L’assureur-vie annonce la possibilité d’investir à 100% dans un fonds en euros, tournant ainsi le dos à des années de politique commerciale visant à privilégier les unités de compte. L’initiative n’est pas isolée et les assureurs-vie multiplie les actions pour enrayer la décollecte sur le fonds en euros et attirer une nouvelle collecte pour réinvestir sur le marché obligataire et profiter de meilleurs rendements.Les assureurs-vie retrouvent le goût du fonds en euros. Après avoir privilégié pendant des années les unités de compte, pour doper le rendement des contrats en période de taux bas mais aussi pour des raisons commerciales (plus de commissions) et réglementaires (moins de fonds propres), les assureurs-vie doivent faire à au nouveau paradigme de remontée des taux depuis l'été 2022 en zone euro. Et les banquiers centraux le répètent à l'envi : les taux élevés sont là pour longtemps.
Du coup, les assureurs-vie doivent à la fois se prémunir de rachats massifs sur les fonds en euros (pour éviter de devoir vendre à perte des obligations) et réamorcer la pompe de la collecte nette sur ce support à capital garanti pour pouvoir réinvestir le « new money » sur le marché obligataire qui offre aujourd'hui de biens meilleurs rendements. De sources de marché, on assiste d'ailleurs au grand retour des assureurs sur la dette souveraine, séduits par un couple rendement/risque particulièrement attractif.
Urgence à agir
Et il y a une certaine urgence à le faire. A la fin juillet, la décollecte sur le fonds en euros à 18 milliards d'euros depuis janvier (sur un stock de plus de 1.300 milliards d'euros). Et ce alors que le taux du Livret A à 3 % a quelque peu bouleversé la hiérarchie des produits d'épargne (le rendement moyen du fonds en euros a été de 2 % en 2022), que le taux d'épargne des Français reste très élevé et que l'aversion au risque gagne de plus en plus d'épargnants. Au total, l'assurance-vie a même subi une décollecte nette d'un milliard d'euros en juillet, une contre performance déjà relevée en mai 2023.
Or, le principal atout du fonds en euros (comme d'ailleurs celui du Livret A) reste son capital garanti. Ainsi, 80% des conseillers en gestion de patrimoine (CGP) estiment que leurs clients auront « tendance à orienter leurs placements vers des fonds moins risqués », selon le dernier baromètre Kantar/BNP Paribas Cardif. En juillet, les chiffres de France Assureurs montraient déjà un moindre appétit des assurés pour les unités de compte, après des flux records sur les premiers mois de l'année.