Le « Fort Knox » de la Banque de France joue la carte des robots

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Au total, 350 salariés, venant de la Direction nationale, en charge des activités fiduciaires, de la succursale départementale, de Seine-Saint-Denis et d'un service de l'Organisation et Information, travailleront sur le site Paris-La Courneuve.
Au total, 350 salariés, venant de la Direction nationale, en charge des activités fiduciaires, de la succursale départementale, de Seine-Saint-Denis et d'un service de l'Organisation et Information, travailleront sur le site Paris-La Courneuve. (Crédits : Takuji Shimmura)
Le nouveau centre de traitement de billets inauguré à La Courneuve (93) ce mardi est entièrement automatisé. Considéré comme le plus grand d'Europe, ce nouveau coffre-fort, où transiteront tous les flux de monnaie d'Île-de-France et environ 25% des billets en circulation en France, pourra stocker jusqu'à 1,1 milliard de coupures.

Des ors du quartier du Palais-Royal à Paris aux structures modernes de La Courneuve, en Seine-Saint-Denis, la Banque de France change d'atmosphère pour installer son nouveau centre fiduciaire, plus moderne et hautement sécurisé. C'est dans une véritable forteresse urbaine, imaginée par l'architecte Jean-Paul Viguier, que la Banque de France a choisi d'installer son nouveau centre de tri, de comptage et de recyclage de billets, inauguré ce mardi 13 novembre.

L'énorme bâtiment blanc s'étend sur 16.000 m², dans l'ancienne zone industrielle des usines Babcock & Wilcox, à proximité de la gare de cette commune de plus de 40.000 habitants, surplombant l'autoroute A86. Ses façades au design rectiligne en céramique blanche et sa hauteur de 28 mètres ont impressionné les centaines de collaborateurs et visiteurs venus découvrir ce « Fort Knox à la française ».

C'est « le centre fiduciaire le plus important du continent européen », a déclaré le gouverneur de la Banque de France, François Villeroy de Galhau. « Un centre de cette importance stratégique, qui protège nos billets, bénéficie des dernières innovations en matière de sécurité. [...] Il a été conçu pour résister à tous types d'attaques grâce aux multiples lignes de défense et de détentions électroniques de dernières générations », a-t-il affirmé.

Le centre de la rue de Valois, beaucoup plus difficile à sécuriser, sera abandonné avant l'été prochain.

Aussi sécurisé qu'une centrale nucléaire

Dans ce centre déjà surnommé PLC (pour Paris-La Courneuve) par les collaborateurs, ce sont jusqu'à 1,1 milliard de billets de 5 à 500 euros, soit un quart de la circulation fiduciaire nationale, qui seront vérifiés, triés, stockés et empaquetés. Il se doit d'être l'un des sites les plus protégés de l'Hexagone. Selon l'institution, les dispositifs de sécurité seraient comparables « à ceux d'une centrale nucléaire ».

La Banque de France n'a pas lésiné sur les moyens pour préserver l'endroit, dont les accès sont protégés par de multiples barrières et des filets d'acier. Des caméras de surveillance à n'en plus finir, mais aussi des lasers et autres capteurs ont été placés dans tous les recoins du site pour détecter d'éventuelles tentatives d'intrusion. Pas question pour l'institution de revivre l'affaire des billets volés par deux ex-employés en 2014 sur le site de Vic-le-Comte, en Auvergne.

Lire aussi : Banque de France : deux ex-employés jugés pour vol de billets

Ce nouveau centre a nécessité un investissement de 170 millions d'euros. Le chantier avait démarré début 2016.

Banque de France centre fiduciaire

[Des yeux électroniques et des lasers dernières générations pour détecter toute tentative d'intrusion. Crédits : Takuji Shimmura. Cliquez sur la photo pour l'agrandir]

Le tri de billets à l'ère de l'automatisation

A l'intérieur, la Banque de France, qui affirme que ce nouveau bâtiment doit permettre d'offrir à ses 120 agents des conditions de travail optimales, prouve qu'elle est entrée de plain-pied dans l'ère de l'automatisation.

Des tapis roulants interminables pour faire circuler les cartons de billets entourent une première salle, où les collaborateurs ont été accueillis pour démarrer la visite guidée des lieux. Des bras robotiques, ainsi que des chariots automatiques chargés de convoyer les colis, qui ont d'ailleurs déjà laissé des traces au sol dans l'une des zones de travail, s'animent pour une démonstration aux visiteurs.

Banque de France centre fiduciaire

[Trieuse de paquets de billets. Crédits : Nicolas Facchini. Cliquez sur la photo pour l'agrandir]

La pièce maîtresse de cette forteresse reste la « serre », l'immense réserve de billets de la Banque de France, mesurant plus de 25 mètres de haut, dotée d'une capacité de stockage de plus de 10.000 demi-palettes.

Les robots d'Alstef, spécialiste de la logistique automatisée, se déplacent à vive allure entre les quatre allées où se dressent des étagères géantes sur 11 niveaux. Ils sont chargés du stockage et du déstockage, du rangement et de l'extraction des palettes. « C'est Star Wars ! », entend-on dans la foule composée principalement d'employés en charge des activités fiduciaires. L'une des pièces est même interdite aux humains.

La visite s'achève dans le nouvel atelier de tri, où des machines déjà utilisées dans les anciens locaux ont pris leur place. Alimentées par les agents, elles broieront les billets usagés et mettront de côté les coupures suspectes.

« Un œil humain doit examiner à la fin s'il s'agit bien de faux billets », précise le guide qui rappelle que les fausses coupures sont rares dans la zone euro.

Le centre compte huit ateliers organisés de la même manière.

Banque de France centre fiduciaire

[Un robot de "palettisation/dépalettisation". Crédits : Nicolas Facchini. Cliquez sur la photo pour l'agrandir]

Le cash a toujours sa place

Avec ce bâtiment flambant neuf, la Banque de France veut prouver que le cash a toujours sa place. Le gouverneur a révélé que l'Allemagne et la Belgique vont se doter prochainement d'équipements similaires. Mais, selon lui, la France reste « pionnière » parmi les pays de la zone euro.

« Cet investissement très significatif témoigne de notre confiance dans la pérennité de la monnaie fiduciaire. [...] Le moyen de paiement le plus utilisé aujourd'hui est le billet, qui représente plus de 68% des transactions en France. La monnaie fiduciaire est d'ailleurs le moyen de paiement qui inspire le plus confiance en cas de crise », a affirmé dans son discours François Villeroy de Galhau, qui reconnaît tout de même que « l'usage des espèces s'érode ».

L'arrivée du centre fiduciaire marque également une renaissance du quartier. Présent lors de l'inauguration, le maire (PC) de La Courneuve, Gilles Poux, n'a pas manqué de rappeler que le paysage alentour va subir des transformations avec les projets d'aménagement du Grand Paris. Au total, 335 salariés, venant de la Direction nationale, en charge des activités fiduciaires, de la succursale départementale de Seine-Saint-Denis et d'un service de l'Organisation et Information, travailleront sur le site lorsqu'il sera pleinement opérationnel en mai 2019, selon le gouverneur de la Banque de France.

Banque de France centre fiduciaire

[L'architecte Jean-Paul Viguier a imaginé une véritable forteresse urbaine, avec un coffre-fort ultra-sécurisé de 27m de hauteur. Crédit : Takuji Shimmura. Cliquez sur l'image pour l'agrandir].

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Commentaires
a écrit le 15/11/2018 à 13:30 :
On a installé notre réserve de billets dans le département qui compte le plus de pauvres en France.
Réponse de le 15/11/2018 à 16:32 :
@greg
Et?
C'est aussi moins cher qu'à Paris où il n'y a plus de places disponibles.
Décentralisation, la construction de ce fort ultra moderne a déjà tiré le quartier vers le haut !
Les commerçants aux alentours ne s'en plaindront certainement pas, comme les élus de la commune et du département.
a écrit le 15/11/2018 à 12:52 :
Le 93 était-il le département le plus sécuritaire à choisir???
Réponse de le 15/11/2018 à 17:49 :
Les plus gros délits financiers sont commis dans les Haut-de-Seine.
A coté, les petites frappes de banlieue du 93 sont des amateurs.

Ce qui m'amuse c'est que toute cette quincaillerie est manipulable à distance, ce qui veut dire qu'un jour quelqu'un en prendra le contrôle.

Dans le meilleur des cas, il s'amusera a faire des tas de billets de valeur différente. Dans le pire il détruira la moitié de la réserve avant que le personnel (s'il en reste) puisse réagir.

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