Juste avant de fusionner, Veolia et Suez affichent leur bonne santé

Les deux groupes ont présenté des résultats du troisième trimestre très positifs. Ils seront probablement les derniers avant leur rapprochement, dont la finalisation est prévue fin janvier.
Giulietta Gamberini

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Veolia se dit persuadée que ce calendrier ne sera pas entravé par un ultime obstacle dressé par les syndicats de Suez, opposés à la fusion: l'ouverture le 18 juin par le Parquet national financier (PNF), à leur demande, d'une enquête préliminaire pour trafic d'influence.
Veolia se dit persuadée que ce calendrier ne sera pas entravé par un ultime obstacle dressé par les syndicats de Suez, opposés à la fusion: l'ouverture le 18 juin par le Parquet national financier (PNF), à leur demande, d'une enquête préliminaire pour "trafic d'influence". (Crédits : PASCAL ROSSIGNOL)

A quelques mois de leur fusion, Veolia et Suez vont bien. Les deux leaders français de l'eau et des déchets, qui doivent finaliser leur rapprochement début 2022, ont quasiment simultanément publié ce jeudi des résultats du troisième trimestre 2021 positifs, faisant preuve de leur résilience face à la crise du Covid-19, et censés rassurer sur l'avenir des deux entités résultant de l'opération.

Veolia, qui fin août 2020 a annoncé sa volonté de racheter son rival, et qui en a finalement obtenu l'accord en avril 2021 après plusieurs mois de guerre médiatique et judiciaire, se réjouit de résultats record, qui lui permettent de confirmer ses prévisions annuelles relevées en juillet.

"Les performances réalisées sur les neuf premiers mois de l'année 2021 sont non seulement très supérieures à celles de 2020, qui avaient été pénalisées par la crise sanitaire durant deux trimestres, mais également bien meilleures qu'en 2019, précédente année record pour le groupe", a souligné Antoine Frérot dans un communiqué.

Une "dynamique commerciale particulièrement bonne"

A change constant, le chiffre d'affaires sur neuf mois, de 20,357 milliards d'euros, affiche une progression de 9,4% par rapport à l'année dernière, et de 4,7% par rapport à la même période juste avant Covid. Le bénéfice net, de 667 millions d'euros, a été multiplié par cinq par rapport à 2020, et a crû de 44% par rapport à 2019.

Une "dynamique commerciale particulièrement bonne grâce à des marchés porteurs et des offres qui intègrent toujours plus de valeur ajoutée" explique en grande partie ces performances, souligne Antoine Frérot, en insistant particulièrement sur les "compétences rares" de Veolia dans l'une de ses priorités, les déchets dangereux. "Le maintien d'une stricte discipline en matière d'économies de coûts" a aussi joué, ajoute-t-il, en rappelant que 299 millions d'euros de ces économies ont déjà été réalisées, en avance sur l'objectif annuel de 350 millions.  

Veolia table donc pour 2021 sur un chiffre d'affaires supérieur à celui de 2019 (27 milliards d'euros), et sur un excédent brut d'exploitation supérieur à 4,1 milliards d'euros, en croissance de plus de 12% par rapport à l'année dernière.

"La justesse des choix stratégiques"

Quant à Suez, selon les derniers résultats du groupe sous sa forme actuelle, la croissance du chiffre d'affaires à périmètre et change constants s'élève sur les premiers neuf mois de 2021 à 9,8% par rapport à 2020, et à 6,3% par rapport à 2019. Sur la même période, le bénéfice opérationnel a atteint 1,253 milliards d'euros: en variation organique, le double qu'en 2020 et 26% de plus qu'en 2019.

"(...) ces résultats témoignent de la justesse de nos choix stratégiques", a commenté le directeur général Bertrand Camus, qui quittera le groupe au moment de la fusion avec Veolia, cité par l'AFP.

Comme pour Veolia, "une forte dynamique commerciale" est à l'origine de ces résultats, selon le directeur financier de Suez, Julian Waldron, qui évoque "une contribution positive de l'ensemble des activités". Le recyclage et la valorisation des déchets bénéficient en particulier "d'une dynamique de volumes et de prix robustes", alors que l'eau fait juste preuve d'une "bonne résilience".

Suez a donc lui aussi relevé ses objectifs annuels. Il espère désormais confirmer le retour à la croissance organique après la crise sanitaire, avec un chiffre d'affaires supérieur 16 milliards d'euros. Il table aussi sur un résultat opérationnel supérieur à 1,5 milliard d'euros pour 2021, situé donc dans "la moitié supérieure de la fourchette" qu'il s'était fixé jusqu'à présent, entre 1,4 et 1,6 milliards d'euros.

L'autorisation de la Commission européenne attendue en décembre

Dans ce contexte, la préparation de la fusion, qui donnera lieu à un Veolia agrandi et à un Suez réduit de 40%, se poursuit comme prévu, insistent les deux groupes.

Veolia aborde "le rachat de Suez en position idéale", souligne Antoine Frérot.

Après avoir réussi début octobre une augmentation de capital de 2,5 milliards d'euros destinée à financer une partie de l'acquisition de Suez, Veolia affirme avoir transmis le 22 octobre une notification formelle à la Commission Européenne, qui doit se prononcer sur la conformité de la fusion aux règles de la concurrence. Elle devrait rendre son avis, crucial, avant Noël, prévoit le groupe.

La cession effective fin janvier

Veolia, qui en octobre 2020 a acheté à Engie 29,9% du capital de Suez, espère alors clôturer une offre publique d'achat sans conditions suspensives du 70,1% restant au plus tard début janvier. La cession effective des actifs attendra toutefois probablement fin janvier, afin que les deux nouvelles entités puissent ainsi disposer de comptes mensuels clairs, a expliqué Antoine Frérot lors d'une conférence de presse. Pour cette date, l'intégration des salariés de Suez qui passeront chez Veolia sera également finalisée, promet-il.

Le chiffre d'affaires de Veolia dépassera alors les 37 milliards d'euros, et ses salariés passeront de 180.000 à 230.000. Suez, détenu alors par un consortium composé des fonds français Meridiam et américain GIP aux côtés de la Caisse des dépôts/CNP Assurances, comptera en revanche quelque 7 milliards d'euros de chiffre d'affaires et 40.000 salariés, moins de la moitié qu'aujourd'hui. Il gardera ses activités françaises, mais seulement une petite dimension internationale centrée sur l'eau, et sortira de la Bourse.

Une enquête pénale en cours

Veolia se dit persuadée que ce calendrier ne sera pas entravé par un ultime obstacle dressé par les syndicats de Suez, opposés à la fusion: l'ouverture le 18 juin par le Parquet national financier (PNF), à leur demande, d'une enquête préliminaire pour "trafic d'influence". Dans une plainte déposée le 22 avril, la majorité de l'intersyndicale du groupe Suez a en effet soumis au PNF ses soupçons concernant l'existence d'une entente illégale ayant facilité la fusion. Les syndicats pointent notamment du doigt le PDG de Veolia, ainsi que le secrétaire général de l'Élysée Alexis Kohler, le président du conseil d'administration d'Engie Jean-Pierre Clamadieu et le PDG du fonds Meridiam Thierry Déau.

L'Union syndicale Suez demande "la suspension immédiate des opérations de rachat, dans l'attente des conclusions de l'enquête" confiée à l'Office central de lutte contre la corruption et les infractions financières et fiscales (OCLCIFF ), qui à son sens "valide pleinement (...) le sérieux des reproches faits à cette opération".

Mais "cette enquête n'aura pas d'effets sur l'avancement du rapprochement", assure Antoine Frérot, pour qui elle n'a qu'un but: "maintenir un semblant d'agitation" autour d'une opération désormais inéluctable.

Giulietta Gamberini

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Commentaire 1
à écrit le 05/11/2021 à 8:12
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Heureusement ! Leur business c'est quand même de nous vendre un truc qu'ils prennent gratuitement ! Alors c'est pas des génies certes mais quand même c'est pas bien compliqué.

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