La France a le 2ème stock de créances douteuses en zone euro, faut-il s’en inquiéter ?

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Stock de prêts non-performants (NPL) en milliards d'euros et ratio rapporté aux encours par pays en Europe, selon les dernières données de l'Autorité bancaire européenne à fin juin 2019.
Stock de prêts non-performants (NPL) en milliards d'euros et ratio rapporté aux encours par pays en Europe, selon les dernières données de l'Autorité bancaire européenne à fin juin 2019. (Crédits : Deloitte)
Les banques françaises ont en cumulé 124 milliards d’euros de « prêts non-performants », un peu moins que les italiennes mais quatre fois plus que les allemandes. Cependant, rapporté au total de leurs encours de crédit, leur taux de créances douteuses est meilleur que la moyenne européenne. Sous la pression réglementaire, les groupes français pourraient se mettre à se délester de portefeuilles de prêts au recouvrement incertain, comme d'autres banques européennes.

Si l'on parle de créances douteuses massives, on pense illico Italie, Grèce, Chypre, Portugal. Et pourtant ce sont les banques françaises qui ont le deuxième stock le plus important de « prêts non performants » (NPL pour "non performing loans" en anglais) de la zone euro, avec près de 124 milliards d'euros à fin juin 209, juste devant les italiennes, à 140 milliards d'euros. C'est 50% de plus que les espagnoles et quatre fois plus que les allemandes ! Les banques de l'Hexagone représentent 22% du total des 561 milliards d'euros d'encours de prêts au recouvrement improbable dans les 19 pays de la zone euro à fin juin selon la Banque centrale européenne (BCE). Ces prêts sont déclarés « non performants » lorsque plus de 90 jours se sont écoulés sans que l'emprunteur ait versé les tranches ou les intérêts prévus.

Qui sont les banques les plus exposées à ces créances douteuses ? Le cabinet Deloitte apporte une série de réponses dans une étude intitulée « Deleveraging Europe : Focus on France » publiée ce lundi 21 octobre. Les six plus grosses banques françaises en détenaient pour 112 milliards d'euros à fin 2018, au premier rang desquelles BNP Paribas avec 34 milliards, Crédit Agricole 23 milliards, BPCE (Banques Populaires Caisses d'Epargne) 21 milliards, Société Générale 18 milliards, le groupe Crédit Mutuel 14 milliards et La Banque Postale avec seulement 1 milliard d'euros.

En termes de proportion de créances douteuses sur les encours de crédit, la BNP reste la plus exposée avec un ratio de 4,3%, suivie de la Soc Gen à 3,6%, de BPCE à 3,2%, Crédit Mutuel à 3%, Crédit Agricole à 2,6% et la filiale de la Poste à 1,5%. Un tiers de ces prêts douteux concerne des crédits aux ménages (immobiliers et personnels), un tiers des prêts aux PME, un tiers des prêts aux grandes entreprises.

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NPL créances douteuses banques françaises Deloitte

[Exposition des banques françaises aux prêts non-performants. Répartition Crédit : Deloitte]

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« Les banques françaises ont toujours affiché de très bonnes performances par rapport à leurs homologues européennes : leur taux de prêts non-performants s'est toujours placé sous la moyenne européenne, atteignant aujourd'hui 2,8 % (contre 3,1% UE) » a soutenu Denis Beau, le premier sous-gouverneur de la Banque de France, lors d'une conférence à Sciences Po Bordeaux vendredi 18 octobre.

« De plus, les banques françaises ont toujours affiché un ratio de couverture de ces prêts supérieur à 50% sur la période décembre 2009-juin 2019, soit bien au-dessus de la moyenne des banques européennes (45% dans l'UE) » a-t-il plaidé.

Le stock en valeur est malgré tout « élevé » relève Deloitte.

Pression réglementaire

Les groupes bancaires français ont réduit de 16 milliards d'euros en deux ans le total de leurs « prêts non performants », mais plutôt par le biais de cessions à l'étranger. Le montant des créances douteuses concernant des crédits contractés en France n'a guère diminué depuis cinq ans et a même augmenté depuis la crise de 2008 : il avoisine les 70 milliards d'euros. Près de la moitié porte sur des prêts aux entreprises (grandes et PME), un tiers sur des emprunts immobiliers de particuliers et le solde sur du crédit conso.

Si les pouvoirs publics s'inquiètent de la forte dynamique de l'endettement privé en France (grandes entreprises et ménages) dans son ensemble, ces emprunts, à des taux très bas, ne constituent pas pour autant un risque dans le bilan des banques. Dans son évaluation des risques du système financier français de juin dernier, la Banque de France soulignait que « le marché français du financement de l'habitat continue de bénéficier d'une faible sinistralité » avec un taux d'encours douteux de 1,3% au 31 décembre 2018, en baisse de 0,13 point en un an. Le taux de NPL est plus élevé, à 3%, dans le prêt aux entreprises, et plus encore dans le crédit à la consommation à environ 11%.

