseiller spécial de Matteo Renzi, le président du Conseil italien, à l'issue d'une réunion du Dialogue franco-italien sur les services financiers, qui s'est déroulée à Paris, mardi 19 juillet. Cette réunion s'inscrit dans la cadre d'une collaboration régulière entre les industries financières française et italienne, mais elle a pris un relief particulier, moins d'un mois après le vote des Britanniques en faveur du Brexit, lequel pourrait rebattre considérablement les cartes dans la finance européenne.

Ne serait-ce que parce que les sociétés financières britanniques risquent de perdre leur passeport européen, ce précieux sésame qui permet par exemple à toute banque agréée dans un pays de l'Union européenne d'exercer son activité dans l'ensemble de l'UE. Tout dépendra de la nature des nouveaux accords commerciaux et financiers que le Royaume-Uni parviendra à négocier avec l'UE, à partir du moment où il aura invoqué l'article 50 du traité de Lisbonne, qui déclenchera officiellement son processus de sortie de l'UE. C'est dire si les financiers d'Europe continentale piaffent d'impatience. « Il faut mettre rapidement en application l'article 50, le temps joue contre l'Europe car l'incertitude est mauvaise pour les marchés et engendre un attentisme qui nuit à l'économie », a déclaré Bernard Spitz, le président de la délégation française, par ailleurs patron de la Fédération française de l'assurance.

L'Allemagne hostile à une intégration plus poussée de la zone euro

Durant leur réunion de mardi, les représentants des industries financières française et italienne ont donc planché sur des propositions concrètes pour dessiner l'Europe financière post-Brexit, propositions qu'ils soumettront à la Commission européenne. Parmi ces suggestions figurent le rapatriement au sein de l'UE de la compensation des transactions en euros, qui se fait à l'heure actuelle essentiellement au Royaume-Uni, et la délocalisation en Europe continentale du siège londonien de l'Autorité bancaire européenne. L'objectif étant de « renforcer l'autonomie de l'industrie financière européenne », a souligné Arnaud de Bresson, délégué général de Paris Europlace, l'association chargée de la promotion de la place financière de Paris. Les places de Paris et de Milan érigent également au rang de priorité l'accélération de la mise en place de l'union bancaire, qui a pour objectif de casser le lien entre crise bancaire et crise des dettes souveraines, et de l'union des marchés de capitaux, laquelle doit faciliter le financement des entreprises par les marchés. « Notre priorité est l'accélération de l'Europe financière, dans toutes ses composantes », a résumé Arnaud de Bresson.

Sauf qu'une telle ambition implique d'être plus de deux. Or l'Allemagne, elle, est hostile à une intégration plus poussée de la zone euro, refusant d'entendre parler d'une plus grande solidarité financière. En particulier, afin de protéger le contribuable allemand, il est hors de question, pour Berlin, de mettre en place une garantie européenne des dépôts bancaires, une mesure qui n'est autre que le dernier pilier de l'union bancaire. Autrement dit, avant de mutualiser les risques, il est impératif de les réduire, estime Berlin.

« Il est de notre responsabilité d'ouvrir le dialogue bilatéral entre la France et l'Italie sur ces propositions ambitieuses à d'autres interlocuteurs, notamment allemands. Il faut se mettre autour de la table, comprendre les raisons des uns et des autres, trouver des solutions », a reconnu Paolo Garonna, secrétaire général de la Fédération italienne de la banque, de l'assurance et de la finance (Febaf).

Des solutions qui ne pourront concerner que « l'implémentation de l'union bancaire et de l'union des marchés de capitaux car, sur le plan politique, leur création a été décidée », a tenu à rappeler Franco Bassanini. La prochaine réunion du Dialogue franco-italien sur les services financiers, prévue à l'automne, pourrait justement être l'occasion de « se mettre autour de la table », comme le dit Paolo Garonna, dans la mesure où ces échanges « seront ouverts à nos amis allemands, et pas seulement à eux, d'ailleurs », a indiqué Bernard Spitz. Des débats qui promettent d'être sinon houleux, du moins animés.

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La question d'une aide aux banques italiennes

Les banques italiennes étaient en berne, mardi 19 juillet à la Bourse de Milan, après une décision de la Cour de justice de l'UE sur les banques slovènes, qui a créé de l'inquiétude quant au soutien public que Rome négocie avec Bruxelles pour son système bancaire. Celui-ci est grevé par 360 milliards d'euros de créances douteuses, conséquence d'une récession qui a été plus longue que dans d'autres pays européens, et qui a particulièrement affecté les petites entreprises, très nombreuses en Italie. L'exécutif européen doit vérifier que toute aide publique ne contrevient pas au droit communautaire. « Le secteur bancaire italien dans son ensemble est solide, mais il peut y avoir des situations spécifiques, qui seront résolues en respectant les règles européennes », a affirmé Luigi Abete, président de la Febaf (la Fédération italienne de la banque, de l'assurance et de la finance), mardi 19 juillet.

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Commentaires
a écrit le 03/08/2016 à 15:28 :
"Or l'Allemagne, elle, est hostile". Alors, c'est inutile d'en parler. Le patron doit être obéi aveuglement. Pourquoi donc tout ce gaspillage de temps et d'énergies?
a écrit le 30/07/2016 à 16:00 :
Les beau jours latins....France Italie Espagne Portugal, c'est vrai qu'ils ont tant de points communs et des méthodes de gestion similaires. Les anglais ne disent mots mais attendent patiemment un IS à 15% qui après tout ne sera pas loin d'un IS irlandais pourtant européenne.On se demande comment le potiron deviendra carrosse après 35 ans de "JE HAIS LA FINANCE". Certainement encore une nouvelle version du braconnier devenu garde champêtre.
a écrit le 23/07/2016 à 19:32 :
LA LOGIQUE FINANCIERE DEVRAIS FAIRE BAISSE L EUROS ? SEUL CELA DEVRAIS RENFORCE LE POUVOIR DE VENDRE PLUS A L ETRANGERS DONC REDONEE UNE BOUFFEE D AIR A NOS ENTRPISSES QUI TRAVAILLERONS PLUS? ET QUE CELA FERAS BAISSE LE CHOMAGE???
a écrit le 21/07/2016 à 21:40 :
Rappelez-nous le taux de l'impôt sur les sociétés en France ? Et l'état du droit social ? Cette danse du ventre est manifestement vouée à l'échec tant que la "Finance" sera l'ennemie de notre Président qui fait tout néanmoins pour se soumettre à l'Allemagne. Quant au "bail in" du mécanisme européen de résolution unique des crises bancaires, il va tuer l'Union Européenne dès qu'il sera mis en oeuvre à grande échelle autrement que sur un "Etat périphérique" dont personne ne se soucie comme Chypre : mais pour l'Italie, la France, l'Espagne ou le Portugal, le massacre sera fatal...
Réponse de le 22/07/2016 à 18:27 :
"il va tuer l'Union Européenne dès qu'il sera mis en oeuvre à grande échelle autrement que sur un "Etat périphérique" dont personne ne se soucie comme Chypre : mais pour l'Italie, la France, l'Espagne ou le Portugal, le massacre sera fatal...". Que dieu vous entende. Que dieu vous entende !
a écrit le 21/07/2016 à 18:39 :
c'est cousu de fil blanc, les cigales s'unissent pour mutualiser leurs risques financiers (énormes et incontrôlés) avec les fourmis. Un peu comme si les mauvais conducteurs s'unissaient pour mutualiser leur malus avec les bonus des bons conducteurs. Les allemands ne sont pas si bêtes, "avant de mutualiser les risques, il est impératif de les réduire". Il faut quitter cette UE démente au plus vite.
Réponse de le 21/07/2016 à 20:36 :
Les allemands ne veulent pas mutualiser les risques mais ils étaient tout à fait d'accord pour unifier nos monnaies, afin que nous ne puissions plus dévaluer.

Résultat : Ils ont pratiqué la dévaluation interne quasiment dès la création de l'euro, et depuis nous pompent notre argent via des exportations excessives.

Par ailleurs, ils viennent nous reprocher de ne pas respecter les traités en ce qui concerne les déficits budgétaires, mais refusent de respecter les critères de ces mêmes traités en ce qui concerne la balance commerciale.

