Assurance : "On sort de cette crise [...] avec une image déplorable"

 |   |  799  mots
Photo d'illustration. La crise a aussi été le théâtre d'empoignades entre assureurs.
Photo d'illustration. La crise a aussi été le théâtre d'empoignades entre assureurs. (Crédits : DR)
Image dégradée aux yeux du grand public et rivalités commerciales entre acteurs du secteur : le Covid-19 a agi comme le virus de la discorde au sein de l'assurance française.

"On sort de cette crise [...] avec une image déplorable" alors qu'"on a donné pour le pays" et qu'"on a été touchés par des sinistres considérables", peste auprès de l'AFP un dirigeant français d'assurance.

Ce témoignage illustre le vague à l'âme et les dissensions qui secouent le secteur, victime collatérale du Covid-19.

Dernier soubresaut en date, le réassureur Scor a quitté la Fédération française de l'assurance (FFA), née en 2016 pour faire parler d'une même voix ses différentes familles : assureurs "classiques", bancassureurs, mutualistes et réassureurs.

La décision de Scor, membre historique et influent de la FFA, est directement liée à la participation − forcée selon lui − des membres de la fédération au fonds de solidarité mis en œuvre par le gouvernement pour soutenir les petites entreprises face à la crise.

Les assureurs ont en effet contribué deux fois à ce dispositif, en versant 200 millions d'euros mi-mars puis autant mi-avril sous la pression des pouvoirs publics.

Ils revendiquent au total presque quatre milliards d'euros de soutien à l'économie: outre les 400 millions d'euros versés au fonds public d'aide, le secteur a annoncé 1,5 milliard d'euros d'investissement ainsi que de multiples mesures individuelles.

Lire aussi : Coronavirus : la mobilisation des assureurs face à la crise en cinq chiffres

Image dégradée

Certains observateurs estiment toutefois que ces mesures ont trop tardé et les critiques se sont multipliées.

Le débat s'est rapidement cristallisé autour des pertes d'exploitation des entreprises. Or, dès les premiers jours de la crise, le secteur a expliqué ne pas être en mesure de couvrir ces pertes, estimées à plusieurs dizaines de milliards d'euros, opposant ainsi une fin de non-recevoir aux demandes d'indemnisation de l'hôtellerie-restauration en plein marasme.

De fait, l'immense majorité des contrats ne couvraient pas les pertes en cas de pandémie. Mais une petite partie d'entre eux étaient flous.

Les recours d'entreprises devant la justice se sont multipliés contre les assureurs tels qu'Axa dans le sillage de la victoire médiatisée fin mai du restaurateur Stéphane Manigold, qui a finalement annoncé avoir trouvé un accord financier avec le géant de l'assurance.

Lire aussi : Coronavirus : ce qu'il faut retenir de la condamnation d'Axa France

Au final, "les pouvoirs publics et un certain nombre de parlementaires ont été choqués par l'attitude des assureurs, qui ont donné l'impression d'agir de manière contrainte et forcée", analyse pour l'AFP un très bon connaisseur du secteur.

Les assureurs "ont commencé par se taire, pour ensuite dire que si on remboursait les pertes, l'assurance serait ruinée. Expliquer ça à des gens déjà ruinés, ça ne porte pas. En terme d'image, c'est désastreux", poursuit cette même source.

"Clairement nos explications au début auraient dû être moins techniques et plus claires", a reconnu Jean-Laurent Granier, patron de Generali France, dans un entretien à l'AFP.

Rivalités commerciales

Pour ne rien arranger, la crise a aussi été le théâtre d'empoignades entre assureurs.

Certains ont "profité de cette crise un peu maladroitement pour faire de la publicité commerciale", s'est encore agacé vendredi sur B Smart Patrick Evrard, président de la Fédération nationale des agents généraux d'assurance, citant nommément le bancassureur Crédit Mutuel et la Maif.

Invoquant son "devoir moral", le premier a annoncé verser 200 millions d'euros de primes à ses clients professionnels, non sans avoir affirmé que ses contrats ne couvraient pas les pertes d'exploitation en cas de pandémie. Ce qu'ont toutefois contesté plusieurs concurrents, qui l'ont accusé dans un courrier de "campagne de communication trompeuse" en vue de "minorer les indemnités réellement et contractuellement dues aux assurés".

La Maif a elle rendu plus de 100 millions d'euros à ses sociétaires pour tenir compte de l'effondrement des accidents automobiles durant le confinement, faisant grincer des dents plusieurs concurrents.

Ces initiatives "créent l'idée que tous les assureurs pouvaient payer, c'est malhonnête", enrage l'un d'eux auprès de l'AFP.

Ces tensions s'ajoutent à la vive concurrence dans le secteur, notamment entre assureurs et groupes de bancassurance, lesquels gagnent chaque année des parts de marché, en assurance habitation et automobile notamment, et dominent le lucratif segment de l'assurance emprunteur.

