L'industrie automobile peut-elle produire massivement des respirateurs artificiels ?

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(Crédits : Reuters)
Les hôpitaux du monde entier manquent de respirateurs artificiels pour traiter les cas les plus graves de Covid-19. Face à cela, les constructeurs automobiles ont proposé leur aide pour lancer la production de ces appareils médicaux précieux (et chers). Mais leur expertise parait encore très limitée face à la vague pandémique qu'affrontent actuellement les États.

C'est le grand enseignement de la pandémie de Coronavirus : les hôpitaux manquent cruellement de matériels. Masques, solution hydroalcooliques tout manque... Les industriels se sont lancés dans une production à toute vitesse, au prix parfois de dérogations locales sur les normes exigées par l'Union européenne.

Tripler le parc de respirateurs en France

Sur les respirateurs artificiels, il est aisé de comprendre que la tâche s'annonce nettement plus complexe... Pourtant, les hôpitaux manquent cruellement de cet appareil qui permet de traiter les cas les plus graves de coronavirus. Impossible d'avoir toutefois des chiffres récents et fiables sur le parc français de respirateurs; un recensement est d'ailleurs en cours. Le dernier faisait état de 7.007 respirateurs en 2009, c'était déjà 2.000 de moins qu'en 2006, relève Le Parisien. Le gouvernement a fait savoir qu'il souhaitait tripler ce parc dans les plus brefs délais.

Pour les gouvernements, l'urgence est donc de se procurer des respirateurs de toute urgence. Et ce sont vers les constructeurs automobiles qu'ils se sont naturellement tournés. C'est en Italie que ce réflexe s'est mis en place pour la première fois. Là-bas, Ferrari s'est ainsi allié avec l'équipementier Magneti-Marelli pour lancer la fabrication d'une pièce spécifique manquante à la production de respirateurs, et ce, dès la mi-mars. L'Italie, il est vrai, a été le premier pays occidental à être massivement frappé par la pandémie. Aux Etats-Unis, Donald Trump a mis en demeure General Motors de se mettre à fabriquer des respirateurs sans attendre. Le président américain a même menacé d'avoir recours au Defense Production Act, un dispositif légal mis en place dans les années 50 lors de la guerre de Corée, pour mobiliser les forces de production du secteur privé à des fins de sécurité nationale.

La fabrication 3D, la meilleure option

En France, PSA a annoncé la semaine dernière qu'il travaillait à un moyen de mettre à contribution son ingénierie et ses usines (toutes à l'arrêt) pour fabriquer des respirateurs. De son côté, Renault a rejoint le projet Makers for Life installé à Nantes pour lancer la production de respirateurs artificiels avec l'objectif d'en fabriquer 500 et surtout de démarrer la production avant la fin de cette semaine. L'industriel a mis à la disposition de l'association sa force d'ingénierie, ses compétences en termes de centrale d'achat et de chaîne d'approvisionnement, ainsi que des locaux pour la mise en production. Enfin, Renault offre à Makers for Life son expertise en matière de conception 3D.

Pour les industriels, la clé pour accélérer les process de production est de passer par la fabrication 3D. Cela permet d'éviter de passer par la refonte de toute la chaîne de production (fabrication du moule, réglages des robots...) qui prendrait un temps considérable face à l'urgence sanitaire. Or, les constructeurs automobiles sont parmi les mieux équipés en imprimante 3D; ces appareils extrêmement onéreux et sophistiqués.

Chez PSA, on travaille également sur cette technologie mais déjà on relève un premier écueil: "il manque une compétence dans la partie électronique et nous sommes contraints d'aller vers la chaîne d'approvisionnement classique qui est déjà en rupture".

Il faudra également faire homologuer ces appareils par les autorités sanitaires. Chez Renault, on indique par exemple que les premiers exemplaires pourraient être une version prototype qu'il faudra soumettre à des tests cliniques afin de s'assurer qu'ils répondent bien à d'impératifs standards médicaux. Néanmoins, après certification, les équipes pourraient dès lors lancer une version définitive du respirateur. De son côté, l'étude PSA devrait dans les jours prochains indiquer si sa contribution industrielle et technologique est pertinente pour lancer la fabrication de respirateurs artificiels.

Le recours à l'industrie automobile est donc à relativiser. Son complexe industriel, son expertise en ingénierie, sa main d'oeuvre et son parc d'imprimante 3D reste tributaire d'une temporalité incompressible, alors même que le pic pandémique arrive dans les tous prochains jours en France. Personne n'est toutefois capable d'anticiper la dissipation définitive de l'épidémie... D'autant que les respirateurs restent extrêmement chers: entre 12.000 à 40.000 euros pour les appareils dédiés aux salles de réanimation. Une production en 3D pourrait alors faire baisser le coût unitaire. La recherche continue.

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Commentaires
a écrit le 31/03/2020 à 20:57 :
Jamais on n'a réussi à dupliquer aussi facilement des pièces mécaniques, mais pour l'électronique ce n'est pas la même chose, aucun constructeur n'utilise de matériel standard, on pourrait imaginer des micro pc (un orange pi comme le mien ça vaut 18€) qui sont vendus pour pas cher avec leurs extensions, relais transistors de puissance, affichage etc, et une puissance de sortie à facile à raccorder pour un simple électricien industriel. moins de 100`€on peut. pour le cerveau de la machine.
Ben non on préfère toujours une solution intégrée ou tout est sur une simple carte ou la copie est quasiment impossible, donc un dépannage hors de prix.
Espérons qu'ils disposent tout de même d'un personnel polyvalent autant capable de monter un modèle que de programmer le processeur et les éléments de puissance variateurs, capteurs de pression etc
J'avoue que le risque est énorme d'avoir à chercher des accessoires tout bêtes.
a écrit le 31/03/2020 à 17:02 :
Un respirateur, ce n'est pas que hardware, c'est beaucoup de software.
Je ne vois pas comment un non spécialiste pourrait développer le software d'un respirateur en aussi peu de temps.
Il y a des fabricants en France, à savoir Air Liquide Medical System pour l'hospitalier et sa filiale EOVE pour le Home Care. Ce qu'il faut c'est aider ces entreprises pour qu'elles ne se heurtent pas à des problèmes d'approvisionnements et éventuellement pour l'assemblage des appareils et leur acheminement vers les hôpitaux.
a écrit le 31/03/2020 à 16:36 :
Avec la fin de la guerre l'industrie de guerre des USA, s'est transformée en une industrie ménagère. Par exemple, ceux qui usinaient la tole, ont fait des réfrigérateurs et des machines à laver.
En 1.940 Churchill a dit " Tout ceux qui travaillent les métaux peuvent faire des bateaux".
Faire un ventilateur facile, sauf si le moteur vient de Chine, Ça c'est un Hic...

Généralement en temps de guerre, on fait ce qu'il faut sans se soucier de la facture.
La France est-elle en guerre ou pas ? Ça nous ferait plaisir de la savoir....
a écrit le 31/03/2020 à 15:59 :
Je pense que dans nos usines avec un bon cahier des charges nos ingénieurs (il y en a!) doivent être capable de faire cohabiter quelques régulateur de débit et pression et limiteurs le tout << espionné par quelques capteurs >>. Pour la gestion n'importe quel automate industriel pourrait faire l'affaire (voir quelques entrées sorties gérés par un Pic)....
Les Chinois les produisent dans leurs caves....Et nous ne serions pas capable de les construire dans nos usines! Si c'était le cas il y a souci à se faire....
a écrit le 31/03/2020 à 13:03 :
C'est faux ils veulent rouvrir les chaînes pour des voitures. Ce sont les syndicats qui veulent rouvrir pour des respirateur.
source PSA POISSY
a écrit le 31/03/2020 à 10:21 :
Finalement Trump a eu une très bonne idée de demander à GM de faire des éléments de respirateur; tous le monde le copie et par derrière le critique
Coup de gueule; on veut des masques pour sortir et du gel hydrodésinfectant pour les mains
Une honte de ne pas avoir ces éléments de base
Réponse de le 31/03/2020 à 15:52 :
Avant d'écrire des idioties, il faut lire l'article !! Trump a demandé en dernier pour le coup.... L'Italie étant déjà passée par là.
a écrit le 31/03/2020 à 10:12 :
10 000 ou 20000 pièces, dans le secteur industriel c'est de la petite série.

Et on ne va pas demander à PSA ou Renault de réinventer le respirateur de réanimation en une semaine.
S'il construit c'est sous licence... mais le temps de former le personnel et de monter les chaines, les gens seront morts.

Si l'on veut plus de respirateurs il faut aider les fabricants actuels à produire, éviter que le financement soit un problème, résoudre les problèmes logistiques, escorter les pièces détachées, faire produire en 3D ce qui peut l'être chez des prestataires en panne depuis le confinement....

Maintenant fabriquer 10 000 respirateurs c'est bien, mais il faudra aussi au minimum 30 000 médecins et infirmières pour les faire tourner.
Réponse de le 31/03/2020 à 14:43 :
Mais comment pouvez vous demander à des gens qui n'ont jamais vraiment travaillé, de savoir comment fonctionne une usine? Ils pensent qu'en levant le petit doigt, tout arrive . Ils applaudissent à l'intelligence artificielle, mais pour visser un boulon, ils ne savent pas quel instrument est nécessaire. On ne peut pas du jour au lendemain produire autant de masques que l'épidémie nécessite. Ce n'était qu'une industrie "ridicule" en absence d'épidémie. Où trouver les pièces détachées nécessaires à la fabrication des ces matériels? Qui disposent des plans permettant d'analyser à qui et où commander ce matériel? Les ventilateurs actuels ne sont pas obligatoirement dans le domaine public: n'importe qui ne pas construire n'importe quoi sans l'aval du détenteur de la propriété industrielle du produit. Encore une preuve de l'amateurisme de ce gouvernement.
a écrit le 31/03/2020 à 5:21 :
J'aime la fin de l'article.

" Une production en 3D pourrait alors faire baisser le coût unitaire. La recherche continue. "

Et, entre temps des gens continuent de mourir. J'ai envie de dire.
a écrit le 30/03/2020 à 23:44 :
La priorité est la reprise du travail normal sans propagation du virus. Dès lors, la principale arme dans cette bataille nationale du covid-19 est le test de contamination par le cov-2. Si je suis négatif, le ne suis pas contagieux, je n'ai pas besoin de quarantaine ni de confinement, je peux librement vaquer à mes occupations. Rappelons le proverbe : "l'oisiveté est la mère de tous les vices".
L'Asie prend une grande avance sur l'Europe du sud qui piétine.
a écrit le 30/03/2020 à 20:41 :
La France ne vit que d ' atermoiements, pendant que les autres font, tous les journalistes et politiques se posent les mêmes mauvaises questions en France et relaient les mêmes mauvais politiques qui ne font rien et nous ont mis dans le trou. L' état est aux abonnés absent face aux propositions des industriels, voir l' absence de réponse rapporté par le Floch Prigent. Vous ne voulez pas nommer l' incurie, changez ...

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