L'appli Heetch améliore-t-elle la sécurité et la mobilité des jeunes ?

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 Les jeunes ne se sentent pas en sécurité la nuit dans les transports en commun ou dans la rue, commente Teddy Pellerin, le co-fondateur de Heetch.
" Les jeunes ne se sentent pas en sécurité la nuit dans les transports en commun ou dans la rue", commente Teddy Pellerin, le co-fondateur de Heetch. (Crédits : Décideurs en région)
A un mois du procès de la jeune pousse, une étude confirme qu'elle est une réponse à la mobilité des jeunes la nuit : la majorité des utilisateurs de Heetch ont moins de 30 ans et plus de deux tiers des trajets impliquent la banlieue comme origine ou destination du parcours.

A un mois de son procès, la jeune pousse Heetch, qui compte à son capital les fonds Kima Ventures (lancé par Xavier Niel, le fondateur de Free en 2010), Alven Capital et Mobivia, veut défendre ses arguments et publie une étude sur la sécurité objective et perçue lors des trajets réalisés par son entremise. Il en ressort deux enseignements: d'une part, les parcours réalisés via l'application nocturne mettant en relation passagers et chauffeurs non professionnels, entre 20h et 6h, sont beaucoup plus sûrs que l'ensemble des trajets en voiture, et d'autre part, les jeunes se sentent plus en sécurité lors d'un trajet effectué en Heetch que lorsqu'ils rentrent par leurs propres moyens, que ce soit en voiture, ou dans les transports en commun par exemple.

Premier constat de l'étude conduite auprès de plus de 15.000 membres de la communauté : la "sinistralité" des 3,4 millions de trajets Heetch est proportionnellement très inférieure à celle de l'ensemble des trajets en voiture, en particulier pour les jeunes avec 2,4 fois moins de blessés légers en général (et 5,5 fois moins parmi les jeunes) et 7,6 fois moins de blessés graves en général (et 18 fois parmi les jeunes).

Pour arriver à cette conclusion, le cabinet 2b2p Conseil a calculé le taux de sinistralité en fonction de la volumétrie des trajets nocturnes en voiture en Ile-de-France recensée par l'enquête globale transport 2010, dite EGT, et du nombre d'accidents corporels et de leurs victimes recensés par la BAAC, base de donnée annuelle des accidents corporels de la circulation routière. Puis il a fait de même avec les chiffres fournis par Heetch, qui a relevé, pour 3,4 millions de trajets nocturnes en Ile-de-France, entre le 1er janvier 2015 et le 6 juin 2016, 65 accidents dont 52 se sont déroulés dans le trajet avec passager Heetch.

Un gage de sécurité

Autre instruction de l'enquête: l'utilisation de l'application Heetch serait gage de sécurité pour les passagers. Et pour cause: les personnes interrogées estiment en effet qu'au cours des retours de soirée qu'ils effectuent sans recourir à l'application nocturne, le conducteur est souvent (39%) voire toujours (36%) sous l'emprise de drogues ou d'alcool.

Au total, 97% des répondants se seraient déjà sentis en danger en rentrant de soirée : dans les modes de transport privés (voiture ou deux-roues) dans 30% des cas, mais aussi et surtout dans les espaces publics - dans les transports en commun et dans la rue - dans 68% des cas. Des chiffres assez surprenants pour le co-fondateur de la jeune pousse Teddy Pellerin:

"Plus que la sécurité objective, l'analyse de la sécurité subjective, ressentie est particulièrement frappant ! 95% des utilisateurs estiment que Heetch améliore leur sécurité, car les jeunes ne se sentent pas en sécurité la nuit dans les transports en commun ou dans la rue".

Une réponse à la mobilité des jeunes la nuit...

Par ailleurs, cette étude montre que plus de 80% des utilisateurs de Heetch choisiraient une alternative modale autre que l'offre des taxis ou assimilés en l'absence de Heetch. Les transports en commun (37,7%) arrivent ainsi en tête des alternatives pour lesquelles ils opteraient. Viennent ensuite les taxis ou autres Uber pour moins de 20%, option quasiment à égalité avec la marche à pieds. Enfin, une proportion de 5% des sondés assurent qu'ils ne seraient pas sortis s'ils ne pouvaient utiliser Heetch.

Notons à cet égard que, toujours selon cette étude, la majorité des utilisateurs de Heetch ont moins de 30 ans et que la plupart (64%) des trajets impliquent la banlieue comme origine ou destination du parcours.

"Cette étude confirme les résultats de la première enquête que nous avions commandée au bureau de recherche 6-t, à savoir, le fait que notre application constitue une réponse à la mobilité des jeunes la nuit. La cible de Heetch est bien la jeunesse, 80% des utilisateurs ont moins de 25 ans, et nous proposons une offre de transport complémentaire à celle existant par ailleurs. Nous ne concurrençons pas les taxis ou les VTC. Nous créons de la mobilité là où il n'y en avait pas avant et où il n'y en aurait pas sans Heetch, en banlieue : 70% de nos trajets font intervenir la banlieue".