Même si leur bilan est sain, les banques sont « sous pression » des régulateurs pour céder plus activement ces créances douteuses selon le cabinet Deloitte, du fait des régulateurs, qui ont donné des règles et consignes plus strictes sur les conditions de passage de provision notamment.

« Résoudre le problème des NPL est une priorité » martelait la BCE dans son rapport annuel 2018, car « les NPL diminuent les bénéfices des banques, les rendent moins résistantes et réduisent leur capacité à financer l'économie ».

En juin dernier, la Commission européenne a dressé un bilan et invité banques et Etats membres à poursuivre les efforts. « La poursuite de la réduction des prêts non performants est l'un des principaux facteurs de réduction des risques dans le secteur bancaire européen » soulignait le rapport, se félicitant que les actions concertées avaient facilité des transactions (la revente de portefeuilles de créances douteuses) qui « ont permis de rayer des bilans des banques quelque 112 milliards d'euros de  prêts non performants bruts au cours des trois dernières années (soit environ, 82 milliards d'euros en Italie, 24 milliards d'euros au Portugal et 6 milliards d'euros à Chypre). »

Si Unicredit en Italie et Commerzbank en Allemagne notamment ont vendu des milliards de prêts non performants à des spécialistes de la gestion de créances ou des fonds « distressed » spécialisés en actifs décotés comme Cerberus, quitte à accuser une perte de valeur, les banques françaises n'ont pas encore été très actives dans ce domaine. Le cabinet Deloitte, qui estime à 3,5 milliards d'euros les transactions portant sur des NPL en France en 2018 et à 4,5 milliards celles de 2019, sur un marché des portefeuilles de prêts de plus de 200 milliards en Europe, y voit un potentiel important.

« L'appétit des investisseurs pour les actifs « distressed » (décotés) français augmente à mesure que des investisseurs internationaux déploient du capital dans ce marché naissant » font valoir les analystes de Deloitte.

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Commentaires
a écrit le 23/10/2019 à 15:39 :
Apprenez à lire, la réponse est dans le graphique. Ce sont les petits losanges bleus qu'il faut regarder (% de prêts non performants sur le stock total).

Si les banques françaises on plus de prêts non performants en volume c'est uniquement qu'elles ont un plus gros stock de prêts au total. En % du stock total de prêts, elles ont nettement moins de prêts non performants que leurs homologues italiennes, portugaises, grecques, etc.
a écrit le 23/10/2019 à 11:54 :
Les chiffres c'est comme le langage des fleurs, on leur fait dire ce que l'on veut,
Ce qui est étonnant, c'est la montant en valeur absolue des créances douteuses des banques allemandes, seulement une trentaine de milliards d'euros ..
Car les "blians" de la Deutsche Bank, de la Dresdner Bank / Commerzbanksont loins d'être irréprochables ....
Mais bon ...
a écrit le 23/10/2019 à 11:21 :
Ici en Coree pour acheter un bien ancien ou neuf il faut des garanties. Un job, un paiement de l'entreprise qui vous emploie. Ensuite un apport perso qui correspond grosso-modo a 40% de l'achat global. Ensuite va vous etre propose un taux qui sera tjrs variable, c'est a dire fluctuant a la baisse ou son contraire. Que les naifs ne revent pas. c'est tjrs vers le haut que ca se passe.
Si vous oubliez un paiement ca passe, mais on vous en avise tres poliment mais fermement. En cas de non paiement, c'est simple: La saisie au profit de la banque.
Voila pourquoi l'immobilier en Asie se regle en multi propriete par les familles. C'est pour bcp de monde le seul moyen de devenir proprietaire.
Ce qui permet rapidement de faire de la specu lors de la revente et l'on observe ici des tarifs delirants pour de vulgaires appartements sans aucun charme mais bien places pres d'un metro, une bonne ecole/fac pour les gosses. Le meme syndrome qu'a Paris et toutes les grandes capitales.
Le ver est dans le fruit et quand ca va peter, faudra pas etre etonne.
Le mieux est de ne pas avoir de dettes, comme disait Lapalisse....
a écrit le 22/10/2019 à 17:52 :
Les seuls qui ont tout compris en Europe ce sont les allemands....ils ont conservés une industrie très performante et une agriculture qui ne l'est pas moins..du coup ils fourguent leurs produits au monde entier en faisant des supers bénéfices qui génèrent des excédents records...pendant ce temps nous on pleure et on achète allemand!!! Chercher l'erreur.
Réponse de le 22/10/2019 à 18:33 :
Pire ; ils ont conservé une industrie performante et ont construit une agriculture performante fondée par exemple sur des fermes de 1000 vaches (d'importateurs ils sont devenus largement exportateurs) alors que dans le même temps, à coup d'agro-bashing les positions agricoles françaises, naguère très performantes, ne cessent de s'effriter. Un exemple de plus de gestion absurde de notre économie. Et inutile d'accuser l'UE, l'€, ils n'y sont pour rien.
a écrit le 22/10/2019 à 11:41 :
Et en termes d'exposition aux dettes publiques de pays surendettés (Grèce, Italie, Portugal, Belgique, France, Espagne par exemple) et pire à ceux dont la dette continue à se creuser parmi lesquels Italie et France ? Tôt ou tard ces grosses économies (trop grosses pour qu'un programme d'assistance à la grecque puisse être mis en place) seront en défaut de crédit et il y a un gros risque de haircut pour les banques qui détiennent leurs titres de dette...
Réponse de le 23/10/2019 à 10:37 :
La dette une une chose, c'est surtout la balance commerciale qui pause problème.
a écrit le 22/10/2019 à 11:39 :
...S'en foutent les Banques, lorsqu'elles débloquent une ligne de crédit, l'argent qu'elles prêtent n'existe pas. Elles n'ont pas en caisse le début d'un "fifrelin" (d'un Euro!) à prêter ! Au pire, la BCE leur rachètera leur créances. Et les banques continueront à afficher des bénéfices record...Porvou Que Sa douré!
Réponse de le 22/10/2019 à 14:11 :
Tout à fait ...c'est la raison pour laquelle "ma" banque me conseille de prendre de leurs actions.....faire payer par les clients solvables leurs errements de gestion....Avec un Président (ce n'est pas Macron) qui a vendu 500 tonnes d'or ....et qui a endetté à lui seul 600 milliards d' € ....la France est bien gérée.....de l' ASPA payé par le SASPA c'est à dire par la C D C ,,,
Nos enfants ont des soucis à se faire
Réponse de le 23/10/2019 à 10:51 :
J'en doute.
a écrit le 22/10/2019 à 11:09 :
Encore des spéculations, ils sont dans leur logique et veulent nous préparer à une éventuelle crise financière. Il faut bien rembourser le manque à gagner dû aux différents mouvements sociaux... Système
a écrit le 22/10/2019 à 10:25 :
Et lorsque l'on voit la publicité du crédit agricole en ce moment, disons que la com permet tout !!!
a écrit le 22/10/2019 à 9:44 :
Nous observons au quotidien dans les grands médias nationaux le gouvernement et ses relais nous parler de la productivité, de la nécessité de privatiser, du chômage et des retraites qui ruinent notre pays, bien. Quand est-ce qu'il vont nous définir une politique sur notre dette incontrôlable, les banques fragilisées, les risques (éventuels) des taux négatifs sur les crédits, etc. Certes, la question est complexe mais d'importance et les Français sont en état et en droit de comprendre les coulisses d'une politique financière.
Réponse de le 22/10/2019 à 11:48 :
@Albert
...les coulisses d'une politique financière...c'est arnaque à tous les étages. A commencer par l'exploitation des moins riches, des moyennement riches, mais à l'exclusion (évidemment...) des TRES riches.
Néo libéralisme et capitalisme à la manœuvre, il ne peut en être autrement.
Conclusion ?
Réponse de le 22/10/2019 à 15:37 :
C'est bien beau ts ces bla bla...
Mais à votre avis qui finance ou qui couvre les dettes faramineuses des EDF, Framatone, SNCF, RATP, AF, Caisses de retraite, UNEDIC, CPAM et bientot le Gd Paris...et par ricochet les créances douteuses des gdes bques " too big to fail"...si ce n'est l'Etat et nos impôts.
Tt ça ne peut qu'entrainer à entretenir une dette incontrôlable.
On peut peut-être juger utile de demander que ts ces gros contributeurs se bougent un peu les fesses, non??
a écrit le 22/10/2019 à 9:18 :
quand vous faites un pret conso a 20%, et qu'une personne fait defaut, les interets d 5 autres vont couvrir le risque, a la 6eme personne vous gagnez de l'argent
quand vous pretez a 35 ans en immobilier ou ' tout va bien' alors que les prix sont surevalues de 30%, que les taux sont fixes, et a 1.3%, il faut 70% pour couvrir le defaut; si ca ne derouille que de 50%, il ne faut que 70/2 = 35 prets pour couvrir le risque
alors on en reparle a la prochaine recession , du ' tout va bien madame la marquise'
les autorites avaient demande a ce que les taux passent de fixe a variable, et qu'on fait les banques?
rien
Réponse de le 22/10/2019 à 10:29 :
Merci de ces précisions, car si l'on sait que les prêts semblent facile du fait des taux d'intérêts, malgré tout la mondialisation des échanges et les encours bancaire pour moi je me dits qu'il y a quelque chose d'étrange dans le fait du coup d'avoir des prix de biens qui deviennent intenables !!!

Et lorsque l'on sait que Paris est dans une bulle, y a comme quelque chose qui me questionne !
a écrit le 22/10/2019 à 8:47 :
Bien sûr que non ! Grâce à nos "experts" que nous avons au pouvoir nous allons rapidement effacer cette anomalie ! En un coup de cuillère à pot même...

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