Air France-KLM : comment Pieter Elbers, le patron de KLM, a sauvé sa tête

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Pieter Elbers (à gauche) et Ben Smith lors de l'annonce des résultats du groupe Air France-KLM pour l'année 2018, le 20 février 2019, à Paris.
Pieter Elbers (à gauche) et Ben Smith lors de l'annonce des résultats du groupe Air France-KLM pour l'année 2018, le 20 février 2019, à Paris. (Crédits : Reuters)
Après des mois de tensions au sommet du groupe entre le directeur général d'Air France-KLM, Ben Smith, et Pieter Elbers, le président du directoire de KLM, ce dernier a été reconduit à son poste. "La Tribune" dévoile les coulisses de cette décision.

Pieter Elbers sera donc reconduit au poste de président du directoire de KLM pour une durée de quatre ans. Ainsi en a décidé le conseil d'administration d'Air France-KLM ce mardi 19 février. Le Hollandais de 48 ans, qui dirige avec succès KLM depuis 2014, a même été nommé directeur général adjoint du groupe, comme il le souhaitait et comme le comité de nominations lui avait promis il y a de longs mois.

Après plusieurs semaines de tensions avec le nouveau directeur général canadien d'Air France-KLM sur la question de son renouvellement, Pieter Elbers s'en sort apparemment bien. Pour autant, tout cela est arrivé dans la douleur et ne s'est pas déroulé comme le Hollandais l'espérait initialement. Déjà, il devra accepter de partager la fonction de directeur général adjoint d'Air France-KLM avec Anne Rigail, la directrice générale d'Air France, également nommée directrice générale adjointe d'Air France-KLM.

Ensuite, il a dû accepter la vision stratégique de Ben Smith, prônant une plus grande coopération entre Air France et KLM. Ce qui était loin d'être gagné. Etiqueté "KLM First", Pieter Elbers défendait, selon plusieurs sources, le statu quo, maintenant dans les faits l'autonomie acquise par KLM. L'accord de Pieter Elbers est le résultat d'un rapport de force perdu face à Ben Smith.

Comment Ben Smith a-t-il réussi?

Comme La Tribune l'avait écrit en novembre, Ben Smith et Pieter Elbers ne s'apprécient guère. Les tensions viennent autant d'une confrontation des égos que d'une divergence stratégique de l'évolution du groupe entre intégration poussée et autonomie. Pour autant, sur ce dernier point, les défenseurs de Pieter Elbers expliquaient qu'il ne pouvait y avoir de  telles divergences dans la mesure où la vision de Ben Smith pour le groupe restait inconnue.

C'est ainsi que Ben Smith a pris la plume pour écrire un texte de cinq pages dans lequel il a décrit l'organisation du groupe actuelle, celles des concurrents, avant de proposer des points d'amélioration pour mieux coordonner les compagnies aériennes, avec schéma d'organisation et nouvel organigramme (pas très différent d'ailleurs de celui en vigueur aujourd'hui) à l'appui.

A la fin de la première semaine de février, le texte a été remis à Pieter Elbers et Anne Rigail, aux membres du conseil d'administration d'Air France-KLM, au Comité exécutif d'Air France-KLM, au conseil de surveillance de KLM, et au conseil d'Air France. Pour un grand nombre d'entre eux, le texte est largement acceptable, car il ne touche pas aux structures actuelles du groupe et ne fait pas remonter des fonctions des compagnies vers le groupe. Selon nos informations, c'est notamment l'avis de Cees 't Hart, le futur président du conseil de surveillance de KLM.

Pieter Elbers prend lui aussi la plume

Lors du conseil de surveillance de KLM, vendredi 15 février, alors que la tension est à son comble aux Pays-Bas en raison des incertitudes qui planent sur le patron de KLM, Pieter Elbers finit par approuver la vision de Ben Smith en écrivant lui aussi un texte,  approuvé par les membres du comité de nominations, lesquels avaient également fait, comme Ben Smith d'ailleurs, le déplacement à Amsterdam.

Pour autant, mardi 19 février, à quelques minutes du début du conseil d'administration d'Air France-KLM, il a été demandé à Pieter Elbers de bien préciser certains points pour éviter tout malentendu ultérieur. Histoire que tout le monde soit vraiment sur la même longueur d'onde. A ce moment-là, Pieter Elbers connaissait la position du conseil de surveillance de KLM qui s'était à nouveau réuni lundi 18 février pour trancher l'entrée ou pas de Benjamin Smith dans ses murs.