...entre les mains de la justice

Reste à savoir ce que décideront les juges le 8 décembre prochain. Le procès devait initialement avoir lieu le 22 juin dernier, mais avait été reporté à cause du trop grand nombre de taxis venus se constituer parties civiles. Pour rappel, les deux co-fondateurs de la jeune pousse Teddy Pellerin et Mathieu Jacob comparaîtront pour complicité d'exercice illégal de la profession de taxi, pratique commerciale trompeuse et organisation illégale d'un système de mise en relation de clients avec des chauffeurs non-professionnels.

L'activité de Heetch a souvent été comparée à celle d'UberPop, désormais suspendue. Cependant UberPop fonctionnait tous les jours de la semaine, sans limitation horaire, et n'offrait pas une tarification négociable ou au bon vouloir du client, tandis que Heetch présente la particularité de ne donner qu'une suggestion de prix pour le partage des frais liés à l'utilisation du véhicule, et non pas un prix pour une prestation de service. Le paiement peut se faire en liquide ou directement par prélèvement. A ce moment-là, à la fin de la course, le passager peut faire jouer le curseur en forme de flèche à côté du montant soumis, afin de donner plus ou moins. En outre, Heetch plafonne  le revenu de ses conducteurs partenaires à 6.000 euros annuels. Un montant qui correspond aux frais annuels liés à l'amortissement d'un véhicule.

La question de la notion de partage de frais

C'est d'ailleurs là que réside toute la subtilité de la question de la légalité de l'activité Heetch. En effet, depuis le 1er octobre 2014, la loi Thévenoud interdit le transport de personnes entre particuliers "à titre onéreux". Un terme juridiquement flou aux yeux de la startup, qui préfère évoquer, concernant son activité, un partage de frais, liés à l'utilisation du véhicule, comme BlaBlaCar propose un partage des coûts liés au voyage. Teddy Pellerin rappelle ainsi:

"Depuis notre lancement, Heetch est ouvert à l'élaboration d'un cadre légal et fiscal simple de l'économie du partage. Nous avons formulé différentes propositions et sommes à la disposition de chacun pour alimenter les réflexions et groupes de travail sur le cadre réglementaire à définir pour l'économie du partage, dans laquelle nous nous inscrivons".

Lire aussi : Qui veut la peau de Heetch ?

Pour le jeune entrepreneur:

"Il faut penser la mobilité partagée de manière globale. Quand un particulier loue sa voiture à d'autres particuliers, cela lui permet d'amortir une partie des frais de celle-ci. Lorsqu'un particulier partage un trajet de 400 km et demande 40€ à chacun de ses quatre passagers, il gagne 160€ qui lui permettent de payer ses frais d'essence, de péage mais aussi ses frais de voiture! Heetch propose la même chose, et nous avons défini un seuil annuel de 6.000€ correspondant au partage de frais d'un véhicule. Ce seuil permet facilement de distinguer un amateur d'un professionnel et est la première étape pour créer un cadre simple permettant le développement de l'économique du partage".

Ce seuil reste en tout cas en deçà de celui de 7.720 euros préconisé par les députés pour différencier les activités professionnelles du partage de frais entre particuliers.

Lire aussi > Taxe sur les Airbnb, Drivy et autres Ouicar: "un seuil fantaisiste qui traduit un certain mépris"

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Commentaires
a écrit le 09/11/2016 à 9:58 :
Du covoiturage, ben voyons mon voisin fait heetch tous les week-end, il ne partage pas un trajet, il fait bien des courses pour arrondir les fins de mois; Il s'est même vanté que c'était très facile de dépasser les 6000 € exonérés d'impôt et de charges sociales. Apparemment certains se font un vrai salaire sans rien déclarer. Encore une application où tous les abus sont permis et qui permettent aux jeunes de s’enivrer à volonté. Après on viendra se lamenter sur l'alcoolisme des jeunes.
Réponse de le 18/11/2016 à 15:26 :
C'est sur empechons les "jeunes" de se déplacer et aux gens d'arrondir leurs fins de moi, c'est evidemment LE bon moyen de luter contre l'alcoolisme !
a écrit le 09/11/2016 à 9:22 :
Bien sûr un service de transport public abordable est intéressant. Mais je suis toujours étonné par la corruption actuelle de la valeur du travail. Tout travail mérite salaire. Un chauffeur ou n'importe quel travailleur, voire même les bénévoles iront toujours chercher une valeur compensatoire dans le contexte de leur travail si celui-ci n'est pas rémunéré à sa juste valeur. Allez ainsi demander aux gamines qui utilisent Heetch au milieu de la nuit et vous verrez qu'elles se font très fréquemment lourdement draguer par le chauffeur. Ça n'est sûrement pas moral mais tout service mérite salaire.
PS1 : Heetch n'a strictement rien à voir avec l'autopartage car pour Heetch il y a subordination du chauffeur au client donc rémunération compensatoire.
PS2 : Ce qu'il faut développer pour réduire les coûts c'est le taxi collectif.

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