Les entreprises françaises apprennent à se passer des banques

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Les marchés vont prende une place croissante dans le financement des entreprises européennes, compte tenu des contraintes réglementaires qui restreignent la capacité des banques à prêter.
Les marchés vont prende une place croissante dans le financement des entreprises européennes, compte tenu des contraintes réglementaires qui restreignent la capacité des banques à prêter. (Crédits : reuters.com)
Les banques ne pèsent plus que 60% dans le financement des sociétés françaises. De nouveaux acteurs, comme les fonds de prêt à l'économie, surfent sur cette vague de la désintermédiation du financement des entreprises.

 La baisse du crédit au secteur privé se poursuit, dans la zone euro. En octobre, les prêts consentis par les banques aux sociétés non financières ont fléchi de 1,8%, après avoir déjà reculé de 2% en septembre, selon les données publiées le 27 novembre par la Banque centrale européenne (BCE). Faut-il pour en autant en déduire que les banques resserrent le robinet du crédit ? Dans certains pays du Sud de l'Europe, sans doute, mais ce n'est pas le cas en France.

"Les perspectives (d'activité) des entreprises n'étant pas réellement positives, les patrons de PME et de TPE se trouvent dans une logique d'autocensure [en matière de demande de crédit ; Ndlr], si bien que leurs besoins de financement sont relativement faibles aujourd'hui",

a ainsi admis Thibault Lanxade, président du pôle entrepreneuriat et croissance des TPE-PME du Medef, lors d'une conférence organisée le 26 novembre par l'Observatoire des fonds de prêt à l'économie (OFPE). Mais quid de demain, lorsque la reprise économique aura enfin montré le bout de son nez, encourageant les entreprises à investir à nouveau ?

 Les banques représentent encore 80% du financement des PME et des TPE

 "Lorsque nous aurons 1,5 point de croissance, la problématique du financement des entreprises se posera", reconnaît Thibault Lanxade. Elle se posera car les contraintes réglementaires qui se sont accumulées sur les banques depuis la crise financière de 2008 ont réduit leur capacité à prêter. La nouvelle règle dite de Bâle III oblige en effet les banques à détenir plus de fonds propres qu'autrefois en face de leurs engagements jugés les plus risqués par les régulateurs. Conséquence, les banques n'auront pas les coudées franches pour accompagner les entreprises dans le financement de leurs investissements de croissance interne et externe, une fois ceux-ci repartis à la hausse. Un vrai problème pour les entreprises européennes en général et françaises en particulier, leur financement reposant essentiellement sur le crédit bancaire, contrairement aux Etats-Unis, où les sociétés se financent avant tout sur les marchés.

 Conscientes de cette nouvelle donne, qui pousse vers une désintermédiation de leur financement, les entreprises françaises ont commencé à diversifier leurs ressources financières, ces dernières années, notamment en recourant au marché obligataire. "Aujourd'hui, les banques ne pèsent plus que 60% dans le financement des entreprises françaises [contre près de 80% il y a encore cinq ans ; Ndlr]", a souligné Pierre de Lauzun, délégué général de l'Amafi (Association française des marchés financiers), le 27 novembre, lors des Entretiens de l'AMF (Autorité des marchés financiers). Mais, si les grands groupes parviennent à se financer aisément sur le marché obligataire, il en va tout autrement pour les PME inconnues des investisseurs. "Le financement des PME et des TPE demeure intermédié (d'origine bancaire) à 80%", confirme Thibault Lanxade. "Il va falloir faciliter l'accès des PME aux marchés", renchérit Pierre de Lauzun.

 Les fonds de prêt à l'économie, une nouvelle classe d'actifs

 C'est dans cette perspective que la Caisse des dépôts et consignations avait lancé le premier fonds de prêt à l'économie (FPE), à l'automne 2013, dans la foulée d'une modification du Code des assurances autorisant les assureurs à financer les PME de croissance et les entreprises familiales non cotées. Novo, c'est son nom, doit permettre à des acteurs non bancaires, notamment les assureurs, de consentir jusqu'à 1 milliard d'euros de crédits aux ETI (entreprises de taille intermédiaire). Novo a fait des émules, certaines sociétés de gestion cherchant à se positionner sur cette nouvelle classe d'actifs que constituent les prêts à l'économie. Jeudi 27 novembre, Delff Management a ainsi annoncé le lancement d'un FPE, qui vise à collecter dans un premier temps 100 millions d'euros  - et 1 milliard d'ici cinq ans - auprès d'investisseurs institutionnels, afin d'accorder des prêts d'une durée maximale de huit ans à des PME et à des ETI.

 "Dans un contexte de reprise de la croissance externe pour les entreprises européennes, ces prêts offrent une solution alternative ou complémentaire au financement par les banques, en phase de désintermédiation", explique Delff Management. Côté investisseurs, ces derniers bénéficieront d'un rendement basé sur l'Euribor [l'un des principaux taux de référence du marché monétaire de la zone euro ; Ndlr] plus 350 à 700 points de base. De quoi attirer des assureurs en quête de rendement, dans l'environnement actuel de taux bas. Nul doute, donc, que les FPE sont promis à un bel avenir, d'autant plus qu'un prochain décret doit les étendre aux mutuelles et aux organismes de prévoyance.

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Commentaires
a écrit le 01/12/2014 à 17:53 :
La poursuite accélérée de la désintermédiation en Europe, à l’instar du système
américain, voulu et salué par presque tout le monde se révélera très certainement extrêmement dangereux à terme.le meilleur choix. C 'est en effet un modèle de financement aux cycles économiques très contrastés, gérable quand il était limité aux pays anglo-saxons, qui le sera beaucoup moins quand il aura été généralisé. Sur une longue période, banques et marchés sont à égalité dans la pertinence de l’analyse du
risque microéconomique. Par contre. la maîtrise du risque macroéconomique est
moindre quand les marchés assurent l’essentiel des financements et des risques.
L’atomisation des risques, leur couverture et le succès apparemment durable
anesthésient longtemps les acteurs et les observateurs… jusqu’à leur réveil.
Et là, c’est une déferlante, en temps réel, face à laquelle on ne sait pas faire face,
pas plus demain qu’hier, malgré les dispositifs prudentiels récemment mis en
place.
Réponse de le 01/12/2014 à 18:10 :
Vu la teneur générale du commentaire le lecteur supprimera de lui même le petit passage entre deux ponts parlant du meilleur choix, scorie d'une tournure de phrase abandonnée en cours de rédaction !
a écrit le 01/12/2014 à 16:30 :
Quand les banques auront séparé le job "courant" et la spéculation les soi disantes contraintes très liées aux risques de produits complexes tomberont.
a écrit le 30/11/2014 à 15:15 :
"les patrons de PME et de TPE se trouvent dans une logique d'autocensure"

C'est une blague? La censure elle se situe surtout sur la fiche de paie des salariés disposant (ou pas [black]) d'un contrat précaire (CDD).
Réponse de le 01/12/2014 à 13:54 :
Encore un qui parle pour ne rien dire et surtout de ce qu'il ne sait pas...

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