« Mon centre cède, ma droite recule, situation excellente, j'attaque  !  »

VOTRE TRIBUNE DE LA SEMAINE. L'entrée en campagne d'Emmanuel Macron est imminente. Sa stratégie pour remettre l'économie au centre. Les risques de la fin du "quoi-qu'il-en-coûte". Les succès et les limites des records de la Startup Nation. Et autres informations de la semaine écoulée.
Philippe Mabille

8 mn

(Crédits : GONZALO FUENTES)

« Quand je suis seul (e) et que je peux rêver, je rêve que je suis dans tes bras, je rêve que je te fais tout bas, une déclaration »... Emmanuel Macron en rêve tout bas, il ne devrait plus trop tarder à le dire (tout haut) : « d'évidence », il est candidat à un second (et dernier) mandat, nul besoin de fredonner en silence les paroles de la chanson de France (Gall). Le terrain se dégage après la séquence piège du discours de Macron au Parlement européen de Strasbourg, suivie par notre correspondant Olivier Mirguet, où ses opposants ont échoué à « nationaliser » la présence du chef de l'Etat, venu présenter l'agenda de « sa » grande présidence de l'UE.

Les planètes s'alignent enfin : la fin de la cinquième vague approche, Jean Castex a préparé le terrain à une levée des contraintes sanitaires en février pour les détenteurs du pass vaccinal (les autres étant destinés à être « emmerdés » jusqu'à ce qu'ils se fassent injecter le sérum...). L'économie va encore bien malgré l'alerte sur le front de l'inflation et du pouvoir d'achat suivi comme le lait sur le feu. Après le chèque-énergie, le plafonnement du prix de l'électricité au grand dam d'EDF, très fragilisé, souligne Marine Godelier, Bruno Le Maire s'apprête à faire un nouveau cadeau fiscal sur le carburant...

Emmanuel Macron ne devrait donc plus faire durer le suspense très longtemps. Ce lundi lors de son déplacement dans la Creuse ? Ce mardi en Haute-Vienne ? Quoi de mieux qu'une visite sur les thèmes de la jeunesse, de la santé et de la relance en milieu rural, entre La Souterraine et Limoges, au cœur de la « France profonde » pour lancer l'offensive auprès de la « majorité silencieuse ». Il semble que cela attendra encore un peu, notamment à cause d'un dîner ce mardi soir à Berlin avec le nouveau Chancelier allemand, Olaf Scholz. En bon chef des armées, le candidat Macron serait partisan d'une guerre éclair et son entourage ne cache pas son impatience et son envie d'y aller, alors que tous ses adversaires sont sur un faux plat. Pécresse patine, Zemmour s'enlise, le PS a disparu, Marine reste sa meilleure adversaire... Comme le disait le maréchal (Foch !!!) : « mon centre cède, ma droite recule, situation excellente, j'attaque ! » Alors, que ce soit lundi, mardi ou dans les trois semaines, qu'importe, quand cela va partir, cela va y aller fort, promet-on dans son entourage...

Notre chroniqueur politique, Marc Endeweld, s'amuse de la manière quasi-florentine dont l'ancien Premier ministre Edouard Philippe a été éconduit dans sa tentative de fusionner son nouveau parti Horizons avec le micro-mouvement Agir de Franck Riester qui rassemble les dissidents de la droite républicaine ayant rejoint Macron en 2017. Un épisode machiavélique où l'ancien ministre de la Culture se serait vu proposer par l'Elysée la présidence du Château de Versailles, que doit quitter incessamment Catherine Pégard. Et un nouvel épisode de la guerre des droites alors que le démarrage imminent de la campagne alimente espoirs et ambitions dans la macronie, y compris chez Bruno Le Maire qui attend son heure depuis la citadelle Bercy...

Attention aux excès de confiance : il est encore trop tôt pour affirmer que l'épidémie est terminée. Dans un dossier très complet, Florence Pinaud et Emilie Guédé font le point sur ce qui pourrait bien devenir une « décennie Covid » avec encore de nombreuses inconnues.

