Le front de l'hiver est frais !

VOTRE TRIBUNE DE LA SEMAINE- En dépit des perspectives de la météo, avec l'arrivée de la neige bien avant Noël, il est désormais à peu près certain que l'hiver social sera chaud. La retraite à 65 ans de Borne-Macron, la preuve que la France se rapproche de la faillite. Pendant ce temps-là, l'industrie européenne se prépare à mourir en silence et le voyage de Macron à Washington n'y a pas changé grand chose. Pour l'instant.
Philippe Mabille
(Crédits : © Carlos Barria / Reuters)

Poursuivons notre chronique météo de cet hiver de tous les dangers. Comme annoncé par Météo France, un froid sibérien est en train de s'abattre sur l'Europe. Les premières victimes en seront les Ukrainiens que Poutine veut faire mourir de froid en s'attaquant aux infrastructures énergétiques du pays dans sa guerre d'usure qui entre dans son dixième mois, avec la neige en nouvelle ligne de front. La guerre sera-t-elle gagnée par le Général Hiver. On peut le craindre, sans bien savoir encore qui sortira vainqueur.

Il neigera aussi en France le week-end prochain, nous dit la météo, ce qui est une bonne nouvelle pour les stations de ski qui communiquent toutes déjà sur leur réouverture tout en s'inquiétant sur leur devenir, comme l'a raconté dés septembre notre journaliste rédactrice en chef de la région AURA Marie Lyan dans une série sur le sujet. Le « ski shame », la « honte de faire du ski », va-t-elle faire cette année autant de dégâts que le « flygskam » (la honte de prendre l'avion) popularisé par l'activiste suédoise Greta Thunberg (récemment convertie au nucléaire par « nécessité ») ?

Espérons que non pour l'économie des stations de montagne et les 120.000 salariés de « l'or blanc » qui représentent un chiffre d'affaires de 10 milliards d'euros chaque année et attirent de nombreux touristes. L'enjeu pour la montagne comme pour l'avion est de réussir leur transition énergétique et leur virage vers une sobriété choisie plutôt que subie. Et de sortir de leur image de vacances de luxe pour nantis et autres oligarques, bref retrouver l'esprit familial des « Bronzés font du ski ».

Tant qu'on est dans la nostalgie, célébrons avec Emmanuel Macron notre super-ministre des transports l'annonce de futurs RER dans 10 métropoles françaises. Les « RER Macron » après les « cars Macron » ? Chiche lui ont répondu les collectivités locales concernées qui se verraient bien jouer un « remake » du film « Elle court, elle court la banlieue », un classique sorti en 1973 où le très beau couple Jacques Higelin et Marthe Keller inaugurent la naissance des villes nouvelles en région parisienne. « Le RER ce n'est pas que sur Paris » s'exclama le provincial président de la République élevé à Amiens. Avec les candidatures de Lille, Bordeaux, Lyon, Montpellier, Aix-Marseille, Nice, Rennes, Reims, nombreuses sont les villes moyennes et grandes à rêver de leur RER. Strasbourg l'a fait, nous raconte Olivier Mirguet, notre correspondant du Grand Est, avec son REME, le réseau express métropolitain européen dont la mise en service démarre le 12 décembre. Jean Rottner, le président de la région, en attend 1.000 rames hebdomadaires de plus en septembre 2023... suscitant la jalousie des autres présidents de métropoles et de régions qui se demandent bien comment seront financés ces RER et surtout qui va payer la facture ?

Nous en parlerons jeudi prochain avec Jean-Pierre Farandou, le président de la SNCF qui a accepté de débattre avec Frédéric Mazzella, le fondateur de BlaBlaCar sur le thème "Les mobilités face au carbone" lors de notre Forum Zéro Carbone Paris (inscription ici).

L'hiver arrive aussi pour l'économie française avec un ralentissement sérieux de la consommation et bientôt de l'industrie. Heureusement on en sait enfin plus sur le mécanisme d'amortisseur énergie promis par le gouvernement pour aider les entreprises à réduire leur facture de gaz et d'électricité. Il était temps car beaucoup de PME n'avaient même pas connaissance de ce projet de guichet qui aurait facilement pu tourner à l'usine à gaz, ambiance « Guichet énergie entreprise : quel numéro de téléphone » ? Finalement, le choix de la simplicité l'a emporté et Juliette Raynal nous en explique le fonctionnement qui passera directement par les fournisseurs d'énergie.

