Paiement instantané : Mastercard réalise sa plus grosse acquisition à près de 3 milliards de dollars

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Mastercard, numéro deux mondial des cartes de paiements, veut devenir un acteur du paiement multi-rail.
Mastercard, numéro deux mondial des cartes de paiements, veut devenir un acteur du paiement "multi-rail". (Crédits : Benoit Tessier)
Mastercard, numéro deux mondial des cartes de paiements, poursuit ses emplettes. Le géant américain a mis 2,85 milliards de dollars sur la table pour s’offrir la division "paiement instantané" du danois Nets.

L'industrie des paiements n'en finit pas de se transformer. Alors que la Fintech suédoise Klarna vient de lever 460 millions de dollars, le spécialiste danois des paiements électroniques Nets a annoncé le même jour, mardi 6 août, le rachat d'une partie de ses services par l'émetteur de cartes bancaires américain MasterCard, pour la modique somme de 2,85 milliards d'euros. La transaction doit encore être soumise aux autorisations réglementaires avant d'être finalisée au cours du premier semestre 2020.

Cette acquisition, la plus importante de l'histoire de Mastercard, donne au réseau de cartes l'infrastructure pour les paiements en temps réel entre comptes bancaires en Europe, ainsi qu'une suite d'applications et services associés, rapporte le Financial Times. Dans les détails, l'acquisition comprend "les services de compensation et de paiement instantané et les solutions de facturation électronique". Pour étendre ces solutions de paiement au-delà de son "empreinte géographique" existante, Nets avait besoin "des capacités d'un leader mondial", a fait valoir son PDG, Bo Nilsson, dans un communiqué.

De la carte bancaire au paiement "multi-rail"

Pour MasterCard, cette opération s'inscrit dans le cadre d'une stratégie plus vaste qui consiste à ne plus être qu'un acteur pur et dur de la carte bancaire, mais à devenir un acteur du paiement "multi-rail" au service des commerçants, des banques et des gouvernements.

"Cet accord renforce notre position unique en tant que partenaire centralisé pour tous les besoins de paiement des banques, des commerçants ou des gouvernements", a déclaré Michael Miebach, chef de produits et responsable de l'innovation pour le groupe américain, cité dans un communiqué conjoint.

"Il y a trois ou quatre ans, nous avons décidé qu'il était important de donner aux [clients] le choix en matière de paiements - pas seulement les cartes... La moitié des paiements s'effectuent directement d'un compte bancaire à l'autre, et pour nos partenaires bancaires, nous voulons être un guichet unique pour tous les paiements ", a-t-il précisé au Financial Times. L'univers des paiements en temps réel évolue si rapidement que la construction de sa propre technologie, plutôt que de l'acquérir, prendrait trop de temps, a-t-il ajouté.

Cette année, Mastercard a mis la main sur d'autres acteurs du paiement. Le géant américain s'est ainsi offert Transfast, une société de transfert d'argent basée à New York, puis la société américaine de paiement au point de vente Vyze. Le montant des deux opérations est resté confidentiel.

Nets, un leader scandinave

Le groupe Nets est né en 2010 de la fusion du danois PBS Holding avec son concurrent norvégien Nordito. Il détient en particulier Dankort, la marque de cartes de débit la plus répandue au Danemark. En 2014, il avait été vendu par des banques scandinaves (la danoise Danske Bank, la norvégienne DNB, la suédoise Nordea et la Banque centrale du Danemark) à un consortium de fonds emmenés par Advent International, Bain Capital et le fonds de pension danois ATP.

L'année dernière, Evergood 5, une société contrôlée par le fonds d'investissement américain Hellman & Friedman, a officiellement acquis Nets. Le leader scandinave avait ensuite annoncé son rapprochement avec le groupe allemand Concardis, dans le cadre d'une opération de plus de 5 milliards d'euros afin de donner naissance à un des "leaders européens du paiement".

Nets, qui revendique comme clients 400.000 commerçants, 240.000 entreprises et 240 banques dans les pays nordiques et dans le reste de l'Europe, emploie quelque 3.500 personnes. Lors de la fusion avec l'allemand Concardis, le groupe représentait 1,3 milliard d'euros de chiffre d'affaires annuel et affichait 500 millions d'euros d'excédent brut d'exploitation (Ebitda).

Course à la taille

La croissance ininterrompue dans le secteur des systèmes de paiement alimente depuis quelques années une série de fusions et acquisitions. En effet, les acteurs du paiement se livrent une course à la taille pour mutualiser les investissements dans le numérique et faire face aux nouveaux entrants du secteur. Le français Worldline, filiale d'Atos, a annoncé en mai 2018 le rachat pour 2,3 milliards d'euros, du suisse Six Payment, auquel Nets s'était intéressé. Le géant américain PayPal, quant à lui, mis la main sur le suédois iZettle avant qu'il n'entre en Bourse, moyennant 2,2 milliards de dollars, sa plus grosse acquisition jamais réalisée. En 2017, le français Ingenico avait mis 1,5 milliard d'euros  sur la table pour s'offrir le suédois Bambora.

(Avec AFP et Reuters)

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