À New York dévastée par le Covid-19, l'exode urbain a débuté, alentour l'immobilier flambe

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Des employés déplacent une pile de nouveaux cercueils d'un entrepôt vers un camion de livraison, le 24 avril 2020, dans le quartier de Brooklyn, à New York, extrêmement touchée par la pandémie de coronavirus (COVID-19).
Des employés déplacent une pile de nouveaux cercueils d'un entrepôt vers un camion de livraison, le 24 avril 2020, dans le quartier de Brooklyn, à New York, extrêmement touchée par la pandémie de coronavirus (COVID-19). (Crédits : Reuters)
New York, la ville la plus touchée par le Covid-19 aux États-Unis, dénombre 22.795 décès à ce jour depuis le début de la pandémie, et 32.350 dans tout l'État de New York (des chiffres à comparer avec le bilan total de la France: 30.029 à ce jour). "Je n'étais pas prêt à partir", se souvient Nick Barnhorst lorsqu'il se revoit en février. Mais, en quelques semaines, il change radicalement d'avis, sa femme est tombée enceinte de son troisième enfant et le coronavirus ravage la ville. D'un seul coup, "c'est devenu: il faut se barrer d'ici le plus vite possible". D'autres facteurs, comme le télétravail, ont encore accéléré ce phénomène d'exode urbain qui, par ricochet, est en train de bouleverser le marché immobilier.

Le traumatisme de la pandémie a déjà poussé de nombreux New-Yorkais à quitter définitivement la ville au plus vite, laissant de nombreux appartements vides et faisant flamber les prix de l'immobilier autour de la métropole.

"Je n'étais pas prêt à partir", se souvient Nick Barnhorst lorsqu'il se revoit en février. A 41 ans, à New York depuis 11 ans, amoureux de la ville, il songeait bien à un déménagement, mais pas avant un an au moins. En l'espace de quelques semaines, sa femme est tombée enceinte de son troisième enfant et le coronavirus a ravagé New York. D'un seul coup, "c'est devenu: il faut se barrer d'ici le plus vite possible".

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[ Le 26 avril 2020, à New York, dans le Queens, la chambre funéraire Gerard J. Neufeld est saturée de cercueils de personnes décédées à la suite de l'épidémie de coronavirus. Ces cercueils -un simple emballage en carton soutenu par un plateau en bois- reposent chacun sur deux sièges face à face en guise de socle funéraire. Photo: Bryan R. Smith / Reuters ]

Lire aussi : Covid-19: l'épidémie hors de contrôle aux États-Unis où l'on redoute une explosion à 100.000 nouveaux cas par jour

"Rien de ce qui fait que New York est New York ne fonctionne"

La semaine prochaine, Nick devrait signer l'acte de vente d'une maison située à Mamaroneck, ville cossue au nord de New York.

"J'avais toujours imaginé que partir serait un déchirement", dit ce Californien d'origine, "mais aujourd'hui, je suis au summum de l'enthousiasme."

Parti en week-end chez ses beaux-parents début mars dans le Massachusetts, un ami de Nick a fait beaucoup plus radical encore. Il n'est jamais revenu habiter à New York.

Sa femme enceinte de huit mois, il a vendu son appartement et acheté à Bronxville, commune située immédiatement au nord du quartier du Bronx.

"Rien de ce qui fait que New York est New York ne fonctionne actuellement", souligne Nick, car théâtres, bars, cinémas, salles de concert, ou musées n'ont pas rouvert. "Donc, il est plus facile de la quitter."

Un marché immobilier en ébullition

Sur un marché immobilier en ébullition, qui "ne laisse aucune place à la négociation", Nick a dû batailler pour trouver la maison qu'il cherchait.

Autour de la ville prisée de Montclair, dans le New Jersey, il n'est plus rare de voir des maisons vendues plus de 20% au-dessus du prix affiché, selon des données communiquées par Richard Stanton, propriétaire de l'agence Stanton Realtors.

"Je ne m'attendais pas à une demande si forte", explique l'agent immobilier, qui ne prévoit pas que l'offre rattrape la demande avant six mois, voire un an.