Dès janvier prochain et pendant toute l'année 2023, les TPE et PME pourront bénéficier automatiquement d'une aide sur leur facture d'électricité, dès lors que le prix annuel moyen de l'électricité dépasse, dans leur contrat, 180 euros le mégawattheure. Cet « amortisseur électricité » devrait coûter 3 milliards d'euros à l'Etat. Il sera financé par une taxe énergétique à laquelle sont soumis les fournisseurs d'électricité.

Heureusement, la solidarité européenne commence à organiser la riposte. La France vendra du gaz à l'Allemagne en contrepartie de son électricité et même la Belgique aidera la France à éviter les coupures cet hiver grâce à un renforcement de l'interconnexion entre les deux pays. Encore un effort et l'Allemagne acceptera peut-être enfin d'accorder à la France la même exemption que l'Espagne et le Portugal sur la règle absurde qui relie le prix du gaz et de l'électricité.

Mr Macron goes to Washington (bis)

De solidarité, l'Europe va avoir besoin d'en faire preuve plus encore si elle veut sauver son industrie confrontée à un double défi inédit : l'Amérique devient l'un de ses principaux fournisseurs d'énergie et fait payer cette dépendance au prix fort tout en renforçant la défense du Made in America. En visite d'Etat à Washington, pour la seconde fois, Emmanuel Macron a haussé le ton, dénonçant avec véhémence le risque que « l'Europe et la France deviennent une sorte de variable d'ajustement » de la rivalité Etats-Unis/Chine. Une grosse colère qui n'a pas fait reculer Joe Biden dont la loi Inflation Reduction Act (IRA) votée cet été prévoit des subventions massives à la production sur le sol des Etats-Unis. Mais en évoquant cette possible fragmentation de l'Occident, les paroles de Macron résonnent en creux surtout comme un avertissement à l'Europe et notamment l'Allemagne et un appel pour que des mesures de réciprocité soient prises. L'Europe, à nouveau victime de sa naïveté, cherche la parade dans un « Buy European Act » bien hypothétique en l'absence de volontarisme politique. Si l'industrie européenne meurt, elle l'aura bien cherché.

On en a parlé dans le cadre de notre grande tournée Transformons la France à l'occasion de l'étape que nous avons organisée dans les Hauts-de-France mardi 30 novembre. Retrouvez ici les débats et le résumé de la journée. Au-delà du prix de l'énergie et de la bataille de la souveraineté, le défi est aussi celui des compétences pour développer la vallée de l'électricité avec 3 projets de Gigafactory de batterie dans les Hauts-de-France.

On ne retrouvera pas le plein emploi sans développer nos PME et nos ETI notamment en libérant le potentiel des entreprises familiales. Le sujet a été à l'honneur jeudi 1er décembre de la seconde édition du Family Business Forum dont vous pouvez retrouver les débats ici. Pierre Gattaz, ancien président du Medef et de Business France explique comment nous pourrions créer non pas seulement 1 million d'emplois, comme il l'avait prédit en 2015 mais 2 millions d'ici la fin de la décennie. D'ici là, on aura le temps de réfléchir à notre lointaine retraite avec une pensée émue pour la génération 1961 qui va inaugurer la réforme Borne-Macron.

Un choix qui en dit long sur l'état des finances publiques de la France. Vivement le 15 décembre date officielle de lancement de la retraite à 65 ans et de la très probable grève générale de l'hiver 2023. La Première ministre se dit ouverte à des aménagements sur l'objectif présidentielle de 65 ans. Cela s'appelle une position de négociation. L'hiver sera-t-il chaud finalement ? Par précaution, achetez de bonnes chaussures et mettez-vous au vélo, il paraît que c'est bon pour la santé !

Philippe Mabille

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Commentaire 1
à écrit le 03/12/2022 à 8:34
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Pas facile d'être coincé entre des américains qui veulent continuer d'être la première puissancem ondiale inconstestable et qui doivent donc se débarraser de nous autres européens aux oligarchies dégénérées, et le dogme néolibérale qui subventionne l...

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