Qualité de l'air en France : en progression mais doit largement mieux faire

 |   |  1118  mots
Malgré une amélioration depuis trente ans, Paris et la France doivent encore progresser sur la qualité de l'air. Avec 48.000 morts en 2016, les particules fines demeurent la 3e cause de mortalité en France.
Malgré une amélioration depuis trente ans, Paris et la France doivent encore progresser sur la qualité de l'air. Avec 48.000 morts en 2016, les particules fines demeurent la 3e cause de mortalité en France. (Crédits : Pascal Rossignol)
Malgré une amélioration globale de la situation en Ile-de-France, de nombreux habitants de Paris et sa région respirent encore, s'agissant du dioxyde d'azote et des particules fines, un air qui dépasse les plafonds fixés par l'Organisation mondiale de la santé et la Commission européenne.

Une réduction, dans l'air respiré par les Parisiens, de 28% à 35% de la teneur en dioxyde d'azote (NO2) mesurée dans plusieurs lieux de la capitale, tel est le résultat de la 4e "Journée sans voiture", dimanche 15 septembre, selon les observations d'Airparif, l'association en charge de la surveillance de la qualité de l'air en Ile-de-France,

Mais qu'en est-il de la qualité de l'air en Ile-de-France en temps ordinaire ? Elle résulte de l'intensité des émissions polluantes et de la météorologie, et il convient de l'analyser sur d'assez longues durées pour pouvoir observer de véritables tendances. Selon le dernier rapport annuel publié par Airparif, si 2017 a vu une tendance générale à l'amélioration en Île-de-France, certains polluants dépassent cependant toujours les normes, à des degrés divers : le dioxyde d'azote (NO2), les particules fines de respectivement 10 microns (PM10) et 2,5 microns (PM2,5), l'ozone (O3) et le benzène (C6H6). Des dépassements essentiellement constatés dans l'agglomération parisienne et le long des axes de circulation.

Des taux supérieurs aux limites fixées par Bruxelles

Ainsi, plus de 1,3 million de Franciliens (soit 10% de la population, mais 50% des Parisiens) sont toujours exposés à des niveaux de dioxyde d'azote au-delà de 40 microgrammes/m3 en moyenne annuelle, le seuil limite fixé par l'Union européenne et au-delà duquel, il présente un risque sanitaire.

Par ailleurs, comme l'ont relevé les scientifiques partenaires du ballon captif Generali qui se livre depuis 2013 à des mesures complémentaires de celles effectuées par Airparif depuis le parc André Citroën du quinzième arrondissement où il est ancré, ces derniers mois ont vu resurgir des pics d'ozone à la faveur des périodes caniculaires en juillet et en août. L'année 2018 marque même un record depuis 2003. Polluant secondaire, l'ozone n'est pas rejeté directement dans l'atmosphère mais résulte de la transformation chimique d'autres éléments tels que les oxydes d'azote (NOx) et les "composés organiques volatils" (COV) et survient en cas de chaleurs et ensoleillement intenses. Sur le long terme, l'augmentation des décès cardiorespiratoires dus à l'ozone en saison chaude se situe entre 1% et 3%.

Les particules fines, 3e cause de mortalité en France

« Mais l'impact des pics d'ozone sur la santé publique est sans commune mesure avec celui des particules fines », reconnaît le professeur Sauvet, cardiologue et président de l'Asef (Association santé environnement France). De fait, selon l'INVS (l'agence nationale de santé publique), environ 500 morts prématurées par cause respiratoire seraient imputables à l'ozone en 2016, à mettre en regard des 48.000 décès annuels dus aux particules fines, qui font de cette pollution la troisième cause de mortalité en France.

Concernant les principaux polluants mesurés (particules fines PM10 et PM2,5 et NO2), la baisse ne s'observe pas seulement entre 2016 et 2017 comme le révèle le rapport d'Airparif, mais aussi sur la « période récente » de 2007 à 2017. Pour la « période long terme » de 1990 à 2017, les chiffres ne sont pas disponibles pour les particules fines, mais sur tous les autres polluants (y compris le plomb, le dioxyde de souffre, l'arsenic, etc.), la baisse est incontestable, hormis pour l'ozone.

Le trafic routier responsable de 75% du dioxyde d'azote francilien

« Le véritable problème, ça n'est pas l'ozone, abonde Jean-Baptiste Bernard, directeur de recherche au CNRS, mais le dioxyde d'azote (NO2) et les particules fines. »

Ces polluants sont produits par l'industrie, le chauffage au bois et le trafic routier. Ce dernier est, selon Airparif, en Ile-de-France, responsable à 75% des émissions de NO2.

De quoi apporter de l'eau au moulin des élus franciliens, Anne Hidalgo en tête, qui poursuit son entreprise de relégation progressive des véhicules les plus polluants à l'extérieur de la capitale.

En 2019, les véhicules affichant des vignettes Crit'Air 4 (principalement les voitures diesel immatriculées avant le 31 décembre 2005 et celles à essence) seront interdits à la circulation. La région et Paris espèrent également, à l'horizon 2024, exclure du périmètre intra-A86, l'ensemble des véhicules diesel.

