Dans l’ombre des grands opérateurs Orange, SFR, Bouygues Telecom et Free, des myriades de sous-traitants planchent depuis des années sur le grand chantier du déploiement de la fibre. Mais les nuages noirs s’amoncellent au-dessus de cette filière. De nombreux acteurs se disent asphyxiés par les nouveaux prix pratiqués par Orange, le plus important donneur d’ordre, tandis que les dégradations et malfaçons pullulent toujours sur les réseaux.Ce jeudi 14 avril 2022, une petite dizaine de patrons d'entreprises spécialisées dans le déploiement de fibre sont réunis à l'hôtel Mercure de Boulogne-Billancourt, près de Paris. Ce jour-là, ils participent au conseil d'administration de l'Acnet, un syndicat rassemblant des professionnels des réseaux télécoms. Tous sont remontés comme des coucous. Ils viennent de toute la France, et estiment qu'aujourd'hui, les prix pratiqués par Orange pour installer et entretenir les réseaux de fibre dans leurs territoires sont beaucoup, beaucoup trop bas. En clair, ils se disent asphyxiés.
A la tête de la société Artec, dans l'Ariège, Michel Mailhat ne décolère pas. « Pour une prestation autrefois payée 100 euros, on m'en propose aujourd'hui entre 50 et 55 euros, s'emporte-t-il, sachant qu'un peu moins de la moitié de ses 200 employés travaillent dans les télécoms. D'évidence, ce n'est pas viable. » Pascal Ventalon, lui, est à la tête de CVS Multicom Services, en Seine-et-Marne. Sa société déploie essentiellement des réseaux de fibre en aérien. Lui aussi ne s'en sort plus. « Mon entreprise est en stand-by, s'énerve-t-il. J'ai mis 14 salariés au chômage partiel. » Ces difficultés, Jean-Luc Toussaint, le secrétaire général de l'Acnet, en a l'habitude. « Je connais des dizaines et des dizaines de sociétés, de collègues, qui ont déposé le bilan, dit-il. Certains ont parfois plusieurs dizaines d'années d'ancienneté dans le métier. Mais ils ne s'y retrouvent plus et préfèrent arrêter. »
Au sein de la filière de la fibre, de nombreuses entreprises affirment se trouver dans une impasse. Il s'agit de sous-traitants des grands opérateurs Orange, SFR, Bouygues Telecom et Free, pour le compte desquels ils déploient localement cette technologie et entretiennent les réseaux. Mais pour beaucoup, c'est d'abord les tarifs et les pratiques de l'opérateur historique qui suscitent aujourd'hui leur colère et leur désarroi. Numéro un des télécoms en France, Orange est, et de très loin, l'opérateur qui déploie le plus la fibre et dispose du réseau le plus étendu. C'est la locomotive du secteur, et le principal donneur d'ordre de la filière. Or au 1er avril, Orange a mis en place de nouveaux contrats, baptisés « RC Centric », pour cette activité. L'occasion, au grand dam de ses sous-traitants, de tasser ses prix.