Brexit : Bruxelles veut relocaliser la compensation dans l'UE

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Le Royaume-Uni joue actuellement un rôle clé comme fournisseur de services de compensation en Europe a souligné Valdis Dombrovskis, le vice-président letton de la Commission, chargé de la stabilité financière, des services financiers et de l'Union des marchés des capitaux, lors de la présentation du cadre réglementaire des dérivés.
"Le Royaume-Uni joue actuellement un rôle clé comme fournisseur de services de compensation en Europe" a souligné Valdis Dombrovskis, le vice-président letton de la Commission, chargé de la stabilité financière, des services financiers et de l'Union des marchés des capitaux, lors de la présentation du cadre réglementaire des dérivés. (Crédits : UE)
En présentant sa simplification des règles pour les dérivés, la Commission européenne a annoncé son projet de proposition d'obligation de localisation dans l'Union des opérations de compensation, actuellement à Londres.

C'est un petit paragraphe glissé dans une communication très technique sur le règlement « EMIR » de régulation des infrastructures de marché européennes, portant sur la simplification des règles sur les instruments financiers dérivés, qui a mis le feu aux poudres. La Commission européenne annonce qu'elle a adopté ce jeudi « une communication dans laquelle elle fait part de son intention de présenter avant l'été de nouvelles propositions législatives pour remédier à d'importantes difficultés qui se font jour en matière de compensation des instruments dérivés, à mesure que ce domaine gagne en importance ». Elle précise dans un communiqué :

« La future proposition devrait, en particulier, viser à renforcer les dispositifs communs de surveillance des contreparties centrales de l'UE. Dans ce contexte, des dispositions précises basées sur des critères objectifs sont nécessaires pour s'assurer que les contreparties centrales, qui jouent un rôle systémique important pour les marchés financiers européens, soient couvertes par les protections prévues par le cadre juridique européen, comprenant, en cas de nécessité, un renforcement de la supervision au niveau européen et/ou des exigences de localisation. »

Avertissement à la City et à Theresa May

Il s'agit d'un sérieux avertissement à Londres, où sont traités 75% des volumes d'échange de dérivés libellés en euro. Un acteur domine le marché de la compensation en Europe, LCH.Clearnet, contrôlé par le London Stock Exchange (LSE). Et à Theresa May, avec laquelle les 27 s'apprêtent à entrer dans le vif des négociations du Brexit. Valdis Dombrovskis, le vice-président letton de la Commission, chargé de la stabilité financière, des services financiers et de l'Union des marchés des capitaux, s'est fait plus explicite dans son discours, lors de la présentation du texte :

« Il y a des chambres de compensation de certains pays tiers qui jouent un rôle systémique clé pour les marchés financiers de l'UE [...]. Notre cadre de supervision doit aussi traiter ces situations spécifiques.

Ceci est particulièrement pertinent dans le contexte de la sortie du Royaume-Uni de l'UE, et par conséquent de sa sortie aussi du cadre réglementaire EMIR. Le Royaume-Uni joue actuellement un rôle clé comme fournisseur de services de compensation en Europe. »

Il a indiqué que la Commission avait l'intention de présenter des propositions législatives en juin sur les chambres de compensation, après une étude d'impact. Deux options sont envisagées: soit demander des pouvoirs renforcés de supervision sur les entités de pays tiers, soit, plus probablement, « que l'on demande à ces chambres de compensation d'importance systémique pour l'UE d'être localisées au sein de l'Union européenne ».

100.000 jobs menacés à Londres ?

La menace a fait bondir les représentants de la City, où 100.000 emplois pourraient être menacés dans la compensation, selon une estimation du patron du LSE, le Français Xavier Rolet. Le directeur exécutif de TheCityUK, le lobby du secteur financier londonien, Miles Celic, a réagi vertement dans un communiqué :

 « La compensation est une activité où les économies d'échelle font une grande différence en matière de coûts. C'est une des principales raisons pour lesquelles le clearing s'est concentré dans de grands centres internationaux comme Londres.

Une relocalisation forcée des activités de compensation d'instruments libellés en euros conduirait à perturber, fragmenter et rendre le marché plus incertain. Un marché de l'UE, potentiellement moins liquide et moins compétitif, entraînerait des coûts plus élevés pour les épargnants et les investisseurs européens. In fine, cela nuirait tant aux individus qu'aux entreprises de Grande-Bretagne et d'Europe. Ce n'est dans l'intérêt de personne et cela peut être éviter », fait-il valoir.