Ce mercredi matin, à l'Hôtel de Ville, à l'occasion de la Journée nationale pour la qualité de l'air, la Fondation européenne du poumon a d'ailleurs décerné à la maire de Paris (et présidente du C40) son prix annuel pour saluer son engagement et ses résultats en faveur de la qualité de l'air et de la réduction des maladies respiratoires.

Le professeur Sauvet ne saurait trop lui donner raison, qui cite l'exemple de Tokyo. La capitale japonaise, qui fait la chasse aux particules fines (donc au diesel) depuis 2003, a obtenu des résultats « phénoménaux ».

« Une baisse de 44% du taux de particules fines, de 11% de la mortalité cardiaque et de 22% de la mortalité pulmonaire », souligne-t-il.

Paris en milieu de classement, la France condamnée par Bruxelles

Mais il reste encore à Paris un peu de chemin à parcourir. Selon un classement des capitales européennes établi au printemps dernier par l'ONG Greenpeace, Copenhague, Amsterdam et Oslo sont sur le podium et Paris émerge en milieu de tableau, à la 7place, derrière Zurich, Vienne et Madrid.

Et les récentes avancées franciliennes - qui se font dans la douleur - ne suffisent pas à changer la donne au niveau national. Aussi, les organisations profitent du coup de projecteur porté sur le sujet en cette journée nationale pour tirer la sonnette d'alarme.

Le Réseau Action Climat (RAC) France rappelle par exemple que « 43 millions de véhicules diesel très polluants, hérités du Dieselgate, sont toujours en circulation en Europe, dont plus de 8 millions en France qui se place en tête du classement des pays européens », et déplore un manque de volonté politique sur ce sujet.

« Trois ans après le scandale [du Dieselgate, Ndlr] et la mise en place d'une commission technique indépendante à laquelle le RAC et France Nature Environnement ont participé, les préconisations des experts n'ont pas été mises en œuvre. Seule 1 recommandation sur 8 - le rattrapage fiscal entre l'essence et le diesel - a été suivie d'effet. »

D'ailleurs, avec cinq autres Etats-membres (Allemagne, Royaume-Uni, Italie, Hongrie et Roumanie), la France a été une nouvelle fois renvoyée devant la Cour de justice par la Commission européenne en mai dernier en raison de ses manquements répétés à ses obligations en matière de qualité de l'air - et, plus précisément, en raison d'un "dépassement des valeurs limites de qualité de l'air fixées et manquement à l'obligation de prendre des mesures appropriées pour écourter le plus possible les périodes de dépassement".

___

ANNEXE

Bilan de la qualité de l'air - Année 2017 - Surveillance et information en Île-de-France (Airparif, rapport de 110 p., fichier pdf de 12 Mo, mars 2018)

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Commentaires
a écrit le 20/09/2018 à 14:04 :
Il faut tout de suite augmenter les taxes sur l'essence pour que les pauvres cessent d'encombrer les routes. C'est prévu , il faut simplement anticiper.
a écrit le 20/09/2018 à 11:05 :
vu les problème pour se loger et trouver un travail, faire en sorte que les gens vivent plus longtemps n'est pas une bonne solution. Depuis la crise, les seules fois où j'ai eu du travail, c'est des cdd pour remplacer des gens qui ont eu des pb de santé ou des accidents de la route, en l'absence de vrais actions pour diminuer le chomage par 10, qu'on laisse ces gens libérer leur emplois et leurs logements !!
a écrit le 20/09/2018 à 0:27 :
L'amélioration de la situation à Tokio est due à la seule limitation de l'utilisation des voitures diesel ?
a écrit le 19/09/2018 à 18:37 :
"et le benzène (C6H6)" dû à l'essence, avant c'était un dérivé du plomb (tétraéthyle), sert d'antidétonant. Mal brûlé, leucémies à la clé (on l'utilisait comme (excellent) solvant au labo mais il a été écarté, trop nocif (sauf en synthèse où il va réagir, pas de choix)).
Pour les particules fines, vu que les moteurs essence à injection directe en crachent discrètement, l'UE a réclamé des FAP sur les moteurs neufs, on va donc pouvoir respirer (ouf, ai fui Paris depuis 10 ans).
Produits pétroliers = nuisances. Voir si le GNL (méthane) ne serait pas un moins mauvais produit (et méthanol aussi, fabriqué à partir de CO2 industriel non rejeté dans l'atmosphère) mais réservé aux bus et bateaux. Au salon auto de Genève il y avait 2-3 modèles de voitures capables de l'utiliser, le GNL, encore une copie des "problèmes" GPL de l'époque, pompes rares ou absentes. Le méthane bio, issu de déchets fermentés, il devra être consommé.
Le lien entre le remplacement des vieux moteurs bruts par des récents, ça donne quoi comme effet mesurable ? 10% du parc provoquant 50% de la pollution de Paris, c'est la raison de refuser les Crit'Air 5 (puis 4), mais quid de l'effet du remplacement ? On sait pas ?
a écrit le 19/09/2018 à 17:07 :
"Les particules fines, 3e cause de mortalité en France"

Sachant que les cancers sont la première, au final on se demande quel est ce monde de fous dans lequel on laisse les citoyens se faire exterminer pour des seules raisons d'intérêts financiers.

Aberrant (euphémisme mais les expressions adaptées sont trop censurables...).

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :