L'Arabie Saoudite à la France : ODAS, khalass (Ça suffit)

 |   |  1481  mots
"Le ministère saoudien de la Défense fait part de son désir de mettre fin à toute relation avec la société française ODAS", est-il écrit dans un courrier adressé au ministre de la Défense, Jean-Yves Le Drian, et signé par le vice prince héritier et ministre de la Défense Mohammed bin Salman bin Abdul Aziz
"Le ministère saoudien de la Défense fait part de son désir de mettre fin à toute relation avec la société française ODAS", est-il écrit dans un courrier adressé au ministre de la Défense, Jean-Yves Le Drian, et signé par le vice prince héritier et ministre de la Défense Mohammed bin Salman bin Abdul Aziz (Crédits : CHARLES PLATIAU)
L'Arabie Saoudite ne veut plus travailler avec ODAS, qui représente les intérêts des français dans le Royaume. Les négociations entre Paris et Ryad vont commencer "dans les jours qui viennent" pour définir quel sera le nouveau dispositif, qui prendra le relais d'ODAS pour coordonner les relations dans le domaine de l'armement entre les deux pays.

ODAS, khalass (Ça suffit en arabe). Très clairement l'Arabie Saoudite ne veut plus travailler avec ODAS, qui représente les intérêts des français dans le Royaume. D'ailleurs Ryad a envoyé le 13 novembre 2015 à Paris un courrier très explicite, dont La Tribune s'est procuré une copie. Dans cette lettre, le vice prince héritier et ministre de la Défense, Mohammed bin Salman bin Abdul Aziz annonce que son pays veut mettre fin à ses relations avec ODAS. Pourtant, cette société avait été créée en 2008 à la demande de l'Arabie Saoudite, qui ne voulait plus travailler avec SOFRESA, rappelle-t-on à La Tribune.

"Le ministère saoudien de la Défense fait part de son désir de mettre fin à toute relation avec la société française ODAS", est-il écrit dans ce courrier adressé au ministre de la Défense, Jean-Yves Le Drian, et signé par le vice prince héritier et ministre de la Défense. C'est l'Hôtel de Brienne qui devait informer ODAS de la décision saoudienne.

Dénonciation de l'accord entre ODAS et Ryad

La défiance de Mohammed bin Salman vis-à-vis d'ODAS aurait été nourrie par le résultat d'une enquête qu'il aurait lui-même lancée pour déterminer le rôle auprès d'ODAS de certains membres de l'entourage de l'ancien roi Abdallah ben Abdelaziz Al Saoud mort en janvier 2015. Son PDG, l'ancien chef d'état-major des armées, le général Édouard Guillaud, reste pour le moment à la tête de la société française. "Il faut que l'Elysée lui trouve d'abord une solution de repli", précise-t-on à La Tribune.

Concrètement, Ryad invoque dans le courrier l'article deux de l'annexe technique de l'accord de coopération et de soutien militaire signé à Paris entre l'Arabie Saoudite et la France le 21 juillet 2008 pour mettre fin à toute relation avec ODAS. Cet article régit les relations entre le ministère de la Défense saoudien et la société française dans le cadre des négociations et de la gestion des contrats entre les deux pays. Les Saoudiens se réfèrent également à l'alinéa quatre de l'article six, qui stipule que "les deux parties ont le droit d'amender cet accord suite à des consultations et par accord écrit".

La société ODAS, qui a succédé à SOFRESA, avait été créée par l'État français pour contribuer à développer les exportations dans le domaine de la défense, de la sécurité et des hautes technologies. La société intervient dans le cadre de contrats d'État à État ou de contrats commerciaux. Son actionnariat rassemble, aux côtés de l'État français (34%), une dizaine de grandes entreprises, dont Airbus Group SAS (Airbus Group France), MBDA France, Thales, DCNS, Nexter Systems, Calyon, Dassault Aviation, Renault Trucks. la société aurait dans son carnet de commandes un volume de contrats pesant entre 4 et 5 milliards. Soit environ sept ans d'activité.

Que veulent désormais les Saoudiens?

Ce divorce entre l'Arabie Saoudite et ODAS courait depuis déjà de longs mois. L'envoi de ce courrier semble être le résultat d'une temporisation de la France à traiter cette épine dans les relations franco-saoudiennes, estiment certains observateurs. Ce qui aurait légèrement refroidi les relations entre les deux pays pourtant très en phase sur le plan géopolitique. "L'ambiance n'était pas très bonne entre les deux pays", note un industriel. D'une manière générale, les groupes de défense estiment par ailleurs que les Saoudiens n'ont pas complètement renvoyé l'ascenseur à la France qui soutient le Royaume sur les dossiers syrien, yéménite et iranien.

Dans le courrier adressé à Paris, Ryad demande dorénavant que toutes les négociations ainsi que la signature des contrats "se déroulent directement entre le ministère saoudien de la Défense et les sociétés françaises afin d'assurer les armes et les matériels militaires, la formation et le soutien". C'est déjà le cas. Ainsi, le chantier naval de Cherbourg CMN (Constructions Mécaniques de Normandie) a par exemple négocié directement avec le ministère de la Défense la vente de 34 patrouilleurs (600 millions de dollars). Tout comme Thales, qui a ressorti de ses cartons le projet de défense anti-aérienne de courte portée Mark 3 pour équiper le Royaume. L'Arabie Saoudite dispose aujourd'hui du système de missiles Shahine (Crotale amélioré, monté sur châssis AMX 30).

En outre, les Saoudiens réclament que le gouvernement français garantisse "ces contrats techniquement et juridiquement par l'intermédiaire de la direction générale de l'armement (DGA)". Selon des sources concordantes, la France serait prête à répondre positivement à la demande de l'Arabie Saoudite concernant le futur rôle que la DGA pourrait jouer dans les relations franco-saoudienne dans le domaine de l'armement. Elle serait chargée d'évaluer les offres techniques des industriels faites à l'Arabie Saoudite et gérer la bonne exécution des programmes livrés aux forces saoudiennes.

Que veut la France?

Selon des sources concordantes, la France aurait envoyé il y a quelques semaines un courrier d'attente à l'Arabie Saoudite, qui souhaitait pourtant obtenir l'"avis" de la France "au sujet de cette proposition d'amendement". "Rien n'est arrêté à ce stade", affirme-t-on d'ailleurs de source proche du dossier. Les discussions entre la France et l'Arabie Saoudite vont d'ailleurs commencer "dans les jours qui viennent" pour définir exactement quel sera le nouveau dispositif, qui prendra le relais d'ODAS pour coordonner les relations dans le domaine de l'armement entre les deux pays.

Lors de ces négociations, la France va défendre auprès des Saoudiens les intérêts des entreprises françaises. Elle souhaite notamment conserver le dispositif favorable qu'était consenti aux industriels via ODAS en matière de clauses contractuelles (financement, acompte, pénalités notamment). "Ce volet fait partie des discussions", précise-t-on à La Tribune.

Certains industriels militent en revanche pour le maintien d'ODAS... à condition d'une réforme en profondeur de sa mission. "ODAS ne doit plus avoir de rôle commercial auprès des forces saoudiennes et ne doit plus mélanger la politique industrielle française et les besoins d'un client comme l'Arabie Saoudite. En revanche, elle doit servir d'outil pour représenter la France en Arabie Saoudite, être garante de la relation d'état à État entre les deux pays", explique l'un d'eux. Et de rappeler que SOFRESA continue aujourd'hui encore à exécuter des contrats non terminés.

Que fait-on des contrats en cours?

D'autres industriels voient la future entité, qui pourrait remplacer ODAS, comme une structure de défaisance. De toute façon, ODAS à l'image de SOFRESA, va devoir gérer pendant plusieurs années bien au-delà de 2020 l'exécution en cours des contrats signés entre Paris et Ryad. Le prince Mohammed bin Salman a précisé dans son courrier que "cette décision n'affectera pas l'achèvement des contrats signés avec la société concernée".

