Projet de la RATP et d'Airbus : les Parisiens accepteront-ils des taxis volants au-dessus de leur tête ?

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(Crédits : Charles Platiau)
Le projet de la RATP de faire voler des taxis volants d'Airbus dans le ciel parisien pose la question de l'acceptation sociale par les populations. Autant que les questions technologiques, ce sujet est un élément clé pour l'avenir de ce concept révolutionnaire.

Les Parisiens et les Franciliens vont-ils l'accepter ? Vont-ils accepter de vivre avec des "taxis volants" sans pilote au-dessus de leur tête, comme l'envisagent la RATP et Airbus ? Même si ces navettes volantes seront électriques et donc peu bruyantes et pas du tout polluantes, les riverains vont-ils accepter l'installation de ces "vertiports", d'où décolleront et atterriront ces véhicules à décollage vertical ? Quant aux passagers, même s'ils ont facilement intégré l'automatisation de la ligne 14 du métro depuis 20 ans, seront-ils prêts à embarquer à bord de ces engins volants autonomes, alors même que l'autonomie des automobiles ou le passage à un seul pilote dans le cockpit des avions commerciaux font déjà débat ?

Deux à trois euros le kilomètre

Telles sont les interrogations qui entourent le projet annoncé cette semaine par la RATP et Airbus. Les deux entreprises vont étudier la faisabilité de créer un réseau de mobilité aérienne composé « d'une dizaine, vingtaine ou trentaine de points d'intérêts spécifiques » en Île-de-France séparés les uns des autres d'une trentaine de kilomètres, explique le directeur de l'innovation de la RATP, Mathieu Dunant. À savoir, « les grands aéroports parisiens, des centres de transports multimodaux comme les gares de Chessy-Marne La Vallée ou de Massy, des centres d'affaires comme La Défense et des centres touristiques comme le Château de Versailles ». La vitesse de ces engins devrait avoisiner les 150 kilomètres/heure. À côté de ces lignes régulières, la RATP envisage également un service à la demande, à la manière des VTC. Le tout à un prix attractif de « 2 à 3 euros le kilomètre ».

Si l'étude de faisabilité est concluante, les deux partenaires devront travailler avec la direction générale de l'aviation civile (DGAC), pour aborder non seulement les questions de sécurité, mais aussi l'intégration de ces engins dans l'espace aérien - ce qui ne va pas être simple -, sachant qu'aujourd'hui il est interdit de survoler Paris au dessous de 2.000 mètres. Objectif : mettre en service ces taxis volants d'ici à cinq ans.

Le patron de la DGAC sceptique

Dans ce projet révolutionnaire, la question de l'acceptation sociale est fondamentale. Certains, parmi la communauté aéronautique, et non des moindres, n'ont récemment pas caché leurs doutes à ce sujet. C'est le cas de Patrick Gandil, le directeur de la direction générale de l'aviation civile (DGAC), qui s'est exprimé sur le sujet lors d'un colloque organisé le 7 février par l'ENAC-Alumni. S'il affichait sa confiance dans la capacité technique à faire voler de tels engins en toute sécurité à l'avenir et à grande échelle en raison des systèmes automatisés, il était en revanche plus circonspect sur la question de l'acceptation.

« Est-ce que les Parisiens accepteront d'avoir des tas d'objets volants au-dessus de leur tête, je n'en suis pas sûr du tout. Ce que je constate, c'est qu'aujourd'hui, pour l'hélicoptère, c'est non. Et je ne suis pas totalement persuadé que c'est uniquement parce que l'hélicoptère est bruyant. Je crains que ce soit plus compliqué que cela », déclarait-il.

Des couloirs aériens

Même si ces taxis volants offriront forcément un très haut niveau de sécurité dans la mesure où il est inconcevable qu'ils puissent être autorisés à voler sans présenter un niveau de sécurité au moins équivalent à celui de l'aviation commerciale (0,19 accident ayant entraîné la perte de l'avion pour un million de vols en 2018), le risque zéro n'existe évidemment pas. Ce à quoi les partisans de ces engins objecteront que le danger d'un accident en milieu urbain existe déjà évidemment avec la présence de la plupart des aéroports au cœur des villes ou dans leur proche banlieue.

À la RATP, on a pleinement conscience du défi.

« L'acceptabilité est en effet la question fondamentale », explique Mathieu Dunant. « Airbus est un leader de l'aéronautique. Nous n'avons pas le moindre doute sur le fait que ces appareils voleront en toute sécurité. Par ailleurs, nous n'imaginons pas des norias d'avions qui survolent des populations denses et en particulier le centre de Paris. L'idée est plutôt de travailler sur les bonnes routes et des couloirs aériens au-dessus de grands axes pénétrants que sont les autoroutes ou les périphériques ».

L'altitude à laquelle voleront ces aéronefs ne sera pas neutre non plus dans les positions que prendront les Parisiens. Plus elle sera basse et les taxis volants proches des citadins, plus les craintes seront probablement grandes.

Les "vertiports" seront-ils acceptés ?

La mise en place des "vertiports" dans la ville pose également question. Surtout, s'ils sont de taille imposante pour accueillir un nombre de taxis volants important. Ce qui pourrait être le cas si la RATP veut proposer une offre attractive en termes de fréquence, nécessaire pour susciter une demande.

Pour faire accepter l'intégration de ces "vertiports" dans un milieu urbain dense en respectant les normes de bruit et les paramètres de sécurité des systèmes de recharge électriques, la RATP entend notamment mettre en avant l'expérience acquise sur l'adaptation de ses centres-bus électriques - ses centres de maintenance, lors de l'arrivée dans sa flotte de bus électriques. Cela sera t-il suffisant ? À voir. À coup sûr, les opposants à un tel développement feront valoir que la RATP ferait mieux d'investir dans les métros, RER ou bus avant d'injecter des sommes colossales dans des taxis volants, lesquels risquent d'être assimilés, à l'instar du CDG Express (ce projet de liaison ferrovaire entre Roissy-Charles-de-Gaulle et Paris), assimilés à un transport de riches.

Pour certains, le symbole d'un monde qui effraie

Enfin, il reste d'autres interrogations qui n'ont rien à voir avec les questions de mobilité, de sécurité, de bruit ou de pollution : la nuisance visuelle d'une part, à la manière des éoliennes. Et peut-être aussi l'hostilité à l'égard d'engins qui, aux yeux de certains, symboliseront à coup sûr un monde qui les effraie : un monde chamboulé par la révolution technologique de l'intelligence artificielle, qui n'en est qu'à ses débuts. Car si la DS volante de "Fantomas" dans les années 60 prêtait à sourire, l'arrivée des "taxis volants" d'Airbus et de la RATP peut également traduire aux yeux de certains l'entrée dans un monde similaire à celui du film "Le Cinquième Élément" de Luc Besson en 1997 : celui d'une science-fiction qui moins d'un quart de siècle plus tard n'aura de fiction plus que le nom. Car après les taxis volants, se posera forcément un jour la question du véhicule volant personnel.

Contactée pour s'exprimer sur ce projet de taxis volants, Île-de-France Mobilités n'a pas souhaité faire de commentaires.

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Regarder ici le débat sur le défi des voitures volantes (Paris Air Forum 2017) avec Bruno Sainjon,  PDG de l'Onera, Patrick Cipriani, directeur de la direction de la Sécurité de l'Aviation civile (DSAC) et Jean-Brice Dumont, aujourd'hui Executive Vice President Engineering d'Airbus.

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Commentaires
a écrit le 22/05/2019 à 10:12 :
Il y a deux erreurs d'analyse récurrente sur ce sujet, que reproduit allégrement le journaliste ici:1) les statistiques d'accident historiques dans l'aviation n'impliquent que très rarement des populations au sol, et il est probable que si c'était le cas les niveaux de fiabilité devraient encore être durcis: c'est donc un défi considérable pour les taxis volants, 2) si des avions survolent les villes, c'est à des hauteurs bien plus élevées que les drones, et avec une possibilité de planer pour ne pas s'écraser en ville. Pour les drones, toute défaillance signifiera un crash immédiat, avec des victimes à bord et au sol aussi potentiellement. Le directeur de l'aviation civile à raison: c'est totalement inacceptable socialement. Enfin, le bruit aérodynamique reste aussi à voir...
a écrit le 22/05/2019 à 1:05 :
pour Paris, je trouve surprenant qu'une étude ne soit pas lancée pour relier CDG à Orly en télécabine survolant le périph ...
a écrit le 21/05/2019 à 22:17 :
Le monopole de la RATP s'étend, s'étend, s'étend . . . rien ni personne ne peut l’arrêter
a écrit le 21/05/2019 à 12:00 :
Une fausse solution pour un vrai problème: celui de transports en commun insuffisants en IdF, 3 millions de voitures passent chaque jour le périf, le métro conçu il y a plus de 100 ans pour une ville de 2 millions d' d'habitants n'a pas évolué, il s'arrête toujours aux portes de Paris..! il devrait être prolongé jusque la grande couronne; nous avons fait 5 lignes de RER en 100 ans ...! la priorité doit être donnée à des transports en commun de masse, accessibles, silencieux, confortables, complétés par des tramway en surface connectés entre eux et non pas indépendants comme celui des maréchaux et de Paris sud pour éviter les ruptures de charge ect, ect.. aucune vision globale
a écrit le 21/05/2019 à 9:20 :
Ça va être balaie de se balader à paris : faire attention aux trottinettes, aux voitures, aux 2 roues, et maintenant aux engins volants. je vais me faire greffer 2 yeux de plus, et je m'achète de se pas une armure. Sur ma terrasse un bon vieux S300 fera l'affaire.
a écrit le 21/05/2019 à 9:11 :
Pour faire voler un engin il n'y a à ce jour que deux solutions,lui mettre des ailes ou un réacteur; Faire voler un engin au-dessus de Paris nécessite au préalable de maîtriser les bruits d'hélice ou les bruits de réacteur. Si la RATP a une solution qu'elle commence par en faire profiter les autres en particulier tous les voisins des aéroports.
a écrit le 20/05/2019 à 23:26 :
Arrêtez svp de coucher dans vos articles des affirmations grossièrement mensongères telles que „pas du tout polluante“.
Merci d‘avance
Réponse de le 21/05/2019 à 0:05 :
Un encart publicitaire a toujours tendance à transformer la réalité pour vendre son produit.
a écrit le 20/05/2019 à 16:15 :
Question de bruit et d'accidents sans doute. Tant qu'un dispositif de sustentation perpétuel n'existera pas, tel que l'hypothétique anti-gravité, tout ce qui peut tomber, tombera.
a écrit le 20/05/2019 à 13:39 :
La RATP monopole absolu des transports parisiens veut encore l'augmenter pour écraser de facto toutes velléités de concurrence possible !
a écrit le 20/05/2019 à 13:33 :
Et si on misait plutôt sur les vélos électriques et les véhicules électrique partagés via des plateformes collaboratives, le tout couplé à une interdiction progressive des véhicules personnels dans les villes? Cela me paraît beaucoup plus réaliste, à porté de main immédiate technologiquement parlant et plus viable économiquement. A méditer ;-)
a écrit le 20/05/2019 à 10:19 :
que je sache, la RAT¨P a pour vocation le transport de masse.... pas celle de mettre bcp d argent pour transporter quelques bobos qui ne voudront pas se mêler à la populace....

