Où en sont les aéroports deux ans tout juste après l'irruption de la pandémie de Covid-19 et l'effondrement du trafic aérien ? Dans une interview accordée à La Tribune, Thomas Juin, le président de l'Union des aéroports français, présente les perspectives pour l'année qui débute. Surtout, il présente les enjeux de la reconstruction du trafic : concurrence exacerbée, qualité de service, financement, double caisse, taxes et redevances... et en profite pour reposer le débat sur la régulation, qu'il juge désormais inadaptée à l'évolution du modèle économique des aéroports vers la sphère privée.
LA TRIBUNE - L'année écoulée a été la première à être pleinement impactée par la crise survenue en mars 2020. Avez-vous dressé un premier bilan pour cette année 2021 ?
THOMAS JUIN - Pour rappel, en 2020, nous étions à 30 % de l'activité de l'année de référence, 2019 (calculée en nombre de passagers commerciaux, NDLR). En 2021, nous devrions être entre 35 à 40 %. Avec ces chiffres, on se dit que ce n'est guère mieux. Mais il y a un fait marquant en 2021 : c'est un redémarrage sans interruption à compter du mois de juin, en tout cas sur le segment domestique européen. Et ceci grâce à l'entrée en vigueur du pass sanitaire européen. Pour nous, c'était vraiment le sésame pour la reprise. Cela a permis une réelle coordination des États au sein de l'Union européenne.
Pour 2022, nous estimons que nous devrions être à 70 % du niveau de 2019. Nous franchirons alors une marche vraiment plus importante. Nous sommes confiants, que ce soit au niveau des aéroports ou des compagnies, à deux mois du démarrage du programme printemps-été (d'avril à octobre, NDLR). C'est la période clef pour notre secteur, le moment où les compagnies aériennes dévoilent toutes leurs lignes et leur plein potentiel.
Même si nous sommes encore sur une baisse de 30 %, nous commençons à tendre vers cette année de référence. C'est difficile à dire mais, selon les estimations, le retour à un trafic équivalent à celui de 2019 est attendu en 2024. Il y aura des disparités en fonction des segments de trafic, avec un retour à la normale plus rapide sur le marché domestique européen que sur le marché international.
Tout cela suppose, bien sûr, des règles sanitaires homogènes. C'est le cas dans l'Union européenne et maintenant avec le Royaume-Uni. Je le souligne car c'est un pays en provenance duquel nous avons l'une des premières clientèles étrangères en France. En temps normal, il y a à peu près 10 millions de passagers britanniques par an. Cette levée des restrictions est un point fort pour nous et pour les régions françaises, notamment dans le Sud-Ouest.