La gendarmerie recherche désespérément des blindés pour remplacer ses VBRG antédiluviens

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Des VAB de l'armée de Terre pourrait être gendarmisés
Des VAB de l'armée de Terre pourrait être gendarmisés (Crédits : Ministère des armées)
Après avoir souhaité lancer un programme de nouveaux véhicules blindés, la gendarmerie pourrait rénover tout ou partie de son parc de blindés et en obtenir d'autres des forces armées. Une solution beaucoup plus économique.

La gendarmerie trépigne. Elle veut, et le plus rapidement possible, de nouveaux blindés, de préférence rénovés, pour remplacer ses "antiquités". "Le VBRG est né avec la 4L", a d'ailleurs rappelé le 10 octobre à l'Assemblée nationale le général Richard Lizurey, alors encore directeur général de la gendarmerie nationale. Mais pourquoi rénover de très vieux VBRG (véhicules blindés à roues de la gendarmerie) entrés en service en 1974 ? La raison en est simple, le prix. "On s'achemine plus vers cette solution que vers l'achat de blindés neufs, qui pourraient coûter très cher et qui n'existent pas sur étagères en tant que tels, avait expliqué le 9 octobre au Sénat le général Richard Lizurey. L'idée est de diviser par quatre ou cinq au moins leur coût d'acquisition".

"Nous avons 84 engins blindés opérationnels, la moitié en outre-mer et la moitié en métropole, a précisé l'ancien patron de la gendarmerie. Depuis décembre 2018, nous avons vu que cela pouvait présenter un intérêt dans le cadre des opérations de maintien de l'ordre. Dans le cadre de l'élaboration du livre blanc (qui doit être prêt début 2020, ndlr), nous cherchons à déterminer si et dans quelles conditions il est possible de renouveler la flotte actuelle des véhicules blindés".

Au départ, la gendarmerie envisageait le nec plus ultra avec le développement d'un programme de véhicules blindés de nouvelle génération. Mais les gendarmes sont très vite revenus à la réalité surtout face à leurs limites budgétaires : "C'est devenu hors de portée budgétaire et peu souhaitable, car on ne va pas engager un programme pour 84 véhicules blindés", a confirmé à l'Assemblée nationale le général Richard Lizurey. La gendarmerie s'est donc résolue à rénover deux types de blindés, tout ou partie de ses VBRG ainsi que des VAB cédés par l'armée de Terre. Dans ce cadre, le général Richard Lizurey prévoyait de faire rénover "six ou sept matériels chaque année pendant quatre ou cinq ans, selon l'ancien patron de la gendarmerie. Nous disposerions ainsi au bout de cette période d'une flotte de 84 véhicules blindés qui pourraient repartir pour trente, quarante ou cinquante ans".

Des VBRG et des VAB rénovés

Selon l'ancien patron des gendarmes lors de son audition à l'Assemblée nationale, le coût unitaire d'un véhicule rétrofité, incluant la remotorisation complète, la climatisation et la révision de l'ensemble du système, s'élèverait entre 250.000 et 300.000 euros par VBRG et par VAB. Soit un montant cinq à six fois moins élevé que celui d'un matériel neuf. Deux prototypes VBRG rénovés ont été livrés à la gendarmerie par deux sociétés différentes, Turgis & Gaillard (Neuilly-sur-Seine) et OMAT (Indre-et-Loire). Un des deux prototypes a été livré fin août à la gendarmerie par la jeune et dynamique PME francilienne, qui avait gagné début 2019 l'appel d'offres portant sur la rénovation d'un véhicule blindé. "La gendarmerie est assez satisfaite de l'expérience : on s'achemine vers un rétrofitage de tous les blindés", a précisé le 23 octobre la député LREM de l'Aisne Aude Bono-Vandorme, qui présentait son rapport sur les crédits de la gendarmerie nationale (mission "Sécurités") pour 2020. Une rénovation en série pourrait faire baisser les prix.

"Les deux premiers prototypes ont été livrés. Les résultats, à ce stade, sont extrêmement encourageants", avait expliqué le général Lizurey.

En outre, l'ancien patron de la gendarmerie était également intéressé par la cession de VAB des armées, qui seraient eux-aussi rénovés. Un projet de cession de VAB de l'armée de Terre à la gendarmerie est donc à l'étude. Le ministère des Armées serait prêt à céder gracieusement ces blindés. "C'est là une bonne pratique interministérielle, les armées disposant d'un certain nombre de véhicules dont elles n'ont plus l'utilité et qui peuvent être gendarmisés", avait expliqué le général Lizurey. Ils iraient rejoindre le parc basé en Outre-mer. Dans ce cadre, un VAB, qui a été retrofité par OMAT selon les besoins de la gendarmerie, est actuellement en phase de test, selon nos informations. La balle est aujourd'hui dans le camp de la gendarmerie, qui se décidera en fonction de l'issue des tests. Elle devra définir le nombre de véhicules rénovés aussi bien pour les VBRG que pour les VAB. Un budget sera alors défini.

Arquus et Nexter poussent pour des blindés neufs

Depuis le départ du général Lizurey, Arquus notamment, et Nexter, ont fait feu de tout bois pour inciter la gendarmerie à acheter des blindés neufs sur étagère. Arquus vante les mérites du Sherpa tandis que Nexter propose une nouvelle version du VBMR Léger. Alors que la gendarmerie souhaitait idéalement décider une opération de rénovation au premier trimestre 2020, les cartes pourraient avoir été rebelotées sous la pression des industriels, qui proposent toutefois aussi des opérations de rénovation.

A ce jour, trois possibilités ont été identifiées afin d'engager le renouvellement du parc des blindés de la gendarmerie : 1/ Trouver un véhicule adapté au meilleur prix. 2/ Remettre à niveau tout ou partie des VBRG et procéder, en liaison avec les armées, à la récupération puis à l'adaptation de VAB destinés à être cédés. La durée de vie de ces véhicules rénovés pourrait être fortement allongée de 10 à 20 ans. Enfin 3/ Mettre en oeuvre une solution mixte, qui repose sur l'acquisition de nouveaux matériels et la rénovation de certains VBRG.

Un parc de plus de 100 blindés

Actuellement, la gendarmerie utilise trois types de véhicules blindés : 84 véhicules blindés à roues de la gendarmerie (VBRG), qui sont stationnés pour la plupart au groupement blindé de gendarmerie mobile (GBGM) de Versailles-Satory (32) et en Outre-mer (38) ; 20 véhicules de l'avant blindés (VAB), récupérés auprès de l'armée de Terre en 2009, et dont 14 bénéficient d'une surprotection de blindage du fait de leur engagement précédent en Afghanistan. D'une moyenne d'âge de 34 ans, ils sont répartis au GBGM (10), au centre national d'entraînement des forces de gendarmerie (2) et en Nouvelle-Calédonie (8). Enfin, la gendarmerie compte un engin du génie d'aménagement (EGAME) acquis début 2013.

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Commentaires
a écrit le 14/12/2019 à 20:31 :
11 septembre/attentats> crise de 2008> Austérité > Appauvrissement> Conflits sociaux> Manifestations> Répression.
Paradoxe. Les victimes sont doublement coupables. L'incapacité à traiter la protection des peuples (sécuritairement et socialement) est escamotée.
A défaut de pouvoir résoudre les problèmes, le pouvoir s'arme contre son propre peuple.
Vous n'êtes plus entendus, défendus.
Vous êtes le problème à résoudre.
a écrit le 13/12/2019 à 11:11 :
"six ou sept matériels chaque année pendant quatre ou cinq ans". Ca fait au maximum 35 engins rénovés. Loin des 84 à rénover
a écrit le 12/12/2019 à 16:15 :
Bravo, la Gendarmerie est maintenant en plus écolo. Evitons de consommer inutilement.
Bien sur que remotoriser et reconfigurer ces véhicules est la solution la moins chère !
Le châssis doit pouvoir faire 100 ans... Vu l'utilisation routière de ceux-ci.
a écrit le 12/12/2019 à 15:28 :
Sa nous fait du bien de voir des blindés dans les villes, sa nous rappel toujours de bons moments !
Réponse de le 13/12/2019 à 11:08 :
"ça" plutôt que "sa"
a écrit le 12/12/2019 à 14:52 :
Nos LREM ont tellement peur que c'est le moment de leur faire acheter du matos pour "maintenir l'ordre" !
a écrit le 12/12/2019 à 14:37 :
L'allemagne doit bien avoir quelques mg42 a donner aussi au cas ou la cgt
a écrit le 12/12/2019 à 14:35 :
Bon y a pas de sous, mais avec des pommes de terre, ils pourront toujours faire de l'opposant parmentier comme ça
a écrit le 12/12/2019 à 14:15 :
Pour ma part, je pense que des Arquus hyguard sécurité intérieure sont plus appropriés
a écrit le 12/12/2019 à 13:26 :
Comme y'a plus d'sous dans les caisses, au pire nos gendarmes pourront re-découvrir les plaisirs de la traction animale...
a écrit le 12/12/2019 à 12:47 :
Pour du maintien de l'ordre des VAB rénovés sont largement suffisant et on en a quantité.
Ils ne passent plus les spécifications requises en OPEX du fait de la généralisation des IED (bombes et mines artisanales) et des armes lourdes, mais on a rarement des manifestants armés de mitrailleuses et d'explosifs capables de retourner un véhicule de 7 tonnes.

Il suffit d'un véhicule résistants aux petits calibres et aux pavés, aux gaz lacrymo, à la flamme, et capable de déplacer des barricades. C'est à la portée d'un VAB des années 60.

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