ENTRETIEN - Ce mardi, Bercy a annoncé avoir réformé le label ISR, avec comme mesure phare l'exclusion des fonds ayant des actifs liés au charbon ou aux hydrocarbures. Philippe Zaouati, fondateur et directeur général de Mirova, acteur français pionnier de la finance verte, réagit à cette décision inattendue dans La Tribune.LA TRIBUNE - Pourquoi êtes-vous surpris sur l'issue de cette réforme du label ISR ?
PHILIPPE ZAOUATI - C'est en effet très inattendu comme nouvelle. Tous les échos que nous avions ces dernières semaines nous ont laissé croire à un recul de la part de Bercy. Le ministère suit finalement les recommandations des acteurs de la Place comme Mirova et Reclaim Finance, en le rendant plus exigeant. Il faut le souligner ici, c'est une vraie décision politique.
Le message est extrêmement clair : pas de finance durable si on continue à investir dans des exploitations pétrolières.
On voit en ce moment certains décideurs politiques aux Etats-Unis qui dénigrent, voire interdisent des fonds ESG sur leur territoire. En étant plus exigeante avec ce label, la France donne un autre message politique, c'est une excellente chose.
Quelles conséquences avec cette nouvelle version du label ISR ?
En excluant les fonds qui possèdent des portefeuilles d'investissement liés aux hydrocarbures, cela aura un impact très fort sur le périmètre des fonds labellisés. Certains vont se retirer, d'autres vont peut-être modifier leur stratégie. Il y aura, certes, moins de fonds dans ce label avec cette réforme. Mais grâce à cela, en étant plus exigeant, le label ISR gagne en force. Un label que tout le monde obtient facilement ne sert pas à grand-chose.
Quels points de progression pour le label ISR, malgré cette réforme ?
Propos recueillis par Mathieu Viviani