À Francfort, l'industrie automobile espère trouver son salut dans l'électrique

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La voiture électrifiée sera la star du salon automobile de Francfort.
La voiture électrifiée sera la star du salon automobile de Francfort. (Crédits : Reuters)
Le salon automobile de Francfort ouvre dans un contexte particulier: une vague d'ouragans sans précédent imputé au réchauffement climatique, et l'annonce par la Chine d'en finir avec les moteurs essence. Les constructeurs automobiles auront à coeur de convaincre qu'ils sont résolument tournés vers les technologies dites électrifiées (100% électriques, ou hybrides). L'enjeu industriel et social pour l'Europe est considérable...

Il y a un an, au Mondial de l'automobile de Paris, les esprits avaient été marqués par l'absence de quelques marques... Une première ! Le salon de Francfort qui ouvre ce mardi à la presse et aux professionnels (jeudi pour le grand public) sera davantage frappé par les absents, et pas des moindres. À Volvo qui s'était déjà distingué l'an passé par son forfait, il faudra cette année ajouter Nissan, Fiat, Alfa Romeo, Jeep et même Tesla. Côté français on retrouvera bien Renault, mais le groupe PSA se contentera d'être représenté par Citroën, mais également Opel, sa dernière acquisition et qui joue donc à domicile. Pas moins de neuf marques ont annoncé qu'elles ne se rendraient pas à Francfort. Trop cher, et à entendre certaines d'entre elles, trop allemand...

Des stands pharaoniques à l'humilité...

Il est vrai que les marques allemandes ont l'habitude d'occuper l'espace médiatique avec des stands pharaoniques : des pistes suspendues, des compartiments sous forme de glaçons géants pour accueillir les visiteurs... Rien n'est trop beau pour consacrer la puissance de l'industrie automobile allemande. Une des plus puissantes au monde tant en volumes qu'en valeur.

Sauf que cette année, l'ambiance pourrait être à l'humilité et à l'introspection. Tout l'été aura été gâché par les polémiques en Allemagne autour des questions d'émissions polluantes, sans parler d'un soupçon d'un gigantesque cartel qui aurait commencé dans les années 1990.

> Lire aussi: Automobile : les seuils de température, un scandale en sommeil...

Angela Merkel, candidate à sa succession en septembre, s'est elle-même emparée du sujet pour ne pas se laisser déborder par l'opposition qui voulait l'attaquer sur une éventuelle complaisance de la chancelière avec les constructeurs automobiles sur la question de la pollution automobile. Angela Merkel a ainsi convoqué début août les constructeurs nationaux dans le cadre d'un séminaire inédit afin de sauver ce qui reste de la technologie diesel. Ce qui reste puisque cette technologie pourrait bien être au crépuscule de sa carrière.

Le virage de l'électrique

Depuis le scandale des moteurs truqués de Volkswagen qui a éclaté il y a tout juste deux ans, les constructeurs ont pris un véritable virage dans leur stratégie de motorisation. Ainsi, après avoir longtemps moqué la voiture électrique, les constructeurs automobiles devraient cette année lui faire une véritable haie d'honneur. Tous les groupes automobiles ont désormais un programme autour de la voiture électrique. Mais pas fous... Ils parlent de voitures « électrifiées », comprendre des voitures 100% électriques, mais également des voitures hybrides.

Le salon de Paris avait été l'occasion de marquer un premier virage avec des concepts cars, celui de Francfort devrait amplifier le mouvement. BMW vient ainsi d'annoncer un plan de 25 modèles électrifiés d'ici 2025, dont 12 100% électriques. La marque premium allemande veut reprendre la main sur une technologie où elle avait été pionnière en 2013 avec l'i3, mais qui doit aujourd'hui faire face à Tesla, mais également Mercedes et Audi qui ont annoncé des produits puissants sur le même horizon. Un an après avoir divulgué le concept EQ qui avait donné le ton de sa stratégie dans l'électrique, Mercedes a donc décidé d'accélérer en annonçant que chaque modèle de sa gamme sera disponible dans une version électrifiée d'ici 2022.

Ces marques ont admis l'idée qu'il était possible de proposer des voitures conformes à leur vocation premium avec une technologie 100% électrique : autonomie de 500km et performances sur route, comme la Tesla Model S capable de faire un 0 à 100 km/h en moins de 3,5 secondes.

Le plug-in, le 48 volts ou l'hydrogène ?

L'hybride plug-in, c'est à dire rechargeable contrairement à l'hybride normal qui ne se recharge qu'en roulant et ne dispose que d'une autonomie de moins de 10 km en 100% électrique, va également s'imposer, y compris chez les marques généralistes. C'est la meilleure façon pour elles de proposer une gamme acceptable d'un point de vue environnementale. Mais cette technologie reste encore chère. Heureusement, les équipementiers automobiles sont en train de lancer le 48 volts, une technologie qui permet d'apporter une assistance électrique au moteur dans les moments les plus énergivores (démarrage, accélération, côte...) afin de limiter la consommation de carburant. Cette technologie a l'avantage d'être beaucoup moins lourde et beaucoup moins cher que la technologie hybride tout en faisant économiser environ 1 à 1,5 litre sur 100 km, soit une économie considérable. Enfin, l'hydrogène pourrait enfin s'imposer dans le débat alors que cette technologie était encore considérée comme une niche exclusive avec à peine deux modèles disponibles dans le monde : la Toyota Miraï et la Hyundai ix35 Fuel Cell.

L'influence décisive de la Chine

L'industrie automobile est au pied du mur et le contexte sera très particulier cette année. L'opinion publique est clairement échaudée par la vague d'ouragans qui sème la désolation dans les Caraïbes et le Sud des États-Unis, et dont les météorologues imputent l'exceptionnelle violence au réchauffement climatique. En outre, la Chine, premier marché automobile mondial, vient d'en rajouter une couche en annonçant son intention d'en finir avec les motorisations essence. Aucun horizon temporel n'a été donné, et les constructeurs prient pour que celui-ci se rapproche de ceux envisagés par Londres et Paris qui ont été les deux premiers à dégainer cette mesure, mais qui ont arrêté une échéance suffisamment lointaine, 2040.

> Lire aussi: Opel, Fiat, Mitsubishi... Consolidation en vue dans l'industrie automobile ?

Cette annonce de la Chine est un véritable tremblement de terre pour l'automobile européenne. Le pays aux 24 millions de voitures (et 42 millions en 2024 selon AlixPartners) est d'ores et déjà le premier producteur et vendeur de voitures électriques du monde, et le pays ne veut pas s'arrêter là. Cette seule annonce a propulsé l'action BYD, le premier constructeur chinois de voitures électriques, à la Bourse de Shanghai (+4,55%). En réalité, la Chine était déjà le pays le plus ambitieux en matière de voiture électrique. Elle avait déjà opposé de nombreuses restrictions encourageant les constructeurs à emprunter cette voie. La plus forte étant l'objectif d'atteindre 8% du mix énergétique des ventes en électrique et ce, dès l'année prochaine.

L'industrie automobile européenne affaiblie

Pour l'industrie automobile européenne, l'enjeu est potentiellement catastrophique, car la Chine fabrique l'essentiel des pièces de la traction électrique. Le groupe motopropulseur représente 35% de la valeur ajoutée d'une voiture, si celle-ci devient 100% électrique, c'est autant de valeur qui disparaitra de l'industrie automobile européenne... « Les équipementiers seront les premiers touchés », explique Laurent Petizon, analyste chez Alixpartners. L'impact social sera également considérable. Rien qu'en Allemagne, la technologie diesel représente près de 800.000 emplois directs et indirects. En France, des usines entières ne sont consacrées qu'à la production moteur comme Tremery pour PSA en Moselle, ou encore l'usine Bosch de Rodez, premier employeur privé de l'Aveyron...

Statista voitures électriques

(Un graphique de notre partenaire Statista)

Derrière les traditionnels shows et autres stands tout en lumière sur fond de concepts-cars et de nouveautés exclusives propres à chaque salon automobile (200 nouveautés attendues cette année), ce qui se joue cette année à Francfort n'est rien de moins que l'avenir de l'industrie automobile européenne.

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Commentaires
a écrit le 12/09/2017 à 17:33 :
Quoi qu’il arrive, à terme nous serons confrontés à l’épuisement des ressources de pétrole. Et d’après AIE, le pic oil serait maintenant aux alentours de 2025, avec un scenario à 450 ppm de CO2 (http://decrypterlenergie.org/la-fin-du-petrole-est-elle-reellement-une-menace)

En espérant que l’on va pouvoir réduire la consommation d’énergies fossiles bien avant. Pas uniquement pour une question de pollution, mais aussi parce que on ne pourra plus supporter le coût exorbitant des catastrophes naturelles.
a écrit le 12/09/2017 à 17:13 :
Attention aux autos autonomes.
La population n'aura plus besoin d'autos individuelles.
Quel devenir des usines autos dans cette perspective?
a écrit le 12/09/2017 à 17:04 :
L'état allemand a déjà décidé d'aider financièrement BOSCH grand équipementier automobile dans sa reconversion du diesel vers les composants électriques pour véhicules .
a écrit le 12/09/2017 à 11:34 :
Il ne faut pas oublier un fait.

Un seul de train de marchandise qui traverse la France permet d'économiser chaque jour autant de carburant que 2 à 3000 voitures électriques.
a écrit le 12/09/2017 à 10:48 :
L'avantage de la propulsion électrique c'est qu'elle supprime la pollution et les rejets directs de CO2. Tous les fabricants allemands se précipitent donc et à court terme cela peut suffire. Par contre le vrai sujet qui est quelle électricité pour faire avancer les voitures n'est pas du tout résolu et va revenir en force sur le devant de la scène.
On peut se demander si l'Allemagne n'est pas déjà en train de penser à son retour vers le nucléaire car on n'imagine pas les allemands abandonner leur gros SUV pour des petites électriques.
Réponse de le 12/09/2017 à 11:35 :
aucune chance. Le nucleaire n a pas bonne presse en RFA (et c est une litote).
Quand aux SUV, il y en a autant en france qu en RFA , les allemands sont plutot amateur de grosses berlines ou de sportives
a écrit le 12/09/2017 à 10:19 :
Pourquoi ne parle-t-on jamais des enjeux environnementaux liés aux batteries: fabrication, production de l'électricité qui va les alimenter, et surtout quid du recyclage?
Je crains qu'au final ce ne soit qu'un déplacement de la pollution...
Réponse de le 12/09/2017 à 19:32 :
Tout le monde en parle et les solutions existent depuis longtemps.
Votre temps serait bien plus utile si vous le passiez à vous renseigner au lieu de publier des commentaires
a écrit le 12/09/2017 à 9:25 :
" Cette technologie a l'avantage d'être beaucoup moins lourde et beaucoup moins cher que la technologie hybride tout en faisant économiser environ 1 à 1,5 litre sur 100 km, soit une économie considérable"

Oui c'est beaucoup 1.5 litre mais je ne sais pas si cela vaut le coup d'avoir une usine à gaz pour ceci, avec des véhicules plus légers on gagnerait autant de consommation et ils couteraient moins chers, là il est évident que seule une petite partie de la population pourra se permettre d'en acheter sans parler de l'entretien qui devrait être conséquent.
Réponse de le 12/09/2017 à 10:21 :
Les préceptes Mr Emile Mathis Ingénieur chez Bugatti et constructeur automobile, reste d'actualité
"le poids voilà l'ennemi"

Quand aux hybrides, c'est vouloir s'affranchir à bon compte d'une sérieuse prise de poids
Réponse de le 13/09/2017 à 9:45 :
Je me souviens d'une interview du sage Bernard Darniche, il y a une bonne quinzaine d'années qui disait qu'il ne comprenait pas pourquoi les voitures étaient de plus en plus lourdes alors que la technologie devrait permettre des les alléger de plus en plus tout en limitant les vitesses des voitures qui ne veulent plus rien dire puisque de toutes façons nous ne pouvons pas dépasser 130 km km/h.

Cela ferait ainsi des véhicules qui consomment beaucoup moins et qui seraient moins chers mais c'est très mauvais par contre pour les nombreuses marges bénéficiaires des actionnaires qui s'infiltrent partout augmentant sans arrêt.

Bref l'argent a ses raisons que la raison ignore.
a écrit le 12/09/2017 à 9:21 :
quand les chinois bloqueront l'acces aux terres rares qui permettent de fabriquer l'electronique qui regit tout ca on va rire
on va aussi rire quand les ecolos vont decouvrir qu'il y a de l'acide dans les batteries, que pour les remplir il faudra de l'electricite produite avec du charbon car le nucleaire c'est dangereux et que l'hydrolien ca marche 15% du temps (e t qu'a la fin, des batteries, ca se... recycle?)
on va aussi rire quand chacun aura un fil electrique qui pend de son balcon au 5eme etage vers sa voiture et que plus personne ne dort pour que le voisin ne remplisse pas sa batterie a moindre frais
en plus de la chine qui a main mise sur le marche, quand ils changeront d'avis pour donner le la, y en a plus d'un qui va dechanter
y aura bien un con pour comprendre que le pb c'est la guerre economique et qu'en temps opportun il sera inutile de retourner sa veste avec un plan ' moteur thermique' a 2 ans......
Réponse de le 12/09/2017 à 10:44 :
Vous affolez pas, tant que vous avez de l' eau à boire qui ne vous empoisonne pas et de l' air à respirer qui ne vous disloque pas trop tôt les bronches ..!

Les alternatives à ces moteurs gourmands existent depuis longtemps mais l' intérêt prévaut et le lobbyiste aussi qui pousse comme les avants bayonnais ...!
Réponse de le 12/09/2017 à 11:38 :
les batteries des voitures electriques ne sont pas a l acide mais au lithium (ce qui est certes aussi pas ecolo). Quant aux prises electriques du 5eme etage, ca sera pas la peine, j ai deja une prise dans mon garage (certes je ne vit pas en france ou l immobilier est hors de prix et de qualite mediocre). Et il n y aura pas plus de vol d electricite qu ede vol d essence (c est aussi pas tres du de siphonner un reservoir)
a écrit le 12/09/2017 à 8:43 :
Enfin un article sur la révolution électrique qui évoque les vrais problèmes.

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