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Spanghero : on achève bien la traçabilité

Géraldine Meignan

Publié le 25 avril 2019 à 16:06 - Mis à jour le 12 décembre 2024 à 23:41

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En condamnant à des peines de prison ferme les responsables de l’affaire des lasagnes à la viande de cheval, la Justice a voulu donner un signal fort. Pas de quoi pour autant siffler la fin des scandales alimentaires.

Il est là, à la barre du tribunal, les épaules légèrement voûtées, le visage statufié comme au premier jour du procès. À la lecture du jugement, Jacques Poujol, l'ex-dirigeant de Spanghero, un des principaux prévenus dans l'affaire des lasagnes à la viande de cheval, reste impassible, donnant l'impression que le verdict n'a pas de prise sur lui. Le Tribunal correctionnel de Paris vient pourtant de prononcer à son encontre une peine de prison de deux ans, dont dix-huit mois avec sursis, la confiscation de 100.000 euros et, surtout, l'interdiction d'exercer dans le domaine de la viande pendant deux ans. Ce qu'il redoutait par-dessus tout. Six ans après le début de l'affaire Spanghero, le temps de la justice est donc venu. Les faits, on les connaît. L'information a été diffusée en boucle au creux de l'hiver 2013. Un vaste trafic de viande de cheval vendue pour du bœuf avait été mis au jour après qu'un agent irlandais de la répression des fraudes, intrigué par des steaks hachés vendus au rabais, ait décidé d'en analyser la composition.

L'enquête révélera une escroquerie à grande échelle portant sur 50.000 tonnes de viande de cheval vendue en Europe et transformée en 4,5 millions de plats cuisinés. Durant trois semaines, en février, quatre hommes ont comparu devant le Tribunal correctionnel de Paris. Jacques Poujol et Patrice Monguillon, les deux anciens dirigeants de l'entreprise Spanghero, basée à Castelnaudary dans l'Aude, sont soupçonnés d'avoir vendu sciemment 500 tonnes de viande de cheval au prix du bœuf à Tavola, une filiale de Comigel, sous-traitant de Findus et Picard. Et de s'être entendus, pour cela, avec deux intermédiaires néerlandais Johannes Fasen et son acolyte, Hendricus Windmeijer. Campés à la barre du tribunal, tous ont nié la fraude intentionnelle. Encore moins la préméditation.

Litanie de négligences

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Le procès a permis de révélerce que cette industrie trimballe de mauvaises pratiques. Chez Spanghero, on faisait valser les étiquettes des paletettes de viande où figurent des informations précieuses comme le lieu de naissance, d'élevage et d'abattage des animaux; on changeait les codes douaniers qui précisent la nature et l'espèce de la viande; on modifiait les données saisies dans le système informatique. Bref, une entreprise où la traçabilité était « méticuleusement torpillée », a fustigé le procureur. En garde à vue et au cours du procès, les dirigeants de l'entreprise n'ont eu de cesse de présenter les faits qui leur sont reprochés comme une série de maladresses. Seulement, il n'y a pas eu qu'une litanie de négligences. Il y a tous ces clignotants qui sont censés alerter les dirigeants et qui ont été, ici, superbement ignorés. Comme le tarif auquel la viande a été achetée au trader néerlandais : 2,55 euros le kilogramme en moyenne, bien en deçà du tarif du marché. À ce prix-là, la moindre des choses, c'est de redoubler de vigilance. « Il n'y a pas de mystère : quand c'est pas cher, c'est qu'il y a quelque chose qui ne tourne pas rond », décrypte un agent de la répression des fraudes présent à l'audience.

Géraldine Meignan

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