L'énorme gifle donnée par les Etats-Unis et l'Australie à la France et Naval Group devrait entraîner des conséquences néfastes sur le plan diplomatique pour Paris et commerciales pour le groupe français.La perte du contrat australien est une énorme claque politique pour la France et bien sûr pour Naval Group, qui va avoir dû mal à s'en relever. Alors que Paris se murait mercredi en fin de journée dans un silence de mort, le groupe naval réunissait un comité exécutif exceptionnel pour évaluer les dégâts de la prochaine résiliation du contrat par l'Australie sur la société. En 2021, Naval Group, qui souffre énormément à l'exportation depuis plusieurs mois, va perdre un contrat de 1,4 milliard d'euros portant sur la phase du "Basic Design" (phase de définition). Mais au-delà de la perte sèche d'un énorme contrat mais vraisemblablement peu lucratif, le coup de massue australien est beaucoup plus dangereux à terme pour Naval Group pour sa réputation et son image dans le domaine commercial.
Dans la région Indo-pacifique, Naval Group, qui a déjà placé des Scorpène en Inde et en Malaisie, est en piste pour en vendre également aux Philippines et surtout en Indonésie et en Inde. Pas sûr que la décision de l'Australie, qui sera d'ailleurs dument exploitée par la concurrence (ThyssenKrupp Marine Systems, Navantia et Kockums), incite ces deux pays à plonger avec les sous-marins français et soit un formidable argument de vente. Les Pays-Bas, qui souhaitent renouveler leur flotte de sous-marins, ont désormais eux aussi un argument massue pour écarter les Français. Les mois à venir vont être très compliqué à gérer pour les équipes commerciales de Naval Group, dont le moral doit être en outre dans les chaussettes.
Un échec aux conséquences diplomatiques
Même si Joe Biden a assuré que la France restait un partenaire clé en Indo-Pacifique, la décision australienne est également un vrai coup de frein à la stratégie de la France dans cette région. Paris comptait beaucoup sur le contrat des sous-marins pour verrouiller sur le long terme (50 ans) son partenariat stratégique avec l'Australie. Canberra était d'ailleurs considéré comme un partenaire majeur de la France dans cette région. Ce partenariat stratégique avec Canberra s'appuyait sur une coopération de sécurité et de défense très dense, qui avait été consolidée par le choix en 2016 de Naval Group pour la construction des futurs sous-marins océaniques australiens. "Nous avions établi avec l'Australie une relation de confiance. Cette confiance est trahie. Je suis aujourd'hui en colère avec beaucoup d'amertume. D'autant plus que cela ne se fait pas entre alliés", a martelé le ministre des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, sur FranceInfo.