Lire aussi : Coronavirus: les bancassureurs, à la rescousse des entrepreneurs, sèment la zizanie

"Derrière tout ça, il y a surtout des rivalités commerciales", résume un bon connaisseur de l'assurance.

Au sortir de la crise sanitaire, "il va y avoir des traces. Il reste des points de frictions assez importants entre bancassureurs et assureurs traditionnels. Je ne sais pas comment ça peut évoluer dans le temps", s'inquiète un dirigeant du secteur.

Lire aussi : Assurance pandémie : pourquoi les premières pistes ne font pas l'unanimité

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Commentaires
a écrit le 07/07/2020 à 6:45 :
La reputation des assurances hormis certaines mutuelles est tres mauvaise, constat bien avant cette crise du covid.
a écrit le 06/07/2020 à 18:18 :
c'étais au dirigeants d' expliquer les choix en étant clair et précis
mais voila ils étais confiné dans leur villa de luxe
sans moyen de communication
pas les moyens
a écrit le 06/07/2020 à 17:57 :
Quand on a pour ambition de vouloir faire payer les gens pour les risques potentiels qu'ils prennent à vivre on ne peut pas se contenter de l'à peu près.
a écrit le 06/07/2020 à 17:43 :
Les Assureurs sont assis sur un pont d Or de 60G€, ça n est donc PAS les qq. pièces jaunes qui ont été consenties au Gouvernement qui changeront la donne, renflouer l Hôtel-Restaur à hauteur de 10G€ n aurait fait de mal à personne et vous, auriez, AUSSI été applaudis à 20h tous les soirs...
En Allemagne, les garanties pertes d Exploitation n existent PAS, vos homologues ont donc indemnisé les PME allemandes SPONTANEMENT sur leur bas de laine = CQFD
Vous avez encore du boulot pour être crédibles !!!
Grosses bises
Ernestine
Île de Ré
a écrit le 06/07/2020 à 17:23 :
Il va dorénavant avoir une politique claire pour ce type d'incident sanitaire :
- Clarifier les clauses de pertes d'exploitation
- Mettre en place éventuellement une cotation supplémentaire pour la perte d'exploitation pour évènement exceptionnel (sanitaire, chimique, terroriste, nucléaire etc ...) avec un tableau clair des remboursements.
- Mettre en place une liaison directe avec le ministère du travail pour mettre en place un plan "orsec" de soutien à l'économie concerté pour l'avenir et les futures crises. Ce plan serait activé en cas d'évènement majeur impliquant un risque de défaillance global des entreprises et les assureurs seraient cantonnés à ce plan uniquement sauf réquisition/nationalisation étatique.
- Éventuellement recapitaliser les assureur et prendre en compte RÉELLEMENT les risque du 21ème siècle. (Nucléaire, environnemental, sanitaire, terroriste, chimique et médical) et réévaluer le montant des assurances et des indemnisations en conséquence.
Il n'est clairement plus possible de continuer comme avant et l'assurance va dorénavant coûter un peu plus cher mais devra couvrir TOUS les risques modernes (sans clauses foireuses de désengagement) pour ne pas laisser les populations démunies. L’État va également devoir prendre sa part en rajoutant au budget annuel de la nation un fond de soutien à l'économie en cas de risque majeur et systémique (sanitaire, environnemental, nucléaire etc ...) afin de ne pas recourir forcément dans le futur à uniquement de la dette. Ce fond soutien devra être doté de 500 milliards sous 20 ans pour palier à tout risque majeur à l'avenir. Il devra être mobilisable pour 50% en soutien à l'économie et pour 25% au collectivité locale en difficultés extrêmes et 25% en aide directement à la population en grande précarité (sous forme d'helicopter money, de rachat de dette immobilière ou d'aide d'urgence alimentaire et d'hébergement).
Il va falloir à présent trouver la pédagogie nécessaire pour imposer aux régions, aux entreprises, aux assurances et aux patrimoines de plus de 2Millions d'Euros le paiement d'une nouvelle taxe de solidarité économique en cas de catastrophe pour récupérer 25 milliard chaque année sur 20 ans.
C'est la seule bonne gestion en bon père de famille que nous pouvons envisager. Le reste n'est que pis à lait et esbroufe de politicard.
a écrit le 06/07/2020 à 16:56 :
Un seul fournisseur d'Electricité, Une seule Banque, Une seule Sécurité Sociale, Une seule compagnie aérienne...Une seule compagnie d'assurances.
Désormais, il y a trop d'une concurrence qui ne profite qu'aux actionnaires et aux dirigeants de ces entreprises.
Le Seul qui paie pour des services de plus en plus cher et qui rendent de moins en moins de services : le con-sommateur.
a écrit le 06/07/2020 à 16:04 :
La Maif nous a rendu des sous (au nombre de véhicules assurés) mais les autres assureurs sont bien censés réduire leurs tarifs en 2021 si le nombre d'accidents et réparations 2020 baisse, non ? Moins de frais = moins de cotisations (mais c'est peut-être pas si logique, il faut faire des provisions pour les futures années difficiles).

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :