Stop ou encore pour le numéro 1 mondial des phares antibrouillard ? La communauté économique normande se mobilise pour empêcher la fermeture de la verrerie Holophane, installée aux Andelys dans l’Eure depuis un siècle. Récit d’une opération de la dernière chance.Il faut sauver le soldat Holophane. Depuis plusieurs mois, se joue dans l'Eure une véritable saga au profit d'un fleuron industriel. Avec dans les rôles titres tout ce que le département compte de responsables économiques et politiques. Du préfet aux dirigeants d'entreprises en passant par les élus, les responsables des Chambres consulaires et les cadres et salariés de la verrerie, pas un acteur ne manque au générique.
Tous mouillent la chemise pour empêcher la fermeture définitive du leader mondial de la fabrication de phares antibrouillards et numéro 2 des lentilles pour l'éclairage automobile. « J'ai rarement vu un tel élan et une telle mobilisation, relève Delphine Wahl, directrice de la CCI de Normandie. Personne ici ne veut voir disparaître ces savoir-faire uniques au monde dans le verre pressé et l'optique».
Coup de tonnerre
L'histoire remonte à novembre dernier lorsque Holophane (340 salariés dont une centaine en Chine) est placée en redressement judiciaire puis mise en vente par son actionnaire, le fonds AIAC - American Industrial Acquisition Corporation. L'entreprise qui exporte 90% de sa production n'a pas résisté à la flambée des prix de l'énergie qui a fait bondir sa facture à plus de 10 millions d'euros. Fragilisée par le déclin inexorable des phares en verre remplacés par leurs équivalents en polycarbonate, elle a aussi pâti d'un désaccord avec l'équipementier Valeo. « La direction a engagé imprudemment un bras de fer avec l'un de ses principaux clients et elle a perdu », rapporte un bon connaisseur du dossier.
L'annonce du dépôt de bilan résonne comme un coup de tonnerre dans la petite ville des Andelys (8.000 habitants) où la verrerie a pris ses quartiers, un siècle plus tôt en 1921. Dernier gros employeur de cette commune enclavée marquée par le déclin de l'industrie textile, l'usine est aussi vénérée que les ruines du château Gaillard qui la domine. Tous les habitants connaissent son four monumental capable de cracher 80 tonnes de verre par jour. En plein débat sur la réindustrialisation, la nouvelle ébranle aussi le microcosme.