Dans sa chronique, Robert Jules montre que, comme le dit l'OCDE, et contrairement au débat politique actuel à droite, la pandémie a donné un coup d'arrêt à l'immigration en 2020 et que ce n'est pas sans lien avec les pénuries de main d'œuvre rencontrées, notamment au Royaume-Uni depuis le Brexit. Un avertissement sur les raccourcis de la campagne électorale française...

Dans la bataille pour l'Elysée, l'économie va, espérons-le, reprendre le dessus, en particulier la question de la ré-industrialisation. Agnès Pannier-Runacher, la ministre déléguée à l'industrie, nous a accordé un long entretien pour faire le bilan des mesures prises par le gouvernement dans un entretien vidéo avec La Tribune. La ministre y défend aussi la parité hommes-femmes, grande cause du quinquennat à laquelle elle consacre un livre coécrit avec Elisabeth Moreno.

L'un des défis du gouvernement dans la période pré-électorale va être de gérer les conséquences de la sortie du « quoi qu'il en coûte ». La période est critique pour certaines entreprises, et les défaillances d'entreprises (tombées à leur plus bas depuis 35 ans grâce aux aides de l'Etat) ont bondi de 9% en décembre, selon le cabinet Altares. Faut-il craindre une hécatombe en 2022, se demande Grégoire Normand ? Certains secteurs et régions sont en alerte rouge. Michel Cabirol donne un exemple prouvant que la situation de certaines entreprises peut se dégrader rapidement avec le cas de CNIM, un petit conglomérat industriel (environnement, énergie, industrie, défense /sécurité civile) basé à la Seyne-sur-mer (Var), qui vient de se placer en procédure de sauvegarde en dépit des efforts de l'État et de ses actionnaires (la famille Dmitrieff ), qui l'ont maintenu jusqu'ici sous perfusion.

Alors que l'économie française a connu en 2021 sa plus forte croissance depuis les 30 Glorieuses, l'Elysée communique sur les bonnes nouvelles tant qu'il y en a. Emmanuel Macron a annoncé lundi, dans le cadre de Choose France, une nouvelle salve de 21 nouveaux projets d'investissements étrangers en France, qui créeront « plus de 10.000 emplois ». Un calendrier pas anodin à moins de 100 jours du premier tour, relève Grégoire Normand, qui permet au président de vanter le bilan de son action en faveur de l'attractivité. L'Alsace va ainsi accueillir un investissement de 300 millions d'euros de l'allemand BASF dans la chimie, raconte Olivier Mirguet. En Normandie, relève Nathalie Jourdan, le groupe canadien Loop Industries associé à Suez s'apprête à investir 250 millions d'euros dans l'estuaire de la Seine pour construire une usine qui produira du plastique 100% recyclé.

Toujours au chapitre des succès, la French Tech a levé, toutes startups confondues, un record de 11,6 milliards en 2021Dans la liste des licornes, un 26ème nom est apparu avec Spendesk, encore une fintech, qui a levé 100 millions d'euros. La French Tech vit depuis le début de l'année un véritable rêve, au rythme de l'émission vedette de M6 « Qui veut être mon associé », multipliant les succès. Mais attention à ce que l'arbre de la réussite réelle de la Startup Nation ne cache pas la forêt des défauts persistants de l'écoystème français prévient Sylvain Rolland : souveraineté, Bourse, Gafam, taille critique, mixité, la French Tech peut et doit encore mieux faire.

Et si le secteur de la fintech porte le mouvement, à l'image de Checkout fondé par le jeune milliardaire suisse Guillaume Pousaz, valorisée 40 milliards de dollars, il serait bien que de futures licornes naissent aussi dans l'industrie, souligne François Manens, qui prend pour exemple la success story du spécialiste de la robotique des entrepôts, Exotec. De bon augure pour les futures licornes que sont Ÿnsect, Innovafeed, Aledia et Verkor, interroge-t-il.

Dans la finance justement, outre l'accélération de la révolution digitale dans les paiements, on commence à sentir l'impact de la révolution de