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Entreprises & FinanceAéronautique & Défense

Belgique : et si contre toute attente Naval Group remportait le contrat des chasseurs de mines

Photo de Michel Cabirol

Michel Cabirol

Publié le 14 mars 2019 à 17:58 - Mis à jour le 12 décembre 2024 à 23:50

Naval Group Thales Belgique chasseurs de mines Jean-Yves Le Drian Florence Parly

Naval Group Thales Belgique chasseurs de mines Jean-Yves Le Drian Florence Parly

ministère de la Défense belge

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Grâce à une proposition financière imbattable, Naval Group tiendrait la corde pour arracher à STX/Thales un contrat de 2 milliards d'euros portant sur la fournitures de douze chasseurs de mines à la Belgique et aux Pays-Bas. Le groupe naval aurait en outre bénéficié d'un coup de pouce du ministre des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian. Ce que dément le Quai d'Orsay.

Ambiance, ambiance. Entre STX, Thales et Naval Group, l'ambiance risque très prochainement d'être très, très explosive. Le nouveau ministre de la Défense et des Affaires étrangères belge, Didier Reynders, était censé attribuer, vendredi à l'issue d'un conseil interministériel restreint, un contrat portant sur l'achat de douze chasseurs de mines par la marine belge (six bâtiments) et néerlandaise (six autres) pour un montant de 2 milliards d'euros environ. Toutefois, la décision pourrait être reportée à plus tard, selon des sources concordantes. La Belgique a en principe jusqu'à la fin du mois pour se décider, les élections législatives étant prévues le 26 mai. Bruxelles n'est pas à son premier report.

"L'attribution du contrat pour les navires de déminage a été légèrement retardée de deux à trois mois, en partie à cause de la complexité du dossier d'achat", a rappelé mercredi le nouveau ministre de la Défense, Didier Reynders. Pourquoi :"Afin de donner aux soumissionnaires le maximum de possibilités pour présenter des offres conformes et optimisées, il était nécessaire de prolonger la période de négociation de quelques semaines".

Le choix belge devrait générer des explications serrées entre les trois groupes qui sont très liés les uns aux autres : STX est détenu à 15% par Naval Group, qui a lui-même dans son capital (35%) Thales. De son côté, l'Etat dispose de participations dans les trois groupes. Un peu plus de cohérence aurait rendu la position de la France plus lisible et claire. Le consortium STX/Thales, soutenu par la France, et Naval Group se sont livrés une compétition féroce, trop féroce... qui pourrait être in fine désastreuse pour les deux groupes. Une énième guerre franco-française à l'exportation, qui n'aurait jamais dû avoir lieu. Car initialement, la Direction générale de l'armement (DGA) avait demandé à Naval Group de ne pas concourir mais le groupe a finalement forcé la porte après le départ du délégué général pour l'armement, Laurent Collet-Billon. L'Hôtel de Brienne se réjouit d'une possible victoire française en Belgique, explique-t-on dans l'entourage de Florence Parly.

Trois consortiums ont présenté des offres jugées crédibles par la Direction générale des ressources matérielles belge (DGMR), qui a déjà éliminé le chantier espagnol Navantia : le groupe néerlandais Damen Schelde, associé à la société IMTECH België ; un consortium baptisé Sea Naval Solutions, rassemblant les chantiers navals Thales, dont Thales Belgium, STX France, Socarenam et la firme anversoise Engine Deck Repair (EDR) ; et, enfin, un consortium entre Naval Group et ECA Robotics appelé Naval & Robotics.

Naval Group vainqueur ?

Selon des sources belges, c'est Naval Group, qui tiendrait la corde la veille (?)  de l'attribution du contrat devant le favori STX/Thales, qui faisait encore la course en tête ces dernières semaines. Le groupe naval aurait fait une proposition financière imbattable afin de gagner ce marché, qui ne pouvait, semble-t-il, pas échapper sur le plan technologique et politique au groupe d'électronique, l'un des champions du monde, sinon le champion de la lutte anti-sous-marine. Car c'est la performance acoustique du sonar qui est la clé de la détection des mines et des systèmes. "Entre Thales et ECA, il y a plusieurs divisions d'écart dans ce domaine", assure ainsi un très bon connaisseur du dossier.

Thales, qui a développé un sonar d'excellence CAPTAS 4 pour les frégates multimissions françaises (FREMM), travaille également sur un sonar de nouvelle génération pour les futurs sous-marins nucléaires lanceurs d'engins (SNLE). Des technologies de pointe qui correspondent bien aux besoins de la marine belge, référente au sein de l'OTAN en matière de guerre des mines. Cette capacité est importante pour la Belgique dans un contexte de recrudescence des tensions internationales, notamment avec la Russie, qui teste les défenses occidentales dans les airs et sous les mers. "La Belgique est le pays pilote pour un des projets portant sur le développement futur de systèmes autonomes de lutte contre les mines", a rappelé mercredi le ministre de la Défense belge devant la commission de la défense.

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Ainsi, en août dernier, lors d'un exercice au large des côtes norvégiennes, la flotte de lutte contre les mines SNMCMG 1 de l'OTAN était sous commandement belge, le navire de commandement et de soutien étant le Godetia. Tous les ans, des chasseurs de mines belges participent à une campagne de déminage de l'OTAN réalisée par une escadre internationale des côtes baltes à la Méditerranée. Selon le ministère de la Défense belge, la traque s'effectue à l'aide de sonars en haute et basse fréquences.

Le Drian, un rôle décisif?

Selon des sources concordantes belges, Naval Group aurait donc cassé les prix pour adresser une proposition financière bien en-dessous du budget demandé tout en promettant de respecter le cahier des charges de la marine belge. L'écart serait d'environ 200 millions d'euros, explique-t-on à La Tribune. Soit environ 10% du budget de la Belgique. Difficile dans ce contexte, de refuser une telle offre pour DGMR. Ce qui pose toutefois la question de savoir si l'offre de Naval Group sera économiquement rentable pour le groupe naval, qui poursuit actuellement des campagnes beaucoup plus stratégiques comme celle des sous-marins aux Pays-Bas.

Selon des sources belges, Naval Group aurait en outre reçu l'appui très discret du ministre des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, alors que la ministre des Armées Florence Parly avait adressé en décembre un courrier pour soutenir l'offre de STX/Thales. Deux ministres d'Edouard Philippe, qui entretiennent des relations très froides, sinon glaciales. La Belgique était semble-t-il prête à suivre le ministère des Armées à condition que le consortium STX/Thales respecte le budget dédié au programme de chasseurs de mines. Ce ne serait plus le cas aujourd'hui. Il y a comme un très gros bug au sein de l'Etat français sur ce dossier.

Selon des sources belges proches du dossier, Jean-Yves Le Drian aurait appelé Didier Reynders en lui promettant le soutien de la France pour un poste de secrétaire général au Conseil de l'Europe. Un poste à plus de 30.000 euros défiscalisés par mois. Didier Reynders s'est déclaré en janvier candidat comme secrétaire général du Conseil de l'Europe, une fonction qui sera vacante le 1er octobre prochain. Ce qui pourrait rendre le dossier des chasseurs de mines un peu plus irrespirable...

Interrogé par La Tribune, le ministère des Affaires étrangères dément ces informations (soutien de Naval Group associé à une contrepartie). En revanche, le Quai d'Orsay précise que le dossier des chasseurs de mines a bien été évoqué entre les deux responsables politiques à Munich en marge de la Conférence sur la sécurité mi-février. Mais le Quai d'Orsay affirme que Jean-Yves Le Drian a soutenu un choix français, et non celui de Naval Group. Enfin, selon le ministère des Affaires étrangères, la candidature de Didier Reynders au poste de secrétaire général du Conseil de l'Europe a également été évoquée mais Jean-Yves Le Drian est resté prudent, lui indiquant que le choix de la France n'était pas arrêté.

Un appel d'offres belgo-néerlandais

Face à une telle situation, les Pays-Bas, qui sont restés jusqu'ici passifs, pourraient être amenés à réagir violemment. Sortiront-ils du programme ? C'est une question qui se pose en Belgique au vu de la tournure des événements. A moins que le chantier naval néerlandais Damen profite de l'imbroglio franco-français pour rafler la mise mais il serait classé loin derrière les deux consortiums français. Le 8 juin 2018, la Belgique et les Pays-Bas avait officialisé l'achat de seize navires militaires (deux frégates et six navires de lutte contre les mines pour chaque pays) pour un montant total de plus de quatre milliards d'euros. La Belgique avait décidé d'investir 2,2 milliards d'euros dans l'acquisition de ces huit navires. Chaque pays assure la direction d'un programme. Les Pays-Bas s'occupent de celui des nouvelles frégates tandis que la Belgique a pris en charge la construction des douze nouveaux navires de lutte contre les mines pour les deux pays.

Les ministres de la Défense belge et néerlandais, Steven Vandeput et Ank Bijleveld, signaient, en marge d'une réunion des 29 ministres de la Défense à l'OTAN, les mémorandums d'entente donnant ainsi "le coup d'envoi de la procédure d'achat de ces navires", selon Steven Vandeput. Les six nouveaux navires de lutte contre les mines remplaceront les cinq bâtiments belges actuellement en service, ainsi que le navire de commandement et de soutien logistique Godetia. Les premiers navires sont attendus en 2023. La mise en service de la première frégate est quant à elle prévue pour 2027.

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Peu de temps auparavant, le gouvernement belge décidait le 25 mai 2018 de remplacer les frégates. En début d'année, le Conseil des ministres avait approuvé le 26 janvier dernier le programme MCM, pour le renouvellement de la capacité de lutte contre les mines de la Composante marine belge. Une capacité importante pour la Belgique. Au sein de l'OTAN, la Belgique se focalise, dans son développement capacitaire, sur trois capacités dont la lutte maritime contre les mines.

Michel Cabirol

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