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Casino : la marche forcée de Daniel Kretinsky

latribune.fr

Publié le 17 juillet 2023 à 20:43 - Mis à jour le 27 juillet 2023 à 07:50

Daniel Kretinsky

Daniel Kretinsky

Renaud Khanh/ABACA via Reuters Connect

Le Quotidien Numérique

18 juillet 2026

Photo d'illustration de l'article
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Les créanciers de Casino et la direction du groupe examinaient lundi l'offre émanant des milliardaires Daniel Kretinsky et Marc Ladreit de Lacharrière (mais aussi du fonds d'investissement Attestor) seuls en lice pour la reprise du distributeur en difficulté après l'annonce du retrait dimanche soir du trio Niel-Pigasse-Zouari. Dans la soirée, le conseil d’administration a décidé de poursuivre les négociations avec les repreneurs ainsi qu’avec les créanciers du groupe, afin de parvenir à un accord de principe sur la restructuration de la dette financière de Casino d’ici la fin du mois de...

... t 2023. Une bouée de sauvetage pour le distributeur et ses 200.000 salariés dans le monde dont 50.000 en France. Retour sur ces quatre derniers mois qui marquent le début d'une nouvelle ère pour le groupe stéphanois.

Croulant sous le poids d'une dette colossale de plus de 6 milliards d'euros, Casino s'est effondré comme un château de cartes. Après quatre mois de rebondissements, le groupe de distribution est sur le point d'être repris par le milliardaire tchèque Daniel Kretinsky, en partenariat avec Marc Ladreit de Lacharrière et le fonds d'investissement Attestor. Leur offre de reprise est en effet la seule sur la table après le retrait ce dimanche de celle du trio Xavier Niel, Matthieu Pigasse et Moez-Alexandre Zouari. Elle a été présentée ce lundi à la direction de Casino, aux créanciers, au CIRI, l'arme de Bercy pour aider les entreprises en difficulté, et aux administrateurs. Lundi dans la soirée, « le conseil d'administration, sur recommandation unanime de son comité ad hoc regroupant la quasi-totalité les administrateurs indépendants, a décidé de poursuivre les négociations avec les repreneurs, ainsi qu'avec les créanciers du groupe, afin de parvenir à un accord de principe sur la restructuration de la dette financière de Casino d'ici la fin du mois de juillet 2023 », a indiqué Casino.

Pour rappel, Casino s'était fixé le 27 juillet comme date-butoir pour trouver un accord de principe avec ses principaux créanciers. Ce, dans le cadre d'une procédure amiable de conciliation ouverte fin mai et qui peut durer jusqu'à cinq mois. De quoi sauver Casino espèrent les 200.000 salariés dans le monde, dont 50.000 en France, alors que le distributeur fait face à de sérieuses difficultés financières, écrasé par un endettement annoncé à 6,4 milliards d'euros à fin 2022. Retour en cinq dates sur la marche forcée de Daniel Kretinsky qui marque la fin de l'ère de Jean-Claude Naouri et ouvre un nouveau chapitre de l'histoire du groupe.

Lire aussiA Saint-Etienne, fief de Casino, la crainte de la disparition de l'ancrage local du groupe

9 mars : Alliance exclusive entre Casino et Teract

Un mois après avoir un confirmé mener des discussions « exploratoires » pour un éventuel rapprochement des activités de distribution en France, Casino et le holding Teract annoncent la signature d'un « accord d'exclusivité » visant à « conclure un accord engageant afin de créer le leader français de la distribution responsable et durable ». Au menu, la création de deux entités distinctes : la première serait contrôlée par Casino et regrouperait « les activités de distribution en France » avec les plus de 9.100 magasins du groupe Casino et « l'expertise dans l'exploitation des jardineries, animaleries et l'alimentaire » de Teract. La holding possède en effet les boulangeries Louise, les enseignes Frais d'Ici et Bio&Co et les jardineries Gamm Vert et Jardiland. La seconde, elle, serait supervisée par l'union de 188 coopératives agricoles InVivo, principal actionnaire de Teract et mastodonte de l'agro-industrie en Europe. Nommée « Teract Ferme France », elle serait en charge de l'approvisionnement en produits agricoles. Le nouvel ensemble compte lever des fonds propres « supplémentaires » de « l'ordre de 500 millions d'euros ». « Des discussions avec un certain nombre d'investisseurs » sont déjà en cours, assurent les deux partenaires.

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Illustration de la newsletter Industrie et service

24 mars- Daniel Kretinsky sort du bois

Le 24 mars, Daniel Kretinsky, le deuxième actionnaire du groupe avec 10% du capital, annonce son intention de monter au capital de ce dernier. Il lui propose, en effet, d'injecter 750 millions d'euros via une augmentation de capital réservée qui entraînerait, si elle était menée à son terme, « un changement de contrôle de Casino ».

Mais il n'est pas le seul à s'intéresser au groupe stéphanois. Le même jour, le groupement de magasins indépendants Intermarché, troisième acteur de la distribution en France, déjà partenaire aux achats de Casino, annonce s'être joint aux « discussions exclusives » sur un possible rapprochement entre Casino et le groupe Teract. Outre la prolongation de l'alliance aux achats entre Intermarché et Casino, les discussions portent notamment sur le rachat par Intermarché « sur plusieurs années et à prix de marché » d'un certain nombre de magasins appartenant à Casino « représentant au minimum 1,1 milliard d'euros de chiffre d'affaires TTC ». 

Elles

 
concernent aussi une prise de participation minoritaire d'Intermarché au capital de l'entité issue des discussions entre Casino et Teract.

Pour rappel, le groupement de magasins indépendants Intermarché, nouvellement créé et coté en Bourse, est dirigé par Moez-Alexandre Zouari. En outre, il a pour actionnaire majoritaire le géant de l'agroalimentaire InVivo. Enfin, à son conseil d'administration siègent notamment le fondateur de Free Xavier Niel et le banquier Matthieu Pigasse.

24 avril- Ouverture d'uneprocédure amiable pour renégocier la dette

Rallye, la maison-mère de Casino, obtient du tribunal de commerce de Paris l'ouverture d'une procédure amiable, dite de « mandat ad hoc ». Les autres sociétés par lesquelles le PDG de Casino Jean-Charles Naouri détient le contrôle du groupe d'origine stéphanoise, à savoir Foncière Euris, Finatis et Euris, sont également concernées par cette procédure décidée « pour une durée initiale de trois mois (renouvelable) ». Elles avaient fait l'objet d'un plan de sauvegarde en 2019. A ce moment-là, Rallye craint qu'une procédure de conciliation de Casino, évoquée quelques jours plus tôt, puisse faire tomber Casino dans l'escarcelle de « certains créanciers » de Rallye, « dont Fimalac », déjà troisième actionnaire de Casino et propriété du milliardaire français Marc Ladreit de Lacharrière. Ceci dans l'hypothèse où des titres de Casino servent de garantie sur une partie de la dette de la maison mère. Au total, 11,7% du capital de Casino servirait en quelque sorte de garantie aux créances de Rallye.

De quoi provoquer la perte de contrôle de Jean-Charles Naouri, premier actionnaire depuis 1992 et PDG depuis 2005. Comme d'autres patrons français à l'époque, Jean-Claude Naouri a utilisé une multitude de sociétés holding pour prendre le contrôle de grands groupes sans mise de fonds importante. Il a ainsi pris le contrôle de Rallye, distributeur breton en difficulté, et lui a « apporté » Casino, dont il est devenu le premier actionnaire en 1992. Il a ensuite fait grossir cette entité à coup de batailles financières et souvent juridiques, acquérant de beaux noms de la distribution : Franprix, Leader Price, Monoprix, ou encore l'e-commerçant CDiscount. Ses ambitions ne se sont pas bornées pas à la France et Casino est même devenu un acteur important en Amérique latine. Une boulimie qui a suscité les inquiétudes de certains investisseurs.

Le 16 décembre 2015, le vendeur à découvert américain Muddy Waters Capital a publié un rapport dénonçant le fort niveau d'endettement du groupe. Une accusation à laquelle a répondu le groupe en dénonçant des « attaques spéculatives », « en vue de faire chuter artificiellement » le cours de Bourse. Néanmoins, les difficultés financières apparaissent rapidement au grand jour. Ainsi, mi-2019, Rallye et la cascade de holdings par lesquelles Jean-Charles Naouri contrôle Casino sont placées en sauvegarde par le Tribunal de commerce de Paris. Sans compter que l'enseigne, du fait de sa structure de coûts, ne peut baisser ses prix autant que certains de ses concurrents. Un problème alors que l'inflation pousse les consommateurs à chercher les tarifs les moins élevés. Résultat : Casino ne cesse de perdre des parts de marché en France.

Lire aussiDans la tourmente, Casino baisse ses prix pour faire revenir les clients

25 mai - Procédure conciliation avec les créanciers

Le 25 mai, trois jours après que Casino en ait fait la demande, le tribunal de commerce de Paris valide l'entrée du distributeur dans une procédure de conciliation. Cette procédure amiable, décidée pour une période de quatre mois « éventuellement prorogeable d'un mois », doit permettre à l'entreprise, endettée à hauteur de 6,4 milliards d'euros à fin 2022 dont 4,5 sur son activité en France, de conclure un accord avec ses créanciers en vue d'une potentielle restructuration de sa dette. Le désendettement est en effet la « priorité absolue » du groupe, martelait le distributeur quelques jours plus tôt lors de son assemblée générale, sous le feu nourri des questions des actionnaires évoquant un « mur de dettes » et réclamant des dividendes. Ce jour-là, Jean-Charles Naouri avait indiqué qu'il restait « à vendre environ 300 millions d'euros d'actifs en France » avant la fin de l'année et a rappelé que le groupe avait déjà vendu environ 10 milliards d'euros d'actifs dans le cadre de sa stratégie de désendettement. Le directeur financier David Lubek, évoquait quant à lui un plan de réduction des coûts de 250 millions d'euros sur l'année, et une baisse des stocks de 190 millions d'euros sur le premier semestre.

En parallèle de l'ouverture de l'entrée en conciliation, Casino a annoncé le 25 mai un accord avec Intermarché pour la cession de plus d'une centaine de points de vente « issus du périmètre Casino France », comprenant des hypermarchés, des supermarchés et des enseignes de proximité, pesant un peu plus d'un milliard d'euros de chiffre d'affaires. Les premières cessions « auront lieu d'ici la fin de cette année ». Intermarché, qui prévoit de convertir certains de ces magasins en discounter de son enseigne Netto, s'est en outre « engagé à acquérir, » si Casino en fait la demande dans les trois ans, « un volume complémentaire de magasins représentant 500 millions d'euros de chiffre d'affaires ».

Lire aussiL'agence Fitch dégrade la note de la France : ce que ça change

14 juin - Teract jette l'éponge mais le trio Niel-Pigasse-Zouari reste au front

Plus d'un mois après avoir proposé à Daniel Kretinsky de faire cause commune, le groupe agro-industriel InVivo et sa filiale Teract ont mis un terme à leur projet de rapprochement avec Casino, se limitant à envisager un partenariat. Fondateurs de Teract, les trois hommes d'affaires,  Niel, Pigasse et Zouari préfèrent faire émerger en leur nom « une solution industrielle et financière pérenne »

 pour Casino. Le trio transmet 

« une manifestation d'intérêt préliminaire »

 pour un 

« renforcement des fonds propres »

 allant jusqu'à 1,1 milliard d'euros. Sur ce total,

 « 200 à 300 millions seraient investis directement par eux »

, précise Casino dans un communiqué. Le reste de la somme serait 

« souscrit par des partenaires qui s'associeraient à leur projet »

, dont les créanciers actuels de Casino qui 

« souhaiteraient réinvestir en capital »

, précise encore le distributeur.

Les offres des trois hommes d'affaires et celle de Daniel Kretinsky s'accordent sur le fait que la reprise de l'activité devrait passer par une baisse des prix en rayon, un gros travail sur l'offre commerciale et le développement de partenariats. Et, que ce soit avec l'une ou l'autre des deux manifestations d'intérêt émises, les actionnaires du groupe Casino vont être « massivement dilués », précise le groupe « et Rallye perdra le contrôle de Casino », mettant ainsi fin à la mainmise du patron historique du distributeur Jean-Charles Naouri.

16 juillet - Kretinsky seul en lice

Mais ce sera finalement celle du milliardaire Tchèque qui détient des participations dans des médias (Libération, Marianne...), la distribution (Fnac Darty), l'édition (Editis, accord conclu en juin) et l'industrie (essentiellement dans l'énergie), si elle est acceptée. Aucune autre n'a été soumise avant le 3 juillet dernier, date butoir, et Xavier Niel, Matthieu Pigasse et Moez-Alexandre Zouari ont finalement annoncé le retrait de leur offre dimanche 16 juillet. Ces derniers ont justifié leur choix en dénonçant un système de reprise « biaisé ». C'est, en effet, ce qu'a pointé 3F, la holding par laquelle le trio comptait reprendre Casino estimant que le distributeur « a visiblement déjà choisi son repreneur ».  En cause, un manque allégué de coopération et de transparence sur sa situation financière, notamment sur « les besoins de liquidité » et les résultats attendus d'ici à la fin de l'année, mais aussi la trahison imputée à l'un des créanciers avec lequel le trio avait construit son tour de table. 3F accuse le fonds d'investissement Attestor d'avoir contribué à l'offre concurrente « tout en continuant à participer » à ses propres réunions.

Lire aussiAtos : le milliardaire Daniel Kretinsky intéressé par la branche d'infogérance

À lire également

  • Casino révise fortement ses prévisions financières à la baisse à cause de la chute des ventes
  • Le titre Casino s'effondre en Bourse après l'annonce des offres de reprise
  • En difficulté, Casino porte plainte pour diffamation contre deux actionnaires minoritaires

Du côté des représentants des salariés, la nouvelle a été bien accueillie : « On est rassuré que le trio Niel-Pigasse-Zouari se retire, car on ne voulait pas de fonds d'investissement vautour. Le projet de Kretinsky est séduisant sur le papier, mais on reste vigilant sur sa faisabilité », a ainsi jugé Thomas Meyer, délégué syndical Unsa du groupe Casino. Le plan prévoit l'injection de 1,2 milliard d'euros d'argent frais dont plus de 900 millions d'euros émanant du duo. En outre, celui-ci n'envisage ni cession des hypermarchés ni cession du commerçant en ligne CDiscount, selon son entourage. De quoi remettre Casino sur les rails ?

(Avec AFP)

latribune.fr

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