Big bang en vue : Arkéa se prépare à quitter le Crédit Mutuel

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Jean-Pierre Denis, le président du Crédit Mutuel de Bretagne et du Crédit Mutuel Arkéa, a décidé d'engager le groupe bancaire mutualiste dans la voie de l'indépendance, après avoir défendu depuis plus de deux ans son autonomie face à l'organe central.
Jean-Pierre Denis, le président du Crédit Mutuel de Bretagne et du Crédit Mutuel Arkéa, a décidé d'engager le groupe bancaire mutualiste dans la voie de l'indépendance, après avoir défendu depuis plus de deux ans son autonomie face à l'organe central. (Crédits : Arkéa)
La fédération bancaire mutualiste regroupant la Bretagne, le Massif Central et le Sud-Ouest, envisage d'abandonner la marque Crédit Mutuel et de sortir de la confédération, pour acquérir son indépendance. Les administrateurs ont adopté ce mercredi ce projet visant à clore un conflit qui dure depuis plus de quatre ans.

[Article mis à jour à 22h20]

Le divorce semblait inéluctable. Les dirigeants du Crédit Mutuel Arkéa, ensemble regroupant les fédérations de la banque mutualiste de Bretagne, du Sud-Ouest et du Massif Central, ont décidé de prendre l'initiative de la rupture définitive. Jean-Pierre Denis, le président du Crédit Mutuel de Bretagne et du Crédit Mutuel Arkéa, a proposé au conseil d'administration de ce dernier, qui s'est réuni ce mercredi, de quitter la Confédération nationale du Crédit mutuel (CNCM), avec laquelle le groupe est en conflit depuis plus de quatre ans.

"Le conseil d'administration du groupe se prononcera donc sur le mandat donné aux dirigeants pour engager toutes les actions permettant à notre groupe de préserver sa liberté d'entreprendre, en obtenant le statut d'un groupe bancaire coopératif et mutualiste indépendant, distinct du reste du Crédit Mutuel" ont appris les 9.000 salariés du groupe dans un courriel adressé lundi à tous les collaborateurs et que La Tribune a pu consulter.

Le conseil d'administration du Crédit Mutuel Arkéa, où les soutiens à Jean-Pierre Denis sont majoritaires sur 18 administrateurs (dont deux indépendants et deux salariés), ont approuvé ce mandat mercredi, selon des sources concordantes.

La marque Crédit Mutuel au cœur du conflit

Arkéa renoncerait donc à utiliser la marque Crédit Mutuel, l'un des motifs de discorde avec l'organe central, qui l'accusait de contre-façon, pour avoir personnalisé le logo en une sorte de triskell celtique.

logo Arkéa credit mutuel

Ce renoncement à la marque, qui bénéficie de la meilleure image dans le secteur bancaire selon le baromètre Posternak-Ifop, inquiète les syndicats.

"Notre place au sein du Crédit Mutuel nous garantit l'usage d'une marque qui fait référence à nos valeurs et bénéficie de la meilleure notoriété dans le paysage bancaire français. Elle assoit la sécurité financière des sociétaires notamment par un dispositif de solidarité efficace propre aux valeurs de notre organe mutualiste. Sur les places financières, elle permet une appréciation favorable des agences de notation en bénéficiant de la force du Crédit Mutuel" fait valoir l'intersyndicale réunissant la CFDT, la CGT, le SNB/CFE-CGC et l'Unsa dans un message adressé aux administrateurs d'Arkéa.

Lire aussi : Au Crédit Mutuel, les rebelles de l'Ouest font bande à part

Menaces sur l'emploi ?

Les syndicats s'alarment aussi du "risque de voir s'implanter des agences Crédit Mutuel sur nos territoires après notre départ du groupe mutualiste" avec la fin du "principe de territorialité" qui confine les fédérations dans un espace défini, ce qui avait incité Arkéa à aller chercher des relais de croissance en ligne, en acquérant ou investissant dans des startups de la Fintech telles que Leetchi, Grisbee et Younited Credit. Arkéa rêvait déjà de s'affranchir de ce carcan territorial et avait mis le feu aux poudres avec un projet de distributeurs de billets dans des gares à Paris sous ses couleurs.

Tous les représentants du personnel ni les salariés ne sont pas sur la même longueur d'onde : ceux du siège du Relecq-Kerhuon, près de Brest, (1.800 personnes) sont nombreux à soutenir la démarche de la direction. Un collectif de salariés, appelé "Vent debout", a écrit à son tour une lettre aux administrateurs défendant son projet d'indépendance, "seule voie possible pour maîtriser notre destin." Une pétition, en forme de lettre ouverte à Edouard Philippe, qui a recueilli 5.400 signatures, fait valoir que "l'emploi est menacé" par "le projet centralisateur du CM11-CIC", le puissant groupe de fédérations dont le siège est à Strasbourg et dont le  président, Nicolas Théry, est également président de la CNCM. Près de 6.200 salariés sur 9.000 se situent en Bretagne. Le siège de sa banque en ligne Fortuneo, bientôt inauguré à Brest, n'aurait pu voir le jour dans un schéma centralisé, fait valoir le camp Arkéa. Le conflit a nourri une détestation mutuelle qui semble tellement loin de l'esprit mutualiste.

Le Massif central en sécession

Les dirigeants d'Arkéa avaient déjà préparé les esprits à cette rupture radicale en décembre dernier, lorsque le Tribunal de l'Union européenne avait rejeté son recours contre la décision de Banque centrale européenne (BCE) d'assurer sa supervision au niveau consolidé par l'intermédiaire de la CNCM. Ils se félicitaient alors que la décision du tribunal relevait "qu'une sortie du Crédit Mutuel Arkéa de la CNCM est une hypothèse tout à fait possible, ce qui est également la position de la BCE. Les exigences prudentielles appliquées au Crédit Mutuel Arkéa par le superviseur européen intègrent d'ores et déjà l'hypothèse d'une telle sortie".

Après le vote du conseil d'administration du Crédit Mutuel Arkéa ce mercredi, les conseils des fédérations de Bretagne et du Sud-Ouest voteront à leur tour ce vendredi. Quant à celle du Massif Central, en sécession, elle est "invitée à se prononcer". La situation est compliquée : en juin dernier, la nouvelle direction de la fédération de Clermont-Ferrand a adopté un projet visant à "mener à bien la convergence vers le Groupe Crédit Mutuel CM11 au 1er janvier 2019". Et donc à quitter Arkéa. Vu de Bretagne, c'est un mauvais coup téléguidé par les Strasbourgeois. En attendant que le processus soit enclenché, ce qui requiert un vote à la majorité des deux tiers des caisses locales, la fédération clermontoise, plus petite que les deux autres, est toujours dans le giron d'Arkéa et opère sous l'agrément bancaire de celle-ci ! Il faudra donc détricoter, la licence, du jamais-vu.

L'Etat en arbitre ?

Crédit Mutuel Arkéa, qui se dit harcelé de courriers quotidiens de la CNCM, s'estime déjà bridé dans sa capacité à se développer et à investir (des opérations auraient été bloquées) alors que sa stratégie lui a permis de "multiplier par près de 7 son résultat net depuis 2008 et d'afficher le ratio de solvabilité Core tier 1 le plus élevé du marché, à 16,9" plaide un proche de la direction.

Problème : même si les votes ressortent en faveur de la constitution d'un groupe indépendant, l'Etat aura son mot à dire et devra peut-être jouer le rôle d'arbitre. Arkéa  aurait tenu "informés les pouvoirs publics et les régulateurs" de son projet, indique une source proche. "L'existence d'un seul et unique organe central pour le Crédit Mutuel ainsi que son organisation actuelle découlent aujourd'hui de la loi française" avait rappelé à l'ordre Bercy. Le gouverneur de la Banque de France et la directrice générale du Trésor avaient souligné dans un courrier  à l'automne 2016 que "l'hypothèse d'une séparation avec la CNCM ne manquerait pas de poser des questions nouvelles et importantes : en particulier celles du coût de refinancement de Crédit Mutuel Arkéa, de l'évolution de ses exigences en fonds propres et enfin de l'usage de la marque Crédit Mutuel, tel qu'il résulte de l'article R512-23 du Code monétaire et financier".

