Les frégates de taille intermédiaire se jettent à l'eau

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Le programme FTI permettra en 2029 de constituer, avec les deux frégates de défense aé.rienne Horizon (FDA) et les huit frégates multi-missions (FREMM), le format des 15 frégates de premier rang
Le programme FTI permettra en 2029 de constituer, avec les deux frégates de défense aé.rienne Horizon (FDA) et les huit frégates multi-missions (FREMM), le format des 15 frégates de premier rang (Crédits : DCNS)
A l'occasion du salon Euronaval, le ministre de la Défense Jean-Yves Le Drian va lancer le programme des frégates de taille intermédiaire (FTI). Un programme estimé entre 3,5 et 4 milliards d'euros pour cinq navires, développement compris.

Tic-tac, tic-tac, tic-tac... Encore un jour à attendre. Et ce sera bientôt le show de Jean-Yves Le Drian, le ministre de la Défense qui va annoncer mardi au salon Euronaval le lancement du programme Frégates de taille intermédiaire (FTI) estimé entre 3,5 et 4 milliards d'euros pour cinq navires de guerre, développement compris, selon nos informations. Ce qui fait tiquer pas mal les armées, qui auraient préféré pour des raisons budgétaires continuer le programme des frégates multi-missions (FREMM) avec trois bâtiments de plus, dont le développement est déjà payé. C'est d'ailleurs ce qui était initialement prévu.

"On aurait préféré trois FREMM moins chères que cinq FTI", explique-t-on à La Tribune. La notification du contrat devrait intervenir en 2017, sans doute avant avril. Parallèlement, le ministère va lancer le programme de rénovation des frégates dites La Fayette (FLF), mises en service entre 1996 et 2001, en attendant l'arrivée des premières FTI à partir de 2023.

8 FREMM livrées d'ici à 2022?

Le programme FTI permettra en 2029 de constituer, avec les deux frégates de défense aérienne Horizon (FDA) et les huit frégates multi-missions (FREMM), le format des 15 frégates de premier rang défini par le Livre blanc sur la défense et la sécurité nationale de 2013.

"Je maintiens la livraison à la Marine nationale de six FREMM anti sous-marines, d'ici à fin 2019, selon le plan fixé par la LPM", avait expliqué en mai 2015 le ministre.

Ensuite, d'ici à 2022, deux autres frégates FREMM anti sous-marines devront être livrées. Ces dernières disposeront d'une "capacité de défense anti-aérienne renforcée, par rapport aux premières. Elles seront suivies, dès 2023, par la livraison des cinq frégates de taille intermédiaire prévues", avait détaillé fin mai 2015 le Délégué général pour l'armement, Laurent Collet Billon, auditionné à l'Assemblée nationale

Export et BITD

Pourquoi alors les FTI dont les navires affichent un déplacement de 4.000 tonnes (contre 6.000 tonnes pour la FREMM) ? Pour deux raisons. L'une liée à l'exportation : les FREMM, qui devaient s'exporter, ne s'exportent pas finalement aussi bien que prévu. L'autre liée au maintien des bureaux d'études de DCNS et de Thales : "Les FTI sont une opération BITD (Base industrielle et technologique de défense, ndlr)", estime-t-on. Jean-Yves Le Drian avait été très clair en mai 2015 : "Au-delà de l'enjeu majeur pour notre Marine, il s'agit bien aussi d'un choix de politique industrielle", avait-il estimé lors d'un déplacement sur la base aéronautique navale de Lann-Bihoué. C'est d'ailleurs un programme cher à Jean-Yves Le Drian.

Le lancement du programme va donner au groupe naval et à l'ensemble des sous-traitants "une visibilité significative dans leurs plans de charge (tant en ingénierie qu'en production)", avait expliqué le ministre. Ce qu'avait souligné également le délégué général : "cette opération présente un intérêt évident pour alimenter les bureaux d'études, qui autrement seraient restés à sec. La perspective est donc vertueuse au regard du maintien des capacités industrielles comme militaires, les frégates FTI étant d'un haut niveau". La FTI sécurisera donc à la fois la production à Lorient et les bureaux d'études de DCNS et de Thales dans le domaine naval.

Renforcement de l'offre française à l'export

"La réduction du nombre de FREMM à huit permet de dégager des crédits nécessaires au développement du programme FTI", avait assuré aux députés Laurent Collet-Billon. L'idée de la frégate de taille intermédiaire a été lancée il y a environ quatre ans en raison de la difficulté par les industriels et la France à exporter la FREMM, qui s'est pourtant vendue au Maroc, puis en Égypte. Toutefois la FTI "correspond en réalité au tonnage en vigueur sur les marchés à l'exportation", avait précisé Laurent Collet-Billon. Un format qui correspond beaucoup plus que les FREMM au marché export à l'image des frégate La Fayette (6 vendues à Taïwan puis à Singapour et 3 à l'Arabie Saoudite).

"L'analyse de la DGA, menée en collaboration avec DCNS et son partenaire Thales, a démontré le besoin d'un renforcement d'une offre française à l'export, qui soit complémentaire du produit FREMM", avait expliqué fin mai 2015 le ministre. "L'enjeu est aussi de pouvoir nous différencier au plan technologique, d'ici à dix ans, d'une concurrence mondiale concentrée sur le créneau des frégates de taille intermédiaire, avec le lancement de projets similaires en Espagne, Italie, et Allemagne notamment".

La Marine voulait les FTI

Le programme FTI revient de très, très loin. Il n'aurait certainement jamais vu le jour si la France avait souhaité se doter comme prévu de 11 FREMM. "Si nous avions choisi 11 FREMM en plus des deux FDA (frégates Horizon, ndlr), il nous aurait fallu deux frégates supplémentaires. Or je ne crois pas à une série de deux unités : la rupture de capacité aurait été définitive", avait expliqué en octobre 2015 l'ancien chef d'état-major de la Marine, l'amiral Bernard Rogel. D'où le plan de 8 FREMM, deux FDA et 5 FTI afin que la Marine dispose de 15 frégates de premier rang.

"Le plan que nous avons retenu offre donc la meilleure solution. Il permet à la fois de respecter l'enveloppe budgétaire, de doter la marine de quinze frégates de premier rang et d'augmenter la prestation export de l'industrie française", avait souligné l'amiral Rogel.

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a écrit le 18/10/2016 à 0:51 :
Depuis la seconde guerre mondiale, les classes de navire situées entre les portes avions et les frégates( ou destroyers) ont disparu : plus de cuirassés, plus de croiseurs. Il n'y a plus que des petits bateaux. Certes on peut dire que l'aviation a rendu ces mastodontes vulnérables, ainsi que les missiles. Sauf que les portes avions sont tout aussi vulnérables dans ce cas. On préfère dépenser des millions pour un missile perdu en un seul tir alors que des obus, dont la trajectoire peut être beaucoup mieux contrôlée de nos jours grâce aux moyens informatiques, coûteraient bien moins chers pour une efficacité équivalente. Il ne faut pas oublier qu'en matière militaire, l'économie de ressources (hommes ou matériel) permet la victoire. Le coût/ efficacité est essentiel. Dépenser des millions pour aboutir à quelques avions ou missiles là où des avions à peine moins élaborés mais coûtant beaucoup moins chers permettrait de saturer le ciel par exemple apporterait une victoire plus certaine bien que moins flamboyante. Les américains en sont un exemple : leurs fameux bombardiers furtifs n'ont été qu'un coup de com sans intérêts. Tellement chers, qu'ils ont été construit à très peu d'exemplaires ce qui a réduit à néant leur intérêt militaire...
a écrit le 17/10/2016 à 20:44 :
Les Ministres qui ont précédé Le Drian étaient incapables de gérer correctement leurs dossiers. Je crains que le prochain Ministre ne soit pas à la hauteur de la tâche. L'idéal serait que Le Drian poursuive son action, ce qui ne serait pas totalement impossible avec le prochain Président, A. Juppé, qui est plutôt de Centre Gauche.
Réponse de le 17/10/2016 à 22:47 :
En total accord avec vous, Le Drian est certainement l'un des meilleurs ministres que nous avons (ou que nous avons eu) et il restera comme un homme de dossiers qui connait parfaitement son affaire. Je me demande souvent pourquoi ce n'est pas lui qui a été choisis au sein du PS pour représenter son camp. Peut être pour une autre fois...
a écrit le 17/10/2016 à 16:55 :
Des frégates performantes (toutes) équipées de missiles de croisières MdCN feront l'affaire à condition de ne pas encore amputer un programme déjà réduit au format minimum !
a écrit le 17/10/2016 à 15:02 :
bien spécifier qu'elles doivent pouvoir naviguer dans les mers du Sud (cf. frégates T 45 anglaises qui tombent en panne dans les mers "chaudes").
a écrit le 17/10/2016 à 14:39 :
Confiance totale en Le Drian et son équipe pour prendre les bonnes décisions !
a écrit le 17/10/2016 à 12:32 :
A l' image du rafale , du très beau matériel que peu de pays peuvent se payer donc le choix de frégates plus petites est très certainement commercial .
a écrit le 17/10/2016 à 11:52 :
En lisant l'article on s'aperçoit que les 3 dernières FREMM étaient payées. Pourquoi alors vouloir acheter contre l'avis de nombreux marins, 5 FTI qui n'auront certainement pas les mêmes valeurs militaires que les FREMM.
Le Driant étant ministre des Armées,l'amiral Rogel étant devenu conseiller du président de la république et Le Guillou pdg de DCNS tous trois bretons, n'est-ce pas plustôt une question politique pour conserver un électorat de gauche en Bretagne
a écrit le 17/10/2016 à 11:48 :
Maman, les p'tits bateaux qui vont sur l'eau ont-ils des jambes ?
Mais oui mon gros béta s'ils n'en avaient pas, ils ne marcheraient pas.
a écrit le 17/10/2016 à 8:40 :
les fregates c'est bien mais un porte avions en plus serait mieux quand on voit le peu ou il sort et le temps qu'il passe en entretient de quoi s'interroger!!!! les autres pays rigolent doucement
Réponse de le 17/10/2016 à 10:15 :
Les portes avions sont devenues hors de prix . Qui dit porte avions, dit groupe aéronavale supplémentaire (car un porte avion ne sort jamais sans ses gardes du corps ) et surtout ça demande l'achat de 30 Rafales M supplémentaires, surtout quand tu vois la différence de prix entre un Rafale M et un Super étendard.... Bref on n'a pas les moyens...Quand aux autres pays, ils n'ont pas de quoi faire les fière, à part les américains et bientôt la Royal Navy et la Chine, personne ne peut revendiquer d'avoir des portes avions .
Réponse de le 17/10/2016 à 11:45 :
je partage vos 2 analyses, à savoir qu il nous faut absolument un deuxième porte avion, mais que ça demande d'autres investissements liés et que ça coute les yeux de la tête. Quand on regarde le budget de la défense, ce qui nous coûte un bras c'est la dissuasion nucléaire. N'est il pas possible de couper dans ce budget, sans la remettre trop en cause. Entre sous marins, avions, missiles, on a de quoi les balancer et qu'importe à un moment donné de faire des bombes X fois plus puissantes...Un avis éclairé?
Réponse de le 17/10/2016 à 14:08 :
La force nucléaire comportait 3 dimensions. Les missiles du plateau d'albion n'existe plus, le nombre d'avion affecté à la dissuasion a fortement baissé.
Le problème n'est pas le coût de la force nucléaire mais que le budget de la défense est passé de 2.5 à 1.7% du budget national.
Réponse de le 17/10/2016 à 22:35 :
Je suis et je le reste encore, attaché à ce 2ème porte avions, mais nous nous sommes fais rouler dans la farine par la perfide Albion (qui n'a jamais aussi bien porté son nom) et comme disent les autres intervenants, cela coûte un œil... Et reste le problème du budget, même si il remonte et se maintient au environ de 1,7/1,8% du PIB, cela n'est pas suffisant. Il faudrait à minima qu'il se fixe à 2% du PIB et encore ça ne serait qu'un début...
Réponse de le 18/10/2016 à 5:42 :
Non ce qui nous coûte un bras ce sont les sous traitants. Quand on pense que le charles de gaulle coûte 15 mds de construction contre 4 pour le futur queens elisabeth.... donc pour un charles de gaulle on pourrait en faire trois. A méditer.....
a écrit le 17/10/2016 à 7:47 :
On diminue pratiquement chaque année nos ambitions en terme de flotte et de construction de navires de guerre, et on est contents...

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