Le conseil de surveillance accepte l'entrée de Ben Smith

Composé de neuf administrateurs dont cinq nommés par Air France-KLM, le conseil de KLM décidait d'ouvrir ses portes à Ben Smith, une grande première chez KLM qui avait toujours refusé de faire entrer le patron exécutif d'Air France-KLM à son conseil, au motif que ce dernier pouvait se retrouver en conflits d'intérêts avec Air France.

La décision était prise avant même que ne soit tranchée celle concernant Pieter Elbers. Quel que soit le sort réservé à Pieter Elbers, Ben Smith allait siéger au conseil de KLM. Trois jours plus tôt, le vendredi 15 février, lors du précédent conseil de surveillance de KLM, ce choix n'était pas acté. Seule la décision de faire entrer une personne de la holding l'était. Et la tendance était plutôt de nommer Anne-Marie Couderc, la présidente non exécutive d'Air France-KLM. Sauf que celle-ci n'était pas très tentée par l'exercice, et que le comité de nominations qu'elle préside également voulait imposer Ben Smith.

En constatant la décision du conseil de surveillance, Pieter Elbers a compris qu'il ne serait pas soutenu par son conseil s'il refusait de signer le texte de Ben Smith. Un refus d'approuver ce texte aurait été interprété comme un refus de faire avancer le groupe. Et le couperet serait tombé. Ce qui aurait provoqué un séisme aux Pays-Bas. Certains avaient même commencé à réfléchir à un successeur.

Interrogé, Air France-KLM n'a pas souhaité faire de commentaire.

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Commentaires
a écrit le 28/02/2019 à 17:06 :
C'est complètement aberrant de voir que les français ne veulent pas comprendre que c'est totalement normal que KLM veut être représenté AU MOINS comme un partenaire égal vu que c'est KLM qui comme le plus petit des deux opérateurs génère substantiellement plus de profits que AF.

Mais bon, ce qui va finir par faire tomber cette alliance est le fait que le personnel de KLM en a ras-le bol de voir comment agissent leurs collègues de AF.
a écrit le 25/02/2019 à 13:09 :
KLM a généré 80% des profits du groupe. On voit mal comment depuis Paris on pouvait leur donner des leçons de gestion et de stratégie.
a écrit le 23/02/2019 à 8:01 :
Pieter Elbers n'a pas sauve sa propre tete, mais celui de AF alors impuissante de se tourner en un societe profitable.
a écrit le 22/02/2019 à 19:53 :
Une filiale qui refuse que le patron du groupe rentre dans son conseil d'administration, c'est quand même ubuesque !!!
Prochaine tâche de ben SMITH à mon avis : sortir définitivement Transavia france des griffes d'AirFrance et du SNPL, en rattachant Transavia directement au groupe AirFrance-KLM ... solution possible (s'il en a les moyens, notamment financiers) : racheter une compagnie LowCost (wizzair par exemple..ou Alitalia !) en payant partiellement ce rachat par des parts dans Transavia pour limiter le coût en cash de l'opération. Dès lors, AirFrance-KLM reprendrait la compagnie LowCost en direct, et en échange, Transavia serait reprise par ladite compagnie LowCost...
Réponse de le 22/02/2019 à 23:15 :
Comme Transavia fonctionne très bien , il est peut-être plus intelligent de la laisser tranquille et de lui permettre de se développer plus vite.
Quant à racheter une compagnie low-cost étrangère avec votre montage financier tordu, si vous voulez mettre le feu aux poudres et casser toute la dynamique de Ben Smith, il n'y a pas mieux.
Réponse de le 23/02/2019 à 1:17 :
Transavia s’en sort très bien, Transavia France mieux d’ailleurs que sa comparse néerlandaise. Et je ne me fais aucun souci, le SNPL n’entravera pas son développement. L’arrivée de Ben Smith à la tête du groupe a changé beaucoup d’attitudes, pour le mieux.
Réponse de le 23/02/2019 à 17:07 :
@réponse : J'ai bien lu les résultats respectifs des Transavia : tant mieux ! ... mais que le SNPL garde son épée de Damoclès au-dessus de Transavia est anormal, et une séparation claire et définitive me parait souhaitable... car la compagnie n'est pas à l'abri d'un revirement vers une nouvelle radicalité du SNPL, et c'est Transavia qui trinque ...!
@Fred158 : ce n'est pas un montage tordu que de racheter une compagnie et de payer son rachat (partiellement ou pas) en échange d'action ! c'est même monnaie courante... ça s'appelle une OPE ...
Après, que le SNPL souhaite garder une monnaie d'échange qui lui permette de bloquer tout développement de cette filiale est proprement scandaleux ! J'espère que le fait que le nouveau dirigeant du SNPL AF vole pour Transavia permettra d'organiser au mieux les capacités de développement de cette filiale ...

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