alors que la RATP concentre ses moyens dans les transports collectif terrestre......

ces engins volants sont des fantasmes d ingénieurs.....et j n ose imaginer le "merdier" du contrôle aérien au dessus de l ile de france, le tout sans pilote bien sûr..... pour transporter trois clampins en prime....
a écrit le 20/05/2019 à 10:08 :
Au delà de l'ACCEPTABILITE , question centrale , cela fait il travailler les français ?
Les bâtiments "vertiports" seront construits par des grands du BTP qui font essentiellement travailler de la main d'œuvre non française à l'aide d'outils majoritairement étrangers . le bureau d'études et les services seront peut être chez nous
Les drones d'AIRBUS sont développés par AIRBUS DEUTSCHLAND
pourquoi ne pas faire des expérimentations à l'étranger et développer notre propre compétence?
a écrit le 20/05/2019 à 9:41 :
Encore un projet fumant qui ne vise qu' engranger des subventions de la part de la Mairie de Paris et des ministres dépensiers. On a presque oublié les millions donnés par Bercy et la Mairie de Paris pour les navettes see bubble sans que le moindre expert ne vérifie la faisabilité d'un navire transportant 5 personnes à un mètre au dessus de l'eau uniquement grâce à l'énergie électrique. Depuis les avions renifleurs de Giscard, on n'avait pas fait mieux. Hélas pas une investigation sur cette arnaque !
a écrit le 20/05/2019 à 8:05 :
Au moment où l'on se demande comment diminuer les émissions de gaz à effet de serre pour ne pas dépasser +2 deg de réchauffement climatique certains s'ingénient à trouver des moyens pour chauffer plus vite et plus fort notre planète.
Il n'y a pas plus énergivore que de faire voler un véhicule plus lourd que l'air. C'est vrai d'un avion qui brûle du kérosène mais qui s'appuie sur l'air grâce à ses ailes, c'est pire pour un hélicoptère dont la voilure tournante est bien moins efficace et cela devient catastrophique en terme de rendement pour une voilure tournante mue par des moteurs électriques qui doivent emmener une masse de batteries dont le pouvoir énergétique est 13 fois moins bon qu'un litre de kérosène.
Et ne pensez pas que l'électricité est propre, elle représente à elle seule 1/4 de la production des GES et ce n'est pas près de changer compte tenu de la faible proportion des énergies renouvelables et de l'arrêt du nucléaire qui pourtant est la meilleure façon de produire de l'électricité décarbonée.
Un mouvement naît en Suède pour culpabiliser les voyageurs qui prennent l'avion, il est plus urgent d'améliorer ce qui vole déjà plutôt que d'ajouter dans le ciel de nos villes des véhicules encore plus polluants . Il faut tout de suite arrêter ces développements qui sont anachroniques avant même d'exister.
Réponse de le 20/05/2019 à 9:48 :
Tout à fait d'accord.
Un point est négligé dans cet article : le bruit.
En effet avec ce type d'engin la nuisance sonore est loin d'être négligeable.
Le bruit généré par les rotors, même entraînés par des moteurs électriques, est particulièrement désagréable.

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