Le facteur télétravail, accélérateur d'exode urbain

Un résident de Darien, dans le Connecticut, raconte, sous couvert d'anonymat, avoir reçu plusieurs appels d'acheteurs potentiels alors que sa maison n'était pas à vendre. "C'est la première fois que ça m'arrive", dit-il.

Le gouverneur Andrew Cuomo et le maire Bill de Blasio comparent souvent la situation actuelle avec celle qui a suivi les attentats du 11-Septembre (2.977 morts), l'autre grand traumatisme qu'a connu la ville, promettant le même rebond.

Mais sur le plan immobilier, les répercussions des attentats "ont été anecdotiques", tempère Richard Stanton.

"Après le 11-Septembre, la fierté des New-Yorkais m'a plutôt donné envie d'aller habiter à New York", raconte Dillon Kondor, guitariste qui était alors adolescent et vivait en banlieue de la métropole.

"Il faut quitter cette ville"

Lui qui a travaillé sur plusieurs comédies musicales à Broadway a aussi fait le grand saut, en juin, et quitté New York pour un appartement à Tarrytown, dans la vallée de l'Hudson.

Pour lui, tout a basculé avec une des premières belles journées du printemps, lors d'une promenade à Central Park, bondé, où les masques étaient trop rares à son goût. En rentrant avec sa femme, "l'un de nous a dit: il faut quitter cette ville".

Les déménagements s'accélèrent, les appartements se vident

À New York, en ce début juillet, les camions de déménagement pullulent en journée.

Dans le bas de Manhattan, plus de 5% des appartements sont vacants, du jamais vu depuis dix ans que le cabinet immobilier Miller Samuel publie ces statistiques.

Plus que le 11-Septembre, Richard Stanton compare la conjoncture actuelle à la période 2003-2005, qui avait vu une vague de New-Yorkais poussés dehors par la hausse des loyers.

Il évoque aussi les années 1970, marquées par une dégradation des services publics et une augmentation de la criminalité, qu'avaient fuies beaucoup de ceux qui en avaient les moyens.

Mais cette fois, outre l'effet coronavirus, "il y a une tendance plus lourde liée au fait qu'il va y avoir plus de gens qui travailleront de chez eux", analyse Richard Stanton. Dans de nombreux cas, "on aura une semaine au bureau plus courte".

Ce mouvement pourrait même faire retomber la fièvre immobilière à New York et permettre à une nouvelle génération de s'installer dans une ville qui leur aurait été, sans cela, inaccessible, imagine l'agent immobilier.

Dans un premier temps, Dillon a choisi de louer, pour ne rien écarter, en attendant que Broadway redémarre. Mais il a du mal à se projeter de retour à New York. "Il y a tellement d'inconnues que ça paraît difficile à imaginer."

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Commentaires
a écrit le 13/07/2020 à 12:48 :
Même pas une larme
a écrit le 13/07/2020 à 12:03 :
Logique, vu que les mégas riches vont garder leurs biens dans le centre ville mais en plus acheter en périphérie, cela va devenir encore plus compliqué pour les véritables actifs, ceux qui bossent donc contrairement à ces rentiers aliénés, de trouver un logement sans y passer les deux tiers de leurs salaires.

Mais ce n'est pas le seul fléau de l'immobilier, qui de toutes façons pour avoir atteint un niveau aussi aberrant connaît une multitude de phénomènes qui le parasite, comme toutes ces classes moyennes qui ont des maisons qu'ils n'habitent pas pas ou pire, qui font semblant de les vendre alors que n'ayant absolument pas besoin d'argent.

En fait on a même l'impression que cette classe là vend par besoin de contact social, préférant toujours vendre à ceux qui vont les écouter raconter leur vie ennuyeuse à mourir tandis que ceux parce qu'ils doivent bosser n'ont pas le temps sont de suite éliminés. Bref le troisième millénaire est celui du mépris total de la classe des actifs à savoir des seuls à faire avancer notre société.

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