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Entreprises & FinanceBanques / Finance

Gaz de schiste : la Soc Gen dénoncée pour son rôle actif dans l'exportation

Photo de Delphine Cuny

Delphine Cuny

Publié le 05 mars 2018 à 08:00 - Mis à jour le 13 décembre 2024 à 01:15

Société Générale Rio Grande Amis de la Terre Climat Bercy

Société Générale Rio Grande Amis de la Terre Climat Bercy

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Le Quotidien Numérique

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Dans un rapport à charge publié ce lundi, l'association des Amis de la Terre pointe du doigt "l'assaut engagé par Société Générale sur un marché en pleine expansion", celui de l'exportation du gaz de schiste américain vers l'Europe sous forme de gaz liquide. Elle l'appelle à suivre l'exemple de BNP Paribas et à se retirer du projet texan controversé Rio Grande LNG.

[Article mis à jour le 13 mars avec les réponses de la Société Générale]

"Minimales", "insuffisantes" : les mesures annoncées par la Société Générale en décembre, notamment l'engagement à ne plus financer la production de pétrole issu de sables bitumeux, à la veille du One Planet Summit, avaient été jugées bien trop timides par l'association Les Amis de la Terre qui publie ce lundi matin un rapport à charge, "Société Générale, plein gaz sur les fossiles". L'ONG environnementale la qualifie de "super gazière" et de championne du gaz naturel liquéfié (GNL), du méthane refroidi à -161 °C pour atteindre son état liquide, souvent présenté comme "vert" alors que "le gaz est bel et bien une énergie fossile", dont la combustion produit certes moitié moins de CO2 que le charbon mais dont le bilan carbone sur 20 ans serait très mauvais. 

L'association demande notamment à la banque de La Défense de se retirer de son mandat de conseiller financier du projet de terminal d'exportation de gaz de schiste liquéfié Rio Grande LNG au Texas et de double gazoduc Rio Bravo Pipeline, porté par l'entreprise américaine NextDecade.

"Ignorant les impératifs climatiques et injonctions scientifiques, Société Générale persiste à financer à coup de milliards de dollars les énergies fossiles les plus polluantes dans le monde. Elle part à l'assaut d'un marché qui, en dépit du bon sens, est en pleine expansion : l'exportation de gaz, et notamment du gaz de schiste, sous la forme liquide.Société Générale se positionne en leader du secteur aux États-Unis, appuyant la construction de nouveaux mégaprojets de terminaux d'exportation de gaz de schiste liquéfié aux impacts climatiques dramatiques. Détournant les interdictions légales, la banque contribue ainsi à faire arriver le gaz de schiste états-unien en France" écrit l'ONG dans ce rapport.

La Société Générale indique qu'elle a reçu l'association en janvier et lui a répondu dans un courrier adressé début février. Elle y précise  notamment qu'elle "travaille actuellement" à l'intégration des exclusions concernant les sables bitumeux et le pétrole en Arctique "dans [sa] politique sectorielle pétrole et gaz", qui sera rendue publique "dans les prochaines semaines."

Banque française la plus exposée

Les Amis de la Terre étayent leur plaidoyer en rappelant que, parmi les clients de la banque, se trouve l'opérateur texan Cheniere Energy, "qui a déjà signé des contrats avec EDF et Engie pour une exportation en France." L'association cite aussi un communiqué de NextDecade qui relève que Société Générale a été impliquée dans l'intégralité des projets de terminaux GNL autorisés aux États-Unis et a participé dans le monde à 45 opérations dans le secteur du gaz liquéfié. Sur la période 2014-2016, la banque française a "accordé plus de 2,4 milliards de dollars aux entreprises développant ces projets en Amérique du Nord".

"Société Générale [...]est ainsila septième banque internationale et la première française la plus exposée au secteur, loin devant BNP Paribas, Crédit Agricole et Natixis" observe l'ONG.

En décembre, en dévoilant ses engagements sur la production des pétroles issus des sables bitumineux (mais pas sur les activités d'exploration, de distribution, de marketing ou de trading de ce type de pétrole, dont le processus d'extraction est parmi les plus polluants), la Société Générale avait souligné qu'elle se classait "parmi les leaders mondiaux du financement de l'énergie". Or les plus grands contrats ne se trouvent guère dans les énergies renouvelables et peu polluantes. "Pour un banquier, il est toujours très difficile de renoncer à un client" nous confiait récemment le responsable du développement durable d'un établissement concurrent.

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De nouveaux engagements

La Société Générale précise dans son courrier à l'association qu'elle ira plus loin dans la mise à jour de sa politique pétrole et gaz:

"Cet engagement vaau-delà de l'exclusion des transactionsdédiées. Il couvre notamment les financements et services de conseil financier aux entreprises majoritairement impliquées dans l'extraction de sables bitumineux partout dans le monde et de pétrole en Arctique" assure la Société Générale.

Les Amis de la Terre espèrent faire jouer l'esprit d'émulation. L'association montre en exemple BNP Paribas, qui a pris en octobre dernier l'engagement de se retirer de tout le secteur du gaz de schiste, couvrant son exploration et sa production mais aussi son transport et son exportation sous forme liquéfié.

"Avec ces projets d'exportation, Société Générale contribue à faire entrer en France le gaz de schiste que nous avons banni il y a déjà 7 ans. L'hypocrisie est totale : si nous refusons le gaz de schiste en France, ce n'est pas pour le voir arriver par bateau des États-Unis, et avec la complicité d'une banque française" s'indigne Lorette Philippot, chargée de campagne Finance privée aux Amis de la Terre.

En mai dernier, l'organisation écologiste s'était invitée aux assemblées générales d'actionnaires de ces grandes banques, SG, BNP, Crédit Agricole et Natixis. Elle avait organisé un happening devant une agence de la Société Générale à Paris. Au Climate Finance Day organisé début décembre à Bercy, des militants des Amis de la Terre avaient défilé déguisés en escargots en tenue rouge et noire, couleurs de la banque, tandis que d'autres portaient des banderoles "Société Générale à la traîne #StopRioGrandeLNG".

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La banque se défend d'être à la traîne. Elle souligne que sa "politique pétrole et gaz à paraître précisera les critères d'évaluation pour la limitation des fuites de méthane et du brûlage en torchère", un des points soulignés par le rapport de l'Agence internationale de l'énergie (AIE).

Delphine Cuny

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