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Commentaires
a écrit le 06/05/2017 à 10:55 :
La construction européenne passe forcément par un coût d'autonomie de fonctionnement. C'est pourquoi les annonces électorales faites en matière sociale ne correspondent qu'à l'arbre qui cache la forêt. Va-t-on poursuivre la même politique en offrant un petit dérivatif aux peuples qui réclament à corps et à cris la construction d'une vraie Europe, capable de faire face aux grands défis que sont l'écologie, une économie tenant compte de la valeur productive, mais aussi les devoirs régaliens des nations. Nous n'en avons pas pris le chemin pour le moment. Et il est craindre que la même vision de nos dirigeants demeure. Les subtilités ne manquant pas pour étouffer dans l'oeuf tout changement réel. Les européens d'il y a quarante ans, ne voyaient rien et se contentaient de beaux discours et de saupoudrage. Comme il y a peu encore où un des principaux commissaires de l'EU nous expliquait avec beaucoup de candeur combien il était difficile de normaliser les prises des téléphones portables. Comment faut-il le dire, le peuple n'est plus dupe de la volonté d'inscrire l'europe sur une certaine trajectoire et d'indiquer l'inverse ou tout au plus de rester dans le vague et le mutisme. Certes il y a de nombreuses difficultés à construire une europe dont les égos nationaux préfèrent être sous le joug des USA que de s'affranchir de leurs individualités. Comprenez bien qu'au final nous serons perdants. Enfin pour en revenir à nos moutons, pourquoi le traitement des cartes bancaires européennes se fait-il aux USA ? Là encore comme pour beaucoup de points similaires, le refus d'un réalisme politique qui dépasse le commercial.
a écrit le 05/05/2017 à 20:25 :
Nos amis Anglais vont peut-être finir par regretter de ne pas être à l'Euro, soit, faire PARTIE de l'Europe... Je dis ça, je dis rien, bien sûr. Nombre de pays sont indexés au dollar. Et pour ceux qui ne comprennent pas la solidité d'une monnaie, essayez de faire un peu d'études... Zimbabwe Zimbabwe...(avril 2009)
a écrit le 05/05/2017 à 10:47 :
Fallait y penser avant chers amis Britanniques !

Le plus amusant, c'est quand May déplore que "l'UE est en train de s'unir contre nous"...euh oui, c'est le concept même de l'UNION Européenne. C'est à prendre ou à laisser ! Les Britanniques ont choisi de partir, grand bien leur fasse, mais qu'ils n'espèrent pas le moindre "free lunch".
a écrit le 05/05/2017 à 8:38 :
c'est une surprise?
quitter l'europe, ca supposait de ne plus avoir acces de la meme maniere aux clients des marches de capitaux ( derives compris)....
bon, y a tjs une possibilite, la creation/gestion d'euro-euros ( sur le modele des euros dollars); finalement c'est sur cette base que le ru s'est developpe apres guerre...
a écrit le 05/05/2017 à 8:34 :
"...La future proposition devrait, en particulier, viser à renforcer les dispositifs communs de surveillance des contreparties centrales de l'UE. Dans ce contexte, des dispositions précises basées sur des critères objectifs sont nécessaires pour s'assurer que les contreparties centrales, qui jouent un rôle systémique important pour les marchés financiers européens, soient couvertes par les protections prévues par le cadre juridique européen, comprenant, en cas de nécessité, un renforcement de la supervision au niveau européen et/ou des exigences de localisation. »
Ce qui se conçoit bies s'énonce clairement : cherchez la volonté d'enfummage !!!
a écrit le 04/05/2017 à 21:53 :
Truc fendard au passage, les bourses comme celle de Paris etc ...
sont en Angleterre à basildon (sauf erreur sur la ville) !

à voir : https://www.youtube.com/watch?v=0KNwcJgKMbo
a écrit le 04/05/2017 à 21:05 :
"et cela peut être éviter », fait-il valoir."
évité
a écrit le 04/05/2017 à 19:39 :
C'est le coeur du problème et du scandale britannique ! La compensation d'une monnaie effectuée hors de sa zone de souveraineté. Et les bénéficiaires osent jeter l'eau du bain ! Et voilà qu'ils pleurent comme un bébé après leur bourde ! Les Anglais sortent de Bruxelles ? La City sort de l'euro où elle n'avait rien à faire. C'est peut-être simpliste. Mais la complexification des "normes" financières a depuis trop longtemps défié le bon sens !!!
a écrit le 04/05/2017 à 19:27 :
100000 financiers de moins ne pourraient faire aux anglais que du bien.

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