C'est le cas notamment des trois contrats signés par ODAS : un contrat de soutien avec fourniture de pièces de rechange et assistance technique pour la flotte de l'est mis en vigueur en 2011 (programme AMWAJ), les programmes de modernisation des frégates Sawari 1 signé en 2013 (contrat LEX) et des frégates Sawari 2 (ERAV) et, enfin, le contrat tripartite Donas (3 milliards de dollars, dont environ 500 millions devaient été consacrés à la maintenance des matériels vendus), signé en 2014. Le contrat Donas concernait initialement la France (le vendeur), l'Arabe Saoudite (le financier) et le Liban destinataire de ces armements. Selon une source proche du dossier, entre 75% et 80% de ce contrat auraient été déjà mis en vigueur. Tous les matériels seront désormais livrés à l'Arabie Saoudite.

Donas, un contrat à rebondissements

Le contrat Donas a connu après sa signature en novembre 2014 sous le règne du roi Abdallah ben Abdelaziz Al Saoud, de nombreuses vicissitudes avec plusieurs stop and go. Il a d'abord été suspendu en avril 2015 par les nouveaux hommes forts du pouvoir en place à Ryad après l'intronisation du roi Salman. Puis, en juillet 2015, les discussions ont repris entre la France et l'Arabie saoudite mais ODAS n'avait pas encore l'autorisation de signer des contrats avec les industriels français concernés en vue d'une livraison au Liban.

Ryad a finalement donné le 27 décembre son autorisation à la France mais début février, la crise diplomatique entre l'Arabie Saoudite et le Liban stoppe à nouveau l'exécution du contrat. Toutefois, pour ne pas léser la France, l'Arabie Saoudite a demandé à Paris de livrer les matériels aux forces armées saoudiennes. Début mars, lors d'une visite à Paris le ministre saoudien des Affaires étrangères, Adel al Jubeir, avait indiqué que "les contrats seront bien appliqués mais le destinataire sera l'armée saoudienne". Jusqu'à un prochain stop ?

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Commentaires
a écrit le 30/03/2016 à 17:45 :
Je ne comprend pas pourquoi l'état français doit se mêler dans le détails de contrats qui devraient être entre un ministère et une société privée. Bon c'est vrai que l'armement est toujours un sujet sensible mais pour tout le reste...Si les sociétés ont peur de ne pas être payées, elles s'assurent et si l'état veut ajouter des facilités de "réassurance" ou de prêts pour aider les contrats, pourquoi pas encore que en tant que contribuable, je considère que l'état ne doit intervenir dans aucune sociétés privées car il y a un risque mais juste édicter des règles et vérifier que toutes les sociétés les appliquent pour éviter les distorsions de concurrence. Forcer les Saoudiens à passer par une structure unique, je comprend que celà n'est pas bien accueilli par ces derniers.
a écrit le 30/03/2016 à 15:39 :
De Gaulle doit sauter au plafond en regardant nos clowns a la barre........
a écrit le 30/03/2016 à 11:10 :
Comment la France est tombee aussi bas?
Réponse de le 30/03/2016 à 14:39 :
5 millions de chômeurs ça vous cause ?
a écrit le 30/03/2016 à 9:23 :
Oh là là, mais ça se fâcherait et nous impressionnerai si l'on voulait vous croire...
vous dire et lisez moi bien vos cerveaux qui ont pondu :

'' les Femmes ne sont pas des Humains mais des Mammifères ''

Super ! moi, je suis d'avis que ces erreurs soient tenues à l'écart tant que vous n'êtes pas au niveau de réfléchir et respecter la femme !
vous qui êtes sorti du ventre de l'une d'Elle, et pour la médaille du des-honneur vous pouvez la garder en déco ce n'est pas la France qui vous l'a décerner du fait que vous l'aviez demander !
Je dis que vos manœuvres de dénoncer ci & ça sont basses
je signe en mon Nom qui n'est pas un pseudo
Monique F.Stutz
a écrit le 30/03/2016 à 8:45 :
La morale et les affaires ne font pas pas bon ménage.
La naiveté c'est de penser que le boomerang est loin
à l'horizon alors qu'avec une simple paire de lunettes,
il est sur le bout du nez. Mentir comme on respire n'est
plus de mise.
a écrit le 29/03/2016 à 19:16 :
@ BONSOIR . monsieur HOLLANDE N'A AUCUN RESPECT POUR LA FRANCE et les français(es) il ose critiquer BACHAR le traitant de dictateur mais que fréquente HOLLANDE le roi d'ARABIE le roi du QATAR et le reste des dictateurs du moyen orient plus sanguinaires les uns que les autres il leur offre des armes payés par les contribuables français décidément HOLLANDE ne connais pas le des valeurs de la REPUBLIQUE !
Réponse de le 30/03/2016 à 11:26 :
Vous connaissez mal le commerce international et plus particulièrement entre ceux qui ont les moyens de payer et ceux qui sont financés par divers circuits dont parfois l'Etat, avec en prime un marché plus que particulier l'armement. Je ne suis pas un adepte de M. Hollande mais la encore vous avez soit de la méconnaissance géopolitique soit la mémoire courte concernant nos relations internationales qui ont peu variées depuis plus de 40 ans, nos "amours" avec l'Arabie ou Qatar ne sont du fait de M. Hollande mais de la politique française dans le Golfe depuis des années. Cela date de la période ou nous avons voulu contrer la suprématie anglo saxonne dans le Golfe et nous faire une petite place, les années 70, dans les pétro dollars et dans l'échiquier politique de cette région qui est une des plus explosive du monde depuis des décennies. Il y a bien longtemps que les valeurs!!!!! lesquelles? de la République sont passées après la réalité de la finance et de la real politique, mettre cela sur le dos de M. Hollande est de la petite politique française partisane pas une réalité.
a écrit le 29/03/2016 à 19:01 :
Pourtant... un enturbanné a reçu à l'Elysée , la Légion d'honneur ...! , comme quoi cette médaille est totalement dévaluée...
a écrit le 29/03/2016 à 18:14 :
Moi qui croyais que nos positions sur la Syrie, l'Iran et le moyen-orient étaient uniquement inspirées par la paix et la recherche d'une solution démocratique...
La cupidité et la nullité de ceux qui vont chercher les pétro$ des princes du golfe, tout en déroulant le tapis rouge à leur réseau salafiste en Europe est pathétique...
Aussi; si je comprends, bien, si on a armé des pseudo rebelles islamistes modérés en Syrie, et contribué à la destruction de ces pays et aux massacre, c'est pour que les Emirs veuillent bien nous acheter des armes...et si aujourd'hui des vagues de millions de réfugiés arrivent des régions déstabilisés par les rebelles djihadistes, ce n'est pas si grave car on a vendu des hélico et des vedettes...
Le coût des attentats de Bruxelles est de 4 milliards d'euro...combien rapporte chaque contrat en bénéfice net?
Réponse de le 30/03/2016 à 6:27 :
Ça fait du bien de voir l'Occident prendre conscience du fait que l'Arabie Saoudite et sa doctrine Wahabi est une source de maux de tête pour le monde entier et une source de terrorisme international,qui, Dieu merci s’écroulera quand les pétro dollars s’épuiseront, ce qui avec le cour du brut actuel ne prendra pas beaucoup de temps. Comment les mécréants achèteront-ils des armes de l'occident pour les donner aux terroristes si eux même ils n'ont pas d'argent pour payer.
a écrit le 29/03/2016 à 18:11 :
Apres L Iran le Liban et L Irak L Arabie saoudite va T elle signer le contrat Squareway de Vivaction pour la protection de la voix et data sur mobile ?
a écrit le 29/03/2016 à 9:27 :
Ce serait drôle que les Saoudiens annulent purement et simplement les contrats...comme l'a fait Hollande avec les Mistral. Les socialos ont ouvert la boîte de Pandore et la jurisprudence pourrait bien prendre le relais :-)

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :