Si elles restent extrêmement marginales, les transactions illégales en cryptomonnaies ont atteint un record l’année dernière, essentiellement due à l’envolée des sanctions contre les individus et groupes criminels par les régulateurs du monde entier, indique le rapport de Chainalysis. Une évolution qui révèle aussi une accélération de la surveillance de l’écosystème par les régulateurs.Le bitcoin est-il la monnaie des criminels ? Une question épineuse à laquelle a tenté de répondre la société d'analyse spécialisée en crypto Chainalysis dans son étude annuelle 2023 sur la criminalité dans l'écosystème des cryptomonnaies* publiée le 26 juillet. Et, surprise, cette dernière explique que, malgré le déclin du marché crypto lié à l'assèchement des financements et la remontée des taux, le nombre de transactions illégales a augmenté pour la deuxième année consécutive. Ainsi, en 2022, elles ont atteint le chiffre record de 20,6 milliards de dollars.
Mais contrairement à ce qu'ils laissent penser, les chiffres ne sont en réalité pas si inquiétants, tempère la société à l'origine de l'étude.
Augmentation des contrôles et des sanctions contre des entreprises illégales
D'abord, car la part globale des cryptomonnaies associées à une activité illicite ne représente « que » 0,24% des transactions totales en 2022, contre 0,12% des transactions en 2019, note Chainalysis.
Mais plus encore, 2022 n'a pas été l'année de l'explosion de la criminalité mais celle d'une forte évolution de la nature des transactions illicites. Le nombre de transactions criminelles a, en effet, diminué dans quasiment toutes les catégories, à l'exception des vols de fonds, qui ont augmenté de 7 % sur un an et surtout de transactions illicites provenant d'entités sanctionnées qui se sont, elles, envolées de 43%.
«Depuis 2022, les gendarmes financiers s'arment et essayent de surveiller de plus en plus de flux, donc les volumes de transactions illégales provenant d'acteurs criminels repérés explosent mécaniquement», explique Stanislas Barthelemi, consultant crypto et blockchain chez KPMG.
Depuis 2018, l'Office of Foreign Assets Control (Ofac) le régulateur des transactions d'argents américain répertorie les adresses de réception de portefeuilles personnels de cryptomonnaies de personnes en lien avec de la cybercriminalité, le trafic de drogue, le blanchiment d'argent ou encore la participation à l'invasion de l'Ukraine par la Russie. Mais il faut attendre 2021 pour que l'organisme américain s'intéresse aux entreprises qui hébergent des adresses pour le compte de tiers. Un choix qui va porter ses fruits puisqu'en élargissant le spectre de surveillance, 350 adresses ont été repérées et placées sur liste noire en 2022, contre 100 en 2021 et à peine une dizaine en 2020.