Crise du Covid-19 : vers un impact sur les exportations d'armements françaises en 2020

En dépit de la signature de quelques contrats importants, la France devrait enregistrer une baisse de ses exportations d'armements en 2020. S'il était signé avant la fin de l'année, le contrat Rafale en Grèce pourrait toutefois limiter l'impact.
Michel Cabirol
(Crédits : © Pascal Rossignol / Reuters)

Le ministère des Armées reste encore très prudent sur le millésime 2020 en matière d'exportations d'armes françaises. Dans une réponse du ministère à une question du député François Cornut-Gentille, qui a publié jeudi son rapport sur le projet de budget des Armées en 2021, l'Hôtel de Brienne estime que "les répercussions de la crise COVID-19 sur l'entrée en vigueur en 2020 de certains contrats ou la réalisation de certains prospects sont à craindre" après une année 2019 (8,3 milliards d'euros) dans la continuité de 2018 (9,1 milliards). Et de préciser que "le nouvel environnement économique et financier lié à la crise sanitaire est susceptible de compromettre la réalisation de certains prospects".

Selon le ministère, "la conjonction des crises sanitaire, économique et pétrolière aura notamment un impact sur les budgets de défense et les investissements de certains pays, entrainant le report voire l'annulation de certaines décisions d'acquisition et la réorientation de ces budgets vers d'autres pans des économies nationales. Les conditions de maintien, par les clients, de leurs programmes dépendront de l'évolution de la situation sanitaire au second semestre 2020 ainsi que de l'évaluation des conséquences économiques et budgétaires de la crise, rendant toute anticipation particulièrement délicate".

Outre la contraction du marché liée aux difficultés économiques, "il faudra vraisemblablement faire face à une concurrence encore plus exacerbée dans le contexte des efforts de relance post-COVID 19, souligne le ministère. Ce sera notamment le cas des nouveaux entrants car ces BITD, encore jeunes, auront besoin de conclure rapidement des contrats pour assurer leur pérennité". Enfin, il faudra aussi s'attendre à une volonté des États de privilégier leur propre industrie, dans un souci à la fois de relance et de sécurité d'approvisionnement.

La Grèce va-t-elle sauver le millésime 2020

L'année sera donc compliquée sur le front de l'exportation. Même si les industriels français ont réussi à obtenir quelques contrats importants de plus de 100 millions d'euros : commande de 36 canons autotractés Caesar et leurs munitions (Nexter) par le Maroc, un contrat évalué à 200 millions ; commande de missiles Exocet MM40 et VL Mica (MBDA) par l'Arabie Saoudite ; et, enfin, commande par l'Irak de quatre radars GM400 et d'un centre de contrôle (Thales).

La Grèce pourrait être à la fois le pays qui permettrait à la France de réaliser une année convenable et d'être l'une des meilleurs clients de l'industrie d'armement tricolore en 2020. Surtout si Athènes et Paris finalisent comme prévu d'ici à la fin de l'année le contrat de vente de 18 Rafale, dont 12 d'occasion à l'armée de l'air grecque (environ 2 milliards). La Grèce a également mis en vigueur plusieurs autres contrats avec les industriels français : un système de défense anti-aérienne, selon le ministère des Armées, et des contrats cadre pour la maintenance et la mise à niveau de l'électronique de 24 Mirage 2000-5 (Dassault Aviation, Thales et Safran) pour plus de 260 millions d'euros.

Enfin, le Qatar reste très intéressé par deux satellites d'observation de fabrication française et discute depuis de très longs mois avec la France et Airbus Space sur leur fourniture. Une vente "reportée depuis quelques mois pour des raisons économiques", mais qui "pourrait déboucher d'ici à fin 2020 ou 2021", estime le ministère des Armées. En revanche, le prospect VBCI, qui avait pourtant l'objet de déclarations à très haut niveau, semble très, très compromis pour Nexter.

L'année du Rafale en 2021 ?

En 2021, la France aura des échéances extrêmement importantes. Elle est notamment engagée dans des compétitions majeures dont l'issue devrait être connue. Dassault Aviation propose le Rafale en Finlande et en Suisse et Thales est en compétition pour le renouvellement de la défense sol-air dans ce dernier pays, dont le choix aura lieu simultanément avec celui de l'avion de combat. Naval Group attend de son côté début 2021 la seconde phase du "strategic design contract" entrant dans le cadre de la conception des sous-marins au profit de l'Australie.

Michel Cabirol

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Commentaires 2
à écrit le 24/10/2020 à 18:55
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Que les marchands d'armes fassent faillite, c'est une très bonne nouvelle.

à écrit le 22/10/2020 à 16:22
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C'est logique et on peut supposer que tant que cette crise tétanisera les gens, avec des médias de masse hystériques, la vente d'armes devrait régulièrement baisser puisque des troupes de quelques centaines d'hommes à poils hurlant qu'ils ont tous at...

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