Les allemands sont simplement dans une démarche de défense de leurs intérêts propres, sans respect du bien commun européen. Dommage pour un pays qui est sensé en être le leader.
Réponse de le 22/07/2016 à 18:32 :
Comme je vous comprends. Lorsque je vois "tonton Hollande" courir dans tous les sens en Europe ces derniers jours, je pense irrésistiblement à la légende du Saint Graal. Il était de quel pays le "Roi Arthur" (alias Arctus) ?
a écrit le 21/07/2016 à 17:51 :
Deux percherons qui s'unissent n'ont jamais fait un yearling.
Réponse de le 22/07/2016 à 12:09 :
Un yearling est un sprinter et s'épuise rapidement, un percheron est un marathonien, un coureur de fond. Lequel des deux est préférable, je penche pour le percheron.
a écrit le 21/07/2016 à 13:59 :
C'est une très bonne direction d'autant qu'il y avait un déséquilibre de l'industrie financière en faveur de l'Angleterre, ce qui n'était pas une diversification suffisante pour elle. Il est évident que le rapatriement au sein de l'UE de la compensation des transactions en euros, qui se fait à l'heure actuelle essentiellement au Royaume-Uni, et la délocalisation en Europe continentale du siège londonien de l'Autorité bancaire européenne est logique. La position allemande est également compréhensible puisque avant de parler de solidarité européenne dans la garantie des comptes bancaires, encore faut-il faire le ménage et il y a comme exemple le cas de beaucoup de banques italiennes (mais également allemandes !). Cà consolide l'ensemble financier européen, donc les entreprises, donc les emplois et la monnaie euro indispensable comme diversification face au dollar entre autres. N'en déplaise aux séparatistes et partis populistes type front national qui veulent nous faire revenir à l'âge de pierre et aux tribus qui se battaient entre elles à longueur de temps !
a écrit le 21/07/2016 à 13:19 :
l EUROPE de la discorde un édifice bien fragile. qui contribue a exterminer la classe moyenne
a écrit le 21/07/2016 à 12:58 :
Le choix le plus rationnel serait l'Irlande du Sud !
a écrit le 21/07/2016 à 12:50 :
Bref du rêve !
a écrit le 21/07/2016 à 12:41 :
Si nos gouvernants sont intelligents, ils renverseront la table avec l'Allemagne en s'alliant à l'Italie. Il n'y a plus d'autres choix pour se faire écouter en Europe et des Allemands. Le Brexit, même s'il est regrettable, isole la chancelière puisque Londres était son allié le plus proche (en terme économique, politique). A nous d'en profiter et réaffirmer la place de la France et de l'Italie comme membre majeur de l'Europe. L'Union n'est pas la mitteleuropa ni la chose de notre voisin d'Outre Rhin.
a écrit le 21/07/2016 à 12:35 :
Et pendant ce temps la un déchet français commande une voiture dans une concession allemande .
Réponse de le 21/07/2016 à 14:40 :
alors tous ceux qui traversent la frontière pour faire les courses sont des déchets. tu es qui pour insulter ces gens. Que sait tu du respect des commerçants Allemands envers leurs clients? As tu déjà mis les pieds en Allemagne? A mon avis tu parle sans connaître ces personnes ou plutôt les déchets comme tu les appels.
a écrit le 21/07/2016 à 11:31 :
Vivement la numérisation totale de la monnaie pour que les particuliers ne puissent plus sauver leurs avoirs des banques.
Réponse de le 21/07/2016 à 13:43 :
Oui vivement que les gens comprennent enfin qu'ils ne sont que des pions et se révoltent.
Réponse de le 21/07/2016 à 14:29 :
Bien sure Mr truc, un "état" totalitaire contrôlé par les banques, on en rêve tous. Plus d'argent liquide serait la fin de la liberté individuel au profit d'un contrôle total de nos vies (toutes vos habitudes seront scruté pour faire de vous un esclave consumériste).
Par contre, vous passez sous silence les Riches qui s'expatrient, montent des sociétés écran dans les paradis fiscaux, ou spéculent déjà sur tout ce qui est tangible. Bref, ceux qui ont réellement les moyens de sauver leurs avoirs et perpétrer les inégalités !
a écrit le 21/07/2016 à 11:11 :
On voit que nos politiciens européens ont tout compris. En réponse au non anglais,
ils proposent une Europe toujours plus libérale avec l'argent roi. Sûr que les autres peuples
coincés dans l'UE, sans perspective d'avoir la chance d'obtenir un référendum , apprécieront.
a écrit le 21/07/2016 à 8:57 :
On avait bien compris que les socialistes avaient définitivement tiré une croix sur toute politique de gauche. Mais il est bon de continuer de le rappeler et de le démontrer, merci.
Réponse de le 21/07/2016 à 13:13 :
quel est le rapport ?
Réponse de le 21/07/2016 à 15:07 :
td, quelle est votre question je vous prie ?

Vous ne voyez pas le rapport entre le PS et les marchés financiers ? Le rapport entre l'abandon définitif de l'idéologie de gauche et la traîtrise de ce parti envers son électorat afin de ne servir que le milieu de la finance ?

Vous êtes aveugle ?

Ou alors soyez précis, merci.

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