11,6 milliards d'euros levés en 2021 : la French Tech explose tous ses records

Avec 784 opérations (+26% par rapport à 2020) et 11,57 milliards d'euros levés (+115%), les levées de fonds des startups françaises ont encore explosé tous les records en 2021. Mais si la région parisienne s'affirme comme l'une des places fortes de l'innovation mondiale, le dynamisme tricolore n'est pas une exception, loin de là : l'explosion des investissements dans les startups est globale et la France reste à bonne distance en Europe du Royaume-Uni et même de l'Allemagne. Décryptage.
Sylvain Rolland

10 mn

(Crédits : French Tech)

En 2020, ni le Covid-19 ni les confinements n'avaient réussi à empêcher la French Tech de battre ses records de levées de fonds. Alors en 2021, avec la reprise mondiale et l'accélération de la transformation numérique post-Covid, il n'est pas étonnant d'atteindre de nouveaux sommets. D'après le baromètre annuel du capital-risque du cabinet de conseil EY, les startups françaises ont levé l'an dernier 11,57 milliards d'euros pour 784 opérations, soit une progression spectaculaire de 115% en valeur (5,4 milliards d'euros en 2020) et de 26% en volume (620 opérations en 2020).

"Tous les records sont explosés, c'est historique", commente auprès de La Tribune Franck Sebag, associé chez EY et auteur de l'étude. "Cela montre que la France est vraiment devenue une place forte de l'innovation mondiale, et que Paris notamment consolide sa place dans les villes les plus innovantes", ajoute-t-il.

12 nouvelles licornes, un record

Parmi les multiples accomplissements de la French Tech en 2021, l'écosystème a engendré pas moins de 12 nouvelles licornes (ces jeunes entreprises tech non cotées et valorisées à plus d'un milliard d'euros), contre seulement 3 en 2020 et 3 en 2019. Il s'agit des fintech Ledger, Younited, Sorare, Swile et Lydia, des assurtech Alan et Shift Technology, des places de marché en ligne Vestiaire Collective, Back Market et ManoMano, de la proptech IAD et de la plateforme pour les dentistes Dental Monitoring.

Le compteur de licornes est ainsi passé de 9 fin 2020 à 21 fin 2021. Ce n'est pas fini. Pas plus tard que ce lundi 17 janvier, il grimpe à 25 avec la levée de fonds de la startup Exotec puis à 26 mardi 18 avec l'annonce, selon nos sources, d'une nouvelle opération. La France a également perdu une licorne en 2021, OVHCloud, mais ce n'est pas une mauvaise nouvelle : le champion français du cloud est entré en Bourse sur Euronext en octobre dernier. Cela constitue en fait un autre accomplissement majeur pour la French Tech, car la tech française a enfin retrouvé le chemin des marchés après des années de disette.

Lire aussi 30 mnQui sont et que font les 23 licornes actives de la French Tech ?

La région parisienne concentre 80% des montants levés

L'étude de France Digitale et EY montre également que la concentration des levées de fonds en Ile-de-France -et notamment Paris- s'accentue. Avec 9,29 milliards d'euros, l'Île-de-France pèse 80% des montants levés en 2021 en France, contre 75% en 2020 et 70% en 2019. Soit tout de même une progression de 10 points en deux ans. L'Île-de-France réunit également 467 tours de table sur 784, soit 60% du total. La différence entre la valeur et le volume s'explique par le ticket moyen : la plupart des grosses levées de fonds supérieures à 50 millions d'euros ont été signées par des startups franciliennes.

Avec 40% des opérations et 20% des montants levés, les 12 autres régions françaises sont donc clairement en retrait et connaissent des fortunes diverses. En valeur, la deuxième région la plus dynamique est Auvergne-Rhônes-Alpes, avec 5,8% des fonds levés (670 millions d'euros), suivie par la région Occitanie avec 4,6% des investissements (531 millions d'euros). A l'exception de la Normandie et des Hauts-de-France, toutes les régions progressent en valeur, certaines très fortement (Aura, Occitanie, Sud, Aquitaine, Pays-de-la-Loire, Bretagne) et d'autres de manière plus anecdotique (Grand Est, Bourgogne-Franche-Comté).

Que déduire de cette domination de Paris et de l'Ile-de-France ?

"Plutôt que de déplorer un déséquilibre, je pense qu'il faut se réjouir de l'attractivité de la région parisienne car la compétition n'est pas nationale mais mondiale", estime Franck Sebag. "Bien sûr il faut continuer de développer les écosystèmes tech régionaux, mais il est important, pour l'attractivité de la France et pour le développement futur du secteur dans sa globalité, d'avoir une place aussi dynamique que Paris", ajoute-t-il.

L'ampleur de la dictature parisienne reste toutefois une exception dans le monde. D'après une étude publiée par London & Partners et Dealroom début janvier, tous les pays ont une ville ou une région dominante (Londres au Royaume-Uni, la baie de San Francisco aux Etats-Unis, Berlin en Allemagne, Shanghai en Chine...), mais rarement dans de telles proportions. Ainsi, Londres incarne la tech britannique aux yeux du monde entier mais n'a concentré "que" 65% des montants levés par les startups du pays. Et aux Etats-Unis, le poids de la baie de San Francisco a baissé à 38% à mesure de la montée en puissance des autres écosystèmes locaux, notamment New York et la région de Boston.

EY régions 2021

La fintech explose

L'autre enseignement majeur de ce baromètre est l'explosion de la fintech en France. "2021 est clairement l'année de la fintech, on a enfin un secteur fintech digne de ce nom alors qu'il était en retard en France", se réjouit Franck Sebag. Effectivement, en plus des cinq nouvelles licornes dans le secteur -le portefeuille de gestion des cryptomonnaies Ledger, l'application de paiement mobile Lydia, le gestionnaire des avantages salariés Swile, le jeu de fantasy football avec des cryptomonnaies Sorare, et le champion des crédits Younited-, la fintech française a levé 2,55 milliards d'euros en 2021 (+175% par rapport à 2020) pour 79 opérations, soit plus d'un tour de table sur dix.

D'après France Fintech, plus de 150 nouvelles fintechs ont été créées en 2021, et une partie de ces dernières a même déjà bouclé un premier tour de table, à l'image de Sunday, qui a levé 105 millions d'euros en cinq mois d'existence, pour démocratiser dans les restaurants du monde entier sa solution de paiement par QR code. Le ticket moyen a même progressé de 86% par rapport à 2020, à 24,4 millions d'euros, avec sept méga-levées de plus de 100 millions d'euros.

2022 commence d'ailleurs sur des chapeaux de roues. Dans les quinze premiers jours de janvier, deux nouvelles fintech ont rejoint le club des licornes tricolores : le logiciel de gestion de la paie Payfit et la néobanque pour les PME Qonto.

Le retard français se creuse par rapport au Royaume-Uni et l'Allemagne

L'inévitable "cocorico" politique qui va découler des nouveaux records de la French Tech doit toutefois être relativisé. Car l'explosion des montants levés en France en 2021 n'est en aucun cas une exception mondiale. Pire : la dynamique tricolore est moins forte que celle observée dans les autres écosystèmes matures occidentaux, notamment les Etats-Unis, le Royaume-Uni et l'Allemagne.

En Europe, la France reste ainsi bonne troisième. D'après EY, les startups du Royaume-Uni ont levé 32,36 milliards d'euros (+155%), soit plus du triple de la France (11,57 milliards, +115%). Et l'Allemagne, pourtant dépassée d'un cheveu par l'Hexagone en 2020, a repris du poil de la bête avec 16,21 milliards d'euros levés, soit une progression de 209% sur un an et 5 milliards de plus que la France.

"En 2020, l'Allemagne a fortement subi l'effet Covid car le pays n'a pas mis en place les mécanismes de soutien dont ont bénéficié les Français. Du coup, il y a un fort effet rattrapage que l'on peut chiffrer à 2 ou 3 milliards d'euros. En revanche, le reste est dû à un plus fort dynamisme outre-Rhin, notamment au niveau du growth equity", précise Franck Sebag.

Effectivement, la France rivalise avec l'Allemagne sur le segment du "venture capital", c'est-à-dire les levées inférieures à 100 millions d'euros. En quantité, l'Hexagone bat même l'outre-Rhin avec 762 opérations contre 642, mais le ticket moyen est plus élevé en Allemagne car ces 642 tours de tables ont cumulé 7,18 milliards d'euros, contre 6,60 milliards d'euros en France malgré davantage d'opérations. En revanche, Berlin explose Paris sur le "growth equity", c'est-à-dire les levées de fonds supérieures à 100 millions d'euros. Les 36 méga-levées allemandes ont récolté 9 milliards d'euros, tandis que les 22 opérations françaises ont généré quasiment moitié moins, 5 milliards d'euros. Résultat : l'Allemagne a créé 14 licornes en 2021, contre seulement 12 pour la France.

Du côté du Royaume-Uni, aucune comparaison ne serait à l'avantage de la France. "Les britanniques explosent tout, on ne joue même pas dans la même cour", admet Franck Sebag. Avec 32,36 milliards d'euros levés en 2021 dont 17 milliards via le "growth equity" et 20 nouvelles licornes, le Royaume-Uni se compare davantage à l'Inde ou la Chine. D'après Dealroom, il est le quatrième pays au monde au niveau des levées de fonds, derrière les Etats-Unis (275 milliards d'euros), la Chine (50,7 milliards d'euros) et l'Inde (38,7 milliards d'euros). L'Allemagne et la France sont respectivement à la sixième et septième place.

La France exclue du Top 10 européen des plus gros tours de table

Conséquence logique : aucune des dix plus grosses levées de l'année 2021 en Europe n'est française. Encore une fois, le Royaume-Uni et l'Allemagne s'imposent avec respectivement trois opérations outre-Manche (les satellites de OneWeb, la place de marché automobile Cinch et les logiciels de développement web Snyk) et quatre outre-Rhin (les champions de la livraison ultra-rapide Gorillas et Flink, les logiciels d'IA pour les entreprises de Celonis et la néobanque N26).

Les trois places restantes reviennent à la Suède (le fabricant de batteries pour les véhicules électriques Northvolt, roi de l'année avec un tour de table de 2,33 milliards d'euros, et la fintech Klarna), ainsi que les Pays-Bas avec la plateforme de communication Messagebird. La dixième place, détenue par le britannique Snyk, correspond à 756 millions d'euros, là où la plus grosse opération française -et record à ce jour-, s'élève à 580 millions d'euros pour Sorare.

EY Top 10 2021 levées de fonds Europe

Voici le top 10 français :

Sylvain Rolland

10 mn

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Commentaires 2
à écrit le 16/01/2022 à 18:58
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C est la faute à la politique de Macron…. Lol

à écrit le 16/01/2022 à 18:57
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Plus de financement au UK et Allemagne car la culture de la poudre aux yeux, de la spéculation, de la fraude ou du blanchiment d’argent y est plus développée. Sur le secteur manufacturier/R&D, plus tangible, la France domine largement en Europe en m...

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