Catastrophe du vol Rio-Paris : Air France défend la crédibilité et l'impartialité du procès

Après avoir vu l'impartialité du parquet mise à mal par les déclarations des représentants des parties civiles, très remontées suite à la demande de relaxe générale prononcée par le ministère public, l'avocat d'Air France s'est érigé en défenseur du procès et de sa pertinence pour la compréhension du drame du vol AF447.
Air France s'est posée en défenseur de la justice, saluant la pertinence du procès pénal pour comprendre le drame de l'AF447.
Air France s'est posée en défenseur de la justice, saluant la pertinence du procès pénal pour comprendre le drame de l'AF447. (Crédits : © 2009 Thomson Reuters)

Après le houleux final des réquisitions du parquet, le procès de l'accident du vol AF447 a retrouvé un peu de calme à la suite d'une suspension d'audience et du départ d'une partie du public. C'était pourtant le début des plaidoiries de la défense avec le passage à la barre de Maitre Chemarin et Saint-Pierre pour le compte d'Air France. Mais alors que la première s'est illustrée par son calme et son apparente sérénité - forcément plus facile après la relaxe générale demandée par le parquet - le second a haussé le ton pour défendre non pas Air France, mais la pertinence et la crédibilité du procès.

Si Maître Saint-Pierre a donné une telle tournure à sa plaidoirie, assurément surprenante, c'est suite aux propos tenus par les représentants de l'association Entraide et solidarité AF447 après les réquisitions du parquet. Ainsi sa présidente Danièle Lamy a dénoncé devant les médias, une « parodie de justice » tandis que son avocat, Maître Jakubowicz a affirmé que « le parquet n'a pas été libre, il a reçu des instructions ».

Un discours a priori insupportable pour l'avocat d'Air France, qui s'en est insurgé : « C'est un problème grave car cela jette le discrédit sur ce procès et sur une éventuelle décision de relaxe ». Il a au contraire défendu « le travail d'analyse de fond du dossier fait par le ministère public ». Un discrédit ne ferait effectivement pas les affaires d'Air France, particulièrement au moment où le ciel semble s'éclaircir, même si Maître Saint-Pierre a affirmé que son discours aurait été le même si le parquet avait demandé la condamnation d'Air France : « C'est le jeu judiciaire et il faut l'accepter. Ce procès est un modèle de procès, quel que soit le résultat. »

« La relaxe d'air France est une décision de justice. Air France est innocente des accusations dont elle a fait l'objet », Maître Saint-Pierre, avocat d'Air France.

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Airbus n'est pas oublié

L'avocat a poursuivi sa défense du procès, louant sa durée exceptionnelle (neuf semaines), les bénéfices d'une audience contradictoire où chacun entend les mêmes choses et les analyses. Il a déclaré que le procès pénal avait permis « de beaucoup mieux comprendre les racines de l'accident ». Il s'est ainsi opposé à la déclaration faite par Jean-Paul Troadec, directeur du Bureau d'enquêtes et d'analyses (BEA) entre octobre 2009 et 2013, lors de son interrogatoire. Celui-ci avait jugé que le procès pénal n'était pas adapté à un accident d'avion.

Et parlant du BEA, Maître Saint-Pierre n'a pas manqué l'occasion d'égratigner son co-accusé en pointant « la proximité » mise en lumière durant le procès entre l'organisme d'investigation, la Direction générale de l'aviation civile, l'Agence européenne de la sécurité aérienne (AESA) et Airbus. Il en a aussi profité pour insister à nouveau sur le rôle prépondérant d'Airbus dans la menée des expertises.

L'avocat est revenu à la charge un peu plus tard en évoquant « la colère d'Air France et de ses pilotes d'entendre Airbus dire que c'est la faute des pilotes ». Et s'il veut bien entendre qu'il n'y a pas de preuve d'un défaut de conception de l'appareil, il pense que « l'avion n'a pas communiqué en temps utile tout ce qu'il savait aux pilotes ». Maître Saint-Pierre a également réaffirmé la ligne de défense de la compagnie, c'est-à-dire qu'il est « impossible de dire quelle est la cause de cet accident », car « quelque chose s'est passé » sans qu'il soit possible de savoir quoi.

L'avocat a aussi tenté de contrer la carte de l'émotion jouée la veille par Maître Jakubowicz et d'autres représentants des parties civiles. Il a ainsi déclaré coup sur coup que « le chagrin ne donne aucun droit sur la justice » et que « le deuil ne permet pas de voter une loi spéciale pour condamner un bouc émissaire ».

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En toute sérénité

Pour sa part, Maitre Chemarin a tranquillement étayé sa défense face au Tribunal. Après s'être félicité du fait que le procès ait pu montrer que « les trois pilotes étaient de bons pilotes », elle a défendu tour à tour la formation et l'entraînement donnés aux pilotes, ou encore l'information qui leur est adressée via plusieurs canaux.

L'avocate a ainsi expliqué qu'Air France est parfois allée au-delà des exigences réglementaires comme pour la formation à la gestion des ressources équipage (CRM), ou encore que la note rédigée en septembre 2008 par l'officier de sécurité des vols (OSV) de la compagnie était bien plus complète et précise que le souvenir que certains pilotes pouvaient en avoir.

D'un ton toujours aussi calme, Maitre Chemarin a poursuivi ses explications et justification. Selon elle, Air France a pleinement pris en compte les rapports d'incident rédigés par les pilotes (ASR), identifiant et rapprochant chaque évènement et l'analysant de nouveau à l'aune du suivant, alors qu'à l'inverse la compagnie n'a jamais été averti par la DGAC des évènements rencontrés par d'autres compagnies, comme Air Caraïbes.

Et dans tous ces points, l'avocate n'a pas hésité à s'appuyer sur les conclusions présentées par le parquet, décidément bienvenues pour la défense.

 >> LES EDITIONS SPECIALES - Crash du vol Rio-Paris : un procès hors normes

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Commentaires 8
à écrit le 09/12/2022 à 10:17
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Moi qui suis évidemment très simplet, je crois que l’on ne saurait, sauf conditions très particulières, rechercher la responsabilité du fabricant d’une automobile (ou d’un avion - Airbus) en cas d’accident de la circulation. En revanche, j’estime;, a...

à écrit le 08/12/2022 à 16:10
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Bonjour, Pour moi l'absence du fabriquant des sondes au procès rend ce procès sans valeur. Il y a une grave erreur de technologie qui serait inadmissible en industrie et pas sur les avions?

à écrit le 08/12/2022 à 9:47
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J'étais à bord de ce vol. Je peux vous assurer que ni les sondes pitot ni l'equipage ne sont responsables du drame. Nous avons été éperonné par un énorme vaisseau d'origine sidérée dont les petits bonhommes verts et gluants nous ont aspiré un par un....

à écrit le 08/12/2022 à 9:41
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De par ma profession dans la fiabilité des systèmes un des risques ordinaire de dimensionnement d’un avion reste le décrochage et les pilotes devraient pouvoir y faire face avec des séances au simulateur. En outre, les sondes sont fragiles au givrage...

à écrit le 08/12/2022 à 9:15
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Précédemment j'avais supposé que le ou les "coupables" seraient ceux qui pourraient payer, ce qui excluait l'équipage. Je n'avais pas pensé à la relaxe générale ! "Avant", c'était mieux, le coût de la vie d'un passager était précisé (en petits carac...

à écrit le 08/12/2022 à 7:53
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Ben oui pas content pas content les parties civiles : qui va donner des pépettes si Airbus at Air France sont innocents…. Peu importe la vérité ! On veut des pépettes

à écrit le 08/12/2022 à 4:48
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Deux cent morts en perte et profits, la justice a la francaise. Chez air chance votre vie ne vaut rien.

à écrit le 07/12/2022 à 22:17
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Ça rappelle étrangement le drame de l Airbus du mont St Odile dans les années 90..

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