Entre Top Gun et Hunger Games, ces trois femmes peuvent-elles sauver la planète ?

VOTRE TRIBUNE DE LA SEMAINE. Et si on s'approchait de la fin de la guerre. En trois mois d'invasion et de sanctions, la Russie et l'Occident sont échec et pat. Et si la récession en Chine nous sauvait la mise ? Pendant ce temps, Emmanuel Macron, pour incarner son second mandat, confie à trois femmes dont la Première ministre Elisabeth Borne la bataille de la transition écologique et énergétique en France. Et prépare une taxe sur les profits de TotalEnergies ?
Philippe Mabille

6 mn

(Crédits : Reuters)

Tromper sans mentir ! C'est le principe de base des échecs où, à la différence du poker, les deux joueurs voient en permanence le jeu de l'adversaire, par construction ouvert, sauf sa stratégie, qu'il faut rendre illisible. Un jeu où excellent depuis toujours les grands maîtres russes et dont le succès, ou l'échec, dépend souvent de la capacité à tenir le centre des 64 cases qui offrent un monde infini de possibilités.

Dans la partie d'échecs que mène Poutine depuis l'invasion de l'Ukraine le 24 février, le monde est entré dans un jeu qui laisse encore ouvertes beaucoup d'options. La prise de Marioupol, où le régiment ukrainien Azov a dû déposer les armes jeudi dans l'aciérie assiégée d'Azovstal, et les avancées de l'armée russe dans le Donbass, avec la quasi conquête de la région de Loubansk, offrent en cette fin mai une fenêtre d'opportunité pour que s'ouvre enfin le chemin d'une vraie négociation de paix.

De fait, on pourrait penser que la Russie et l'Occident sont en situation d'échec et pat, une position qui n'offre ni vainqueurs, ni vaincus.

La Russie est quasiment ruinée par une guerre qui n'a jamais dit son nom, côté russe, mais son « opération militaire spéciale » n'est pas encore en échec puisque l'Est et la côte sud de l'Ukraine sont gagnées. L'Occident, mais aussi les pays du monde entier, en particulier émergents, sont lourdement pénalisés par la résurgence de l'inflation provoquée par la flambée des prix de l'énergie et de certaines matières premières stratégiques. Et surtout, la crainte d'une épidémie de famine gagne du terrain, à l'image du drame qui frappe le Sri Lanka où des émeutes se déroulent dans un pays ruiné par la corruption et incapable de nourrir sa population, avec l'arrêt des exportations de blé indien et l'échec du passage de l'ancienne île de Ceylan au 100% bio, qui a ruiné les paysans.

Comme il faut savoir arrêter une grève, il faut savoir aussi arrêter une guerre. La Turquie d'Erdogan, qui met son veto à l'entrée de la Finlande et de la Suède dans l'OTAN, peut-elle réussir à rendre possible ce qui a échoué jusqu'ici ? La balle si l'on peut dire est principalement dans le camp de Vladimir Poutine qui a réussi à imposer le règlement en roubles pour les achats de gaz aux compagnies occidentales, au mépris des règles des sanctions. Une illustration de la célèbre formule de Lénine : « les capitalistes nous vendront jusqu'à la corde pour les pendre ».

La fin de la guerre n'est peut-être pas pour tout de suite mais, en moins de 100 jours, ses effets commencent à mettre le feu à une planète déjà en danger par le réchauffement climatique, comme le montrent les températures caniculaires dans certains pays et ce mois de mai atypique en France. Alors que Tom Cruise présente "Top Gun Maverick" à Cannes pour vanter le soft power de l'armée américaine au reste du monde, les pays les plus pauvres, affectés par une sécheresse sans précédent et la disparition d'une partie des exportations de blé ukrainien et russe, en sont à envisager un scénario à la Hunger Games, cette trilogie hollywoodienne qui raconte ce que pourrait devenir une Terre après l'apocalypse nucléaire, et où des jeux de la faim opposent les 13 secteurs d'un monde balkanisé.

Peut-être seront-ils miraculeusement sauvés par la crise Covid qui entraîne la Chine vers une récession imprévue en fermant la première économie mondiale. A rebours des autres banques centrales, qui remontent les taux, la Banque de Chine vient d'abaisser les siens pour sauver son économie, ce qui a rassuré les marchés. Face à l'affaiblissement de son économie, la Chine veut continuer de s'ouvrir au monde.

Dans son nouveau livre, "L'Arrêt. Comment le Covid a ébranlé l'économie mondiale" (Les Belles Lettres), lu pour vous par Robert Jules, Adam Tooze, l'historien de l'université de Columbia (Etats-Unis), signe la suite de son best-seller "Crashed", qui analysait les conséquences de la crise de 2008. Il n'aura fallu qu'une mutation marginale d'un virus dans une ville du centre de la Chine pour achever de remettre en cause un système économique basé sur le néolibéralisme, considère l'historien.

Illustration de ce changement de paradigme, la décision inédite de la puissante banque d'affaires américaine Goldman Sachs qui a décidé d'accorder des congés... illimités à ses principaux cadres. Et quelques jours supplémentaires à la piétaille... Mélenchon en a rêvé, Goldman Sachs l'a fait ?

Elisabeth Borne, l'ancienne ministre du Travail, nommée lundi Première ministre chargée de la planification écologique et énergétique ne va pas chômer. La nouvelle Dame de fer et du Faire d'Emmanuel Macron a proposé vendredi un gouvernement incarnant à la fois la continuité et l'ouverture, au centre droit comme au centre gauche, pour contrer la montée en puissance de la gauche réunie sous la bannière Nupes de Jean-Luc Mélenchon.

Son principal objectif : réaliser la transition écologique et le plein emploi, avec un taux de chômage à moins de 5% en 2027. Un pari audacieux, contrecarré par le risque d'une entrée de la France en récession ou en stagflation, mais pas impossible. Il faudra investir massivement, au moins 80 milliards d'euros par an pour tenir l'équation, affirme l'institut Rexecode, proche du Medef qui, pour financer cet effort, espère une poursuite de la baisse des impôts de production. Mais au gouvernement, on n'exclut pas de taxer un peu certains profits de crise, notamment ceux du secteur pétrolier, en clair de TotalEnergies. Au Medef, on n'apprécie pas. Si on taxe les gains, l'Etat remboursera-t-il les pertes, demande Geoffroy Roux de Bézieux. Euh, un peu Monsieur le président du Medef, qui oublie un peu vite le « quoi qu'il en coûte ».

Le nouveau gouvernement Borne/Macron 2 sera-t-il plus audacieux pour reprendre les réformes ?  Sa principale originalité est de confier à trois femmes les rênes de la planification écologique. Comme si c'était d'abord une affaire féminine que de s'attaquer à un changement majeur de notre civilisation. En tout cas, on ne peut pas vraiment dire que les hommes jusqu'ici aux commandes ont beaucoup fait progresser cette cause. En France, face au réchauffement climatique, on n'a pas tout essayé.

Philippe Mabille

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