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Entreprises & FinanceDistribution

Casino mis au défi de réduire son endettement

Photo de Marina Torre

Marina Torre

Publié le 19 janvier 2016 à 11:27 - Mis à jour le 19 janvier 2016 à 14:25

Le Quotidien Numérique

18 juillet 2026

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Menacée d'être réduite à l'état d'actif spéculatif par S&P après avoir été sommée de s'expliquer par un fonds d'investissement américain, l'entreprise française de distribution se retrouve sur la sellette. Nœud du problème: son niveau d'endettement. Explications

Casino va devoir en faire encore plus pour éponger ses dettes. Standard & Poor's a relevé d'un cran la pression en plaçant sa note de crédit sous "surveillance" le 15 janvier et en menaçant de la dégrader de BBB- à BB+, ce qui en la plaçant parmi les "junk bonds", risquerait d'induire le retrait de grands investisseurs institutionnels.

Un coup supplémentaire après que, quelques jours plus tôt, Muddy Waters, le fonds de l'investisseur "activiste" américain Carson Block a réitéré des critiques déjà formulées dans une note au vitriol qui avait fait brutalement chuter l'action Casino fin décembre. Le 13 janvier, à la veille de la publication des résultats trimestriels du groupe, il a de nouveau jugé l'entreprise "très endettée" et "faiblement performante".

À 18h29, le cours de l'action cotée sur le marché Euronext Paris chutait de 8,44%, à 36,655 euros.

L'épine brésilienne

Concernant les performances, la publication des résultats du groupe au quatrième trimestre 2015 allait plutôt dans son sens, puisque le chiffre d'affaires n'a pas progressé, plombé par la récession au Brésil, l'un de ses premiers marchés à l'étranger grâce à sa filiale GPA.

| Lire: Casino, plombé par le Brésil, et à nouveau ciblé par Muddy Waters

"Casino a été durement frappée par la récession brésilienne, et ceci de deux manières: d'une part, en raison de la dépréciation du réal; d'autre part, à cause des baisses de dépenses par les consommateurs alors que le chômage augmente très vite et que la confiance des consommateurs touche le fonds. Les hypermarchés avec leurs très grands rayons non alimentaires sont généralement vulnérables à cette situation et Casino l'est en particulier étant donné que ses magasins d'électronique ont été frappé de façon particulièrement désastreuse", explique Boris Planer, chef économiste au sein du cabinet spécialisé Planet Retail.

Une baisse d'activité dans le non alimentaire confirmée par Antoine Giscard d'Estaing, le directeur financier du groupe dans ses réponses aux multiples questions posées par les investisseurs à la suite de l'annonce de S&P. "Concernant les activités non alimentaires, nos ventes ont décliné dans un contexte de limitation des dépenses discrétionnaires par les ménages brésiliens", a-t-il reconnu, tout en mettant en avant la résistance d'une autre enseigne affiliée, Via Varejo.

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Pendant ce temps, Carrefour, bien moins exposée sur le segment non alimentaire, a réalisé une croissance de 8,5% des ventes en données comparables au Brésil au dernier trimestre 2014. Tandis qu'à l'inverse, l'américain Wal-Mart compte y fermer 10% de ses magasins. Sur ce terrain-là, le géant de la distribution, qui avait tenté de conquérir ce marché promis il y a encore quelques mois à une forte expansion, n'est pas parvenu à détrôner les filiales des deux Français.

Un développement par l'endettement

Pour Casino aussi, le Brésil était plein de promesse. Et pour financer son expansion en Amérique latine, mais plus généralement ses développements, le groupe stéphanois a préféré l'endettement à d'autres formes de financement. "Le groupe s'est développé par endettement", rappelait ainsi Antoine Giscard d'Estaing, le directeur financier de Casino dans une interview datant de 2013.

L'année suivante, l'entreprise a creusé sa dette nette afin de financer des investissements. Elle a par exemple investi pour 411 millions d'euros dans une montée au capital du GPA, via l'acquisition des enseignes Le Mutant et de Super Inter dans le cadre de l'introduction en Bourse de Cnova, sa filiale e-commerce cotée indépendamment.

Par rapport à ses rivaux, sa note de crédit était déjà inférieure.  Ainsi, en octobre 2014, parmi tous les distributeurs européens évalués par Standard & Poor's , Casino se laissait déjà distancer par ses rivaux, notamment français. Auchan obtenait la meilleure note ("A-"), tandis que Carrefour était déjà BBB+.

| Lire: Guerre des prix : les distributeurs français, plus combatifs que leurs rivaux européens

Objectif assainissement

Fin 2014, elle évalue le rapport entre sa dette nette et son bénéfice opérationnel à 1,8. La direction financière de Casino table sur une réduction à 1,5 d'ici la fin de l'année. Pour y parvenir, plusieurs opérations de désendettement ont déjà été entreprises.

Première tentative en juillet 2015, quand le groupe stéphanois décide de son intention de céder "50 % du capital de sa holding en France qui détient les actions avec droit de vote de sa filiale brésilienne GPA dont elle, soit environ 18,8 % du capital" à Éxito, premier distributeur de Colombie. Montant total de l'opération: 1,7 milliard d'euros.

| Lire: Casino révolutionne son organisation en Amérique du Sud

Une décision accueillie plutôt positivement. Dans la foulée de cette annonce, Standard & Poor's confirme ainsi la note de Casino. Sa propre évaluation du rapport entre dette et bénéfice avant intérêts, impôts, dépréciation et amortissement (ebitda) est alors de 3,4 et de 3 dans sa prévision pour 2016.

2 milliards d'euros supplémentaires

Ensuite, en décembre, Casino annonce un deuxième plan de désendettement de l'ordre de 2 milliards d'euros: via un désengagement au Vietnam. Il propose alors l'entrée d'actionnaires minoritaires dans Big C en Thaïlande.Il s'agit également de valoriser ses actifs immobiliers en Colombie où sa filiale Exito compte plus de 300.000 m2 de surfaces commerciales (hors murs d'hypermarchés).

"Nous pensons que la chronologie des plans de réduction de dette, et la nature de certaines des mesures, allègeront peu les craintes des plus dubitatifs", écrivent alors les analystes de Jefferies dans une note.

De fait, quelques jours plus tard, Muddy Waters publie sa propre recommandation, qui évalue l'action Casino à 7 euros, soit bien moins que le cours d'alors.

| Lire: Casino: retour sur un an et demi de turbulences boursières

A la suite de la joute entre l'entreprise française et le fonds américain - qui passera par l'ouverture d'un dossier par l'Autorité des marché financiers, Casino annonce une troisième décision. Finalement, au lieu d'accueillir des investisseurs dans Big C, sa filiale thaïlandaise dont il détient 58,6%, il cédera totalement ses parts dans cette chaîne valorisée 5,1 milliards d'euros au total. Une activité jugée rentable par plusieurs observateurs du marché dont certains la qualifient même de "joyaux de la couronne".

Une cession suffisante?

Dans un communiqué du 18 janvier, le groupe Casino indique "comprendre que tous ces éléments seront passés en revue et pris en compte par S&P dans son évaluation", qui doit se terminer sous 90 jours.

À lire également

  • Standard & Poor's menace de dégrader la dette de Casino
  • Casino retrouve des couleurs en Bourse avec la perspective de son retrait d'Asie
  • Casino, plombé par le Brésil, et à nouveau ciblé par Muddy Waters
  • Casino défend sa stratégie face aux attaques d'un fonds américain

Mais vendre cette activité en Thaïlande suffira-t-elle à contenter l'agence? "Une vente éventuelle de sa participation dans Big C en Thaïlande pourrait être sensiblement diluée par un ralentissement sévère et prolongé au Brésil", écrivent les analystes de l'agence dans leur propre note. Beaucoup de choses se joueront donc outre-Atlantique pour le groupe stéphanois.

Marina Torre

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