La Cour d'appel de Paris vient de conforter le camp Arkéa : elle a rendu mardi un arrêt, rendu public mercredi, qui confirme le jugement du Tribunal de grande instance de Paris en défaveur de la CNCM sur la modification de ses statuts. Les résolutions adoptées en assemblée extraordinaire en octobre 2015 transformant la CNCM d'association en société coopérative ont été annulées, essentiellement pour manque de débats.

"Une nouvelle assemblée générale va être convoquée prochainement afin de modifier les statuts et procéder à cette transformation", a indiqué la CNCM dans un communiqué.

CHIFFRES CLES DU CREDIT MUTUEL ARKEA (2016)

1,8 milliard d'euros de produit net bancaire.

336 millions d'euros de bénéfice net.

6,1 milliards d'euros de fonds propres.

3,9 millions de clients et sociétaires.

9.000 salariés.

Filiales : Suravenir, Fortuneo, Primonial, Schelcher Prince Gestion, Monext, Leetchi, Mangopay, etc.

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Commentaires
a écrit le 18/01/2018 à 11:36 :
Le logo d'Arkéa serait-il prémonitoire ? Au lieu du fier et noble triskel, il annonce plutôt la désintégration prochaine avec ces 3 fissures qui interrogent sur la cohésion des 3 morceaux de ce triste carré ...
a écrit le 18/01/2018 à 10:27 :
Slogan " Une Banque différente, clients sociétaires" "La Banque qui appartient à ses clients" En espérant que dans cette séparation que le CLIENT ne soit pas pris pour le Dindon de la Farce et qui est le choix soit de rester et devenir ARKEA ou de rester au CREDIT MUTUEL. Pour devenir Sociétaires du Crédit Mutuel de Bretagne à l'adhésions , c'était un des principaux arguments des Conseillers Clientèles.
En espérant après cette scission que le Crédit Mutuel développeras des agences dans ces zones ou mettre des guichet Crédit Mutuel dans les CIC.
a écrit le 17/01/2018 à 22:16 :
Ce Denis entraine le CMB et ses associés sur la pente dangereuse de l'illusion. J'ai une pensée triste pour les salariés de ces entités qui, pour certains d'entre eux, ont bien compris que leur breton de chef va les conduire au naufrage ... Quant aux clients, ils n'auront rien à gagner à cette guerre d'un autre âge. Jeanne d'Arc, au secours !
a écrit le 17/01/2018 à 16:47 :
Je suis client d'ARKEA. La qualité de la relation locale a capté mon attention. Je connais uniquement cette marque. Je soutiens à 200% la démarche d'ARKEA. Que l'appellation crédit mutuel parte, cela n'enlevera en rien la fidélité des bretons jeunes ou vieux à ARKEA. Cette marque a réussi à transformer une image vieillotte en groupe moderne (fortuneo, letchee, etc). L'emploi dans les banques reste menacé, par l'IT. De toutes facons dans ou hors CMCIC, Arkea devra revoir sa masse salariale. Comme toutes les autres banques. Le marché breton très disputé, les bretons iront ils ouvrir leurs comptes chez CMCIC sachant que ce dernier sera désigné comme "l'ennemi" de la bretagne ? Dire que les dirigeants travaillent hors sol et uniquement pour s'enrichir paraît au minimum démago ou pire subjectif. Et, même si les dirigeants ont un égo surdimensionné, ont ils gagnés de la valeur pendant leurs mandats ? Ont ils innovés ? Ont ils redistribués de la richesse, des crédits, etc ?
Réponse de le 17/01/2018 à 19:16 :
Attention ! Fonctionner à l'affectif est très risqué en matière de finances...
Il conviendra à mon humble avis, que chaque client d'Arkéa, particulier ou pro, s'interroge sur la solidité de la nouvelle entité qu'il faudra créer de toutes pièces, à commencer par une licence bancaire ! Ensuite, quoiqu'en pense M. Denis il faudra inévitablement adosser ce nouvel établissement à un groupe puissant s'il veut être crédible, sinon ce sera la catalanisation assurée ! Quel avenir pour une banque "régionale" de 4 M de clients ?
J'adore cette Bretagne avec ses bonnets rouges, ses autoroutes gratuites, ses états d'âme aéroportuaires et bancaires, ce côté village "gaulois" qui , contre vents et marées, veut conduire ses rêves dans un univers mondialisé de 7 milliards d'humains ...
Pourvu que ce rêve ne se termine pas en cauchemar.
Réponse de le 17/01/2018 à 19:43 :
Tu es plutôt salarié d’Arkea à t’entendre ...
C’est surtout le marque Crédit Mutuel qui plait aux gens. De dire que CmCic est anti breton est totalement nul...
Le cmCic est présent en France (même à Nantes près de la Bretagne. Et tout s’y passe bien)
Réponse de le 09/03/2018 à 12:54 :
dommage que les bretons n aiment pas les alsaciens, alors qu ils devrait etre content d étudier et travailler dans notre belle région ! c est comme ed qui disait la corse sans les corses!!!!! je voulais devenir client chez fortunéo mais cela me fait hesiter.............surtou que le big boss breton n y serait que gagnant,... alors les palmes d or celtique des revues le revenu le point etc sont toutes mensongères en vantant cette banque en ligne.merci de me répondre moi qui suis un européen fervent! db
a écrit le 17/01/2018 à 16:46 :
Je suis client d'ARKEA. La qualité de la relation locale a capté mon attention. Je connais uniquement cette marque. Je soutiens à 200% la démarche d'ARKEA. Que l'appellation crédit mutuel parte, cela n'enlevera en rien la fidélité des bretons jeunes ou vieux à ARKEA. Cette marque a réussi à transformer une image vieillotte en groupe moderne (fortuneo, letchee, etc). L'emploi dans les banques reste menacé, par l'IT. De toutes facons dans ou hors CMCIC, Arkea devra revoir sa masse salariale. Comme toutes les autres banques. Le marché breton très disputé, les bretons iront ils ouvrir leurs comptes chez CMCIC sachant que ce dernier sera désigné comme "l'ennemi" de la bretagne ? Dire que les dirigeants travaillent hors sol et uniquement pour s'enrichir paraît au minimum démago ou pire subjectif. Et, même si les dirigeants ont un égo surdimensionné, ont ils gagnés de la valeur pendant leurs mandats ? Ont ils innovés ? Ont ils redistribués de la richesse, des crédits, etc ?
a écrit le 17/01/2018 à 14:00 :
Arkea : J'ai lu quelque part en interne que c est surtout une histoire d enrichissement pour les cadres dirigeants.
Réponse de le 24/01/2018 à 22:12 :
J'ai lu dans plusieurs articles que le président du CMA est l'un des mieux payés de toutes les banques mutualistes avec une rémunération annuelle de 1600 000 € par an pour un périmètre de 9000 salariées
J'invite les lecteurs à consulter sur "société .com " une société qui se dénomme SCD Arkea de type SA (peu mutualiste ) qui enregistre un CA de 66millions d'euros qui sert à rémunérer 180 salariés ( hauts cadres salariés ) du groupe Arkea .Je vous laisse apprécier le remuneration moyenne !!!!!
Cette somme est prélevée sur le groupe Arkea pour une mise à disposition de cadres dirigeants dans des filiales et au sein des fédérations
Ces salariés doivent trembler à l'idée d'un rapprochement avec le cmcic
Mais sachez le les autres salariés du groupe sont loin d'avoir ce niveau de rémunération
Tout ceci explique peut être cette entêtement de la part des dirigeants Arkea à défendre cette autonomie bec et ongle !!!!!!!
a écrit le 17/01/2018 à 8:20 :
C'est un nom porteur "Arkéa " , mème sans "crédit mutuel " devant !
Réponse de le 17/01/2018 à 11:16 :
Je ne pense pas sinon pourquoi utiliser chaque fois le terme CREDIT MUTUEL dans chaque communication pour une filiale d'Arkéa ?
Le patron d'Arkea, (les salaires des dirigeants d'Arkéa sont dans une structure distincte), souhaite uniquement s'enrichir au détriment de l'emploi en caisse.
ARKEA détruit la marque Crédit Mutuel, mais en effet qu'ils partent, ce sera plus serein par la suite

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