L'alliance Renault-Nissan est-elle morte, comme le prétend Carlos Ghosn ?

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Lors de sa conférence de presse donnée début janvier depuis le Liban, pays où il est réfugié, Carlos Ghosn a vivement critiqué l'alliance Renault-Nissan, qualifiée de mascarade.
Lors de sa conférence de presse donnée début janvier depuis le Liban, pays où il est réfugié, Carlos Ghosn a vivement critiqué l'alliance Renault-Nissan, qualifiée de "mascarade". (Crédits : Reuters)
Gilles Le Borgne, nouveau chef R&D de Renault et transfuge de PSA, refuse de le croire. Il s'apprête à rencontrer ses homologues de Nissan pour parler projets communs. Jean-Dominique Senard, président du groupe au losange, veut pour sa part croire en un "nouveau départ" pour l'alliance.

Le nouveau patron de l'ingénierie de Renault sera cette semaine au Japon pour rencontrer ses homologues de Nissan, à quelques jours de l'annonce d'un retour aux sources de l'alliance pour rassurer sur l'état de santé du partenariat franco-japonais, ont dit à Reuters deux sources proches du groupe au losange.

Gilles Le Borgne, nommé le 6 janvier à un poste identique à celui qu'il occupait huit mois plus tôt chez PSA, rencontrera notamment Tsuyoshi Yamaguchi, l'un des artisans de la célèbre Nissan Leaf électrique et aujourd'hui en charge de la convergence des ingénieries de l'alliance Renault-Nissan-Mitsubishi.

Les deux hommes ont déjà échangé par vidéo, a précisé une des sources, signe selon elle que le dialogue entre les ingénieurs français et japonais, qui a fait les beaux jours de l'alliance, est loin d'être rompu malgré la crise provoquée par la disgrâce de l'ex-PDG Carlos Ghosn et la dégradation des ventes.

"L'alliance a pris un coup mais les équipes d'ingénierie alliance sont toujours présentes", a dit une autre source proche de Renault-Nissan. "On ne peut pas arrêter du jour au lendemain des choses engagées autant en profondeur."

"Nouveau départ"

Sur les six nouvelles directions communes de 2018, cinq sont encore en place: l'ingénierie, la fabrication, les achats, l'après-vente et le business développement. Cette dernière fonction est assurée par Hadi Zablit, tout nouveau secrétaire général de l'alliance chargé de coordonner les grands projets qui doivent être annoncés jeudi lors du prochain conseil opérationnel de Renault-Nissan-Mitsubishi au Japon.

Seule la direction commune de la qualité est revenue aujourd'hui dans le giron de chaque partenaire.

Comme le président de Renault, Jean-Dominique Senard, l'a laissé entendre ces dernières semaines, le conseil de l'alliance compte relancer entre les partenaires les échanges de cadres qui ont constitué le ciment du partenariat scellé en 1999 et permis de surmonter les différences culturelles et la concurrence entre les centres de R&D français et japonais.

"L'alliance est en train de prendre un nouveau départ. Nous retrouvons aujourd'hui l'esprit d'origine. Les vieux ménages, ça prend parfois des difficultés et puis ça reprend et je crois que 20 ans, c'est une forme de maturité", a dit Jean-Dominique Senard jeudi sur France 2 depuis le Forum économique mondial de Davos.

Lire aussi : Renault : Jean-Dominique Senard sera-t-il l'homme de la situation ?

Préférant au passage se référer, parmi les fondateurs de l'alliance, à Louis Schweitzer qu'à Carlos Ghosn, Jean-Dominique Senard répondait ainsi aux critiques de l'ancien homme fort de Renault-Nissan qui a moqué, après sa fuite du Japon, une alliance de "mascarade".

Dégager de nouvelles synergies

Le retour aux sources passera également par la relance de projets industriels communs susceptibles d'améliorer l'efficacité opérationnelle de l'alliance et de ses partenaires, tous deux ébranlés l'an dernier par plusieurs révisions à la baisse de leurs objectifs de ventes et de marges.

L'ambition est de dégager de nouvelles synergies. Si la question de l'avenir du haut de gamme de Renault (Espace et Talisman) sur la plateforme commune CMF-C/D reste entière, le nouveau programme électrique de l'alliance, en cours de déploiement, est cette fois totalement commun contrairement aux doublons des premières générations de Leaf et Zoé.

Selon plusieurs sources, le moteur électrique et le réducteur, dessinés au Technocentre de Renault, verront leur production inaugurée chez Nissan, et la plateforme accouchera cette année du crossover Nissan Ariya, suivi coup sur coup les deux années suivantes de modèles Renault.

Frictions sur l'hybride

En revanche, les partenaires ont à nouveau travaillé dans plusieurs directions sur leur premier programme hybride alliant motorisations essence et électrique.

"Les synergies fonctionnent bien maintenant dans l'électrique, mais c'est l'hybride qui constitue un des points faibles de l'alliance, car les synergies ne sont pas à la hauteur", observe Romain Gillet, analyste automobile chez IHS Markit.

Renault lance ainsi cette année son hybride "E-Tech", fruit de l'expertise historique du groupe au losange dans les boîtes de vitesse, tandis que Nissan a développé de son côté pour l'Asie le système "e-Power", de conception totalement différente.

Le troisième partenaire Mitsubishi, dans l'industrie l'un des précurseurs de l'hybridation électrique des véhicules, propose quant à lui sur l'Outlander sa propre architecture traditionnelle.

"Cela a fait partie des sujets de friction", ajoute la source proche de l'alliance. "Mais maintenant que les trois objets sont là, il va falloir les utiliser de la manière la plus efficiente possible."

Nissan embarquera l'E-Tech Renault sur son petit SUV Juke tandis que Renault pourrait utiliser l'e-Power de son partenaire nippon sur son Kadjar, notamment en Asie, selon une source proche de Renault, une source proche de l'alliance et une source industrielle. Nissan proposera également en Europe son e-Power pour remplacer le diesel sur le Qashqai.

Interrogé sur les annonces de jeudi prochain, Renault et Nissan France se sont refusé à tout commentaire.

Lire aussi : Renault-Nissan: Carlos Ghosn a-t-il été le si bon patron qu'il prétend ?

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Commentaires
a écrit le 28/01/2020 à 11:57 :
Il faut une vraie fusion d'égal à égal.
Renault a la force et le mérite historique du sauvatage de Nissan incorporés dans sa participation de 43% et a une très bonne ingénierie (Technocentre mais pas seulement, voir la Kwid en Inde), Nissan a la force de ses volumes, de sa presence sur les marchés asiatiques et américain et de sa technologie. Sur les hybrides les deux ont des solutions interessantes.
Le réequilibrage est donc necessaire et Ghosn (excellent cost-killer, mais pas un amoureux de l'automobile) ne peut pas s'en plaindre parce que au niveau industriel et commercial sous sa gestion Renault s'est affaibli (en privilegiant le low cost de Dacia) et Nissan renforcé et donc il ne pourra pas déplorer les effets dont il a chéri les causes.
a écrit le 28/01/2020 à 11:21 :
Juste avant l'arrestation de Carlos Ghosn, l'action Renault valait presque 66 Euros. 34 aujourd'hui. Perte de près de 50% de la valeur. Nissan ne fait pas mieux. 20 milliards (ou plus) parti en fumée. Alors oui il y a surement des choses qui s'écroulent et certain feraient mieux de se concentrer sur l'avenir industriel, que de vérifier qui a payer le gâteau d'anniversaire a Versailles.
a écrit le 28/01/2020 à 7:52 :
Il y en a beaucoup qui pensent que tout s'écroule autour d'eux alors qu'en réalité c'est bien eux qui s'écroulent. Ce n'est qu'une question de relativité.
a écrit le 27/01/2020 à 12:54 :
je pense à croire , et je crois que le dit Ghosn veux mettre dans les esprits faible et non réfléchis la zizanie afin de faire croire que Nissan est foutu et que lui est dans l'innocence total ,je dit foutaise comment croire un menteur invétéré, un manipulateur , un évadé fugitif ,un hors la loi ,à ses trousse la justice Japonaise ,INTERPOL , Ghosn se crois à l'abri au Liban ,grosse erreur , le Liban est en ruine tout le monde peut rentrée, il faut le faire le couple est sous le coup de la justice )=)=)))=)=)=
a écrit le 27/01/2020 à 12:44 :
la seule base solide d'une alliance c'est la confiance ; pas sûr que les japonais aient ce sentiment envers un partenaire sous la coupe d'un Etat étranger versatile sans compétence industrielle .
a écrit le 27/01/2020 à 11:28 :
j aurais tendance à penser que au contraire, le potentiel dans les années a venir est assez important......avec des technologies en particulier dans l hybride sur lesquels il y a une vraie avance, toutes technologies confondues par rapport à la concurrence, entre ce que fait nissan, ce que va faire renault et le Phev mitsu..... qui donne l impression d être très efficient à un prix de marché assez abordable.....
si on regarde les 30 km en tout electrique des PSA..... et les 55 actuels de l outlander...(mais il fonctionne plus comme un prolongateur) dont on dit qu ils passeront à 70......il y a un vrai boulot a faire chez l alliance.....mais la matière est la....
et Nissan est entrain de totalement renouveller ses gammes.....
a écrit le 27/01/2020 à 11:15 :
comme l'elite francaise il se croit indispensable
et unique dans toute organisation ou entreprise de la societe
voir celle des elus bien que interdit de cumul des mandat elle cumil avec des postes dans le prive qui devient un veritable conflit d'intérêts
a écrit le 27/01/2020 à 10:50 :
Tant que l'Etat français maintiendra son contrôle étroit sur Renault avec son droit de vote double (1/3 des voix), l'alliance aura du ma à redécoller. Le sous-jacent des participations croisées ne fait pas sérieux : alliance sans capital. L'article montre bien que Nissan + Mitsubishi sont devenus techniquement et stratégiquement dominants. La nationalisation provisoire est parfois une sortie par le haut.,
Réponse de le 27/01/2020 à 11:24 :
Les français ne vont pas donner leurs billes à nissan qu' ils ont sauvé hier, c' est du grand n' importe quoi. Je rentre chez toi et j' emporte tes meubles tu seras d' accord ?!
a écrit le 27/01/2020 à 10:15 :
A force d'être encensé par tous le pépére Ghosn, sa femme et sa fille étaient hors sol, ils ne sont toujours pas redescendus..... Dans 50 ans on ne se souviendra même plus de lui....si ce n'est pour tout cet argent qu'il a su capter ..... pour le seul plaisir de s'en mettre légalement ou illégalement dans les poches encore et encore...plus....
Réponse de le 27/01/2020 à 10:51 :
50 annees ne seront pas necessaires. Il est deja oublie. La preuve, la synergie est tjrs la.
a écrit le 27/01/2020 à 9:16 :
"Quand je ne veux pas que l'on parle de moi je jette un chat mort sur la table et tout le monde parle du chat mort."

Mais à son niveau c'est mauvais signe par contre... et c'était ça notre grand patron européen ? Notre soit disant génie des affaires ?!

Ben la situation est encore bien pire que je ne l'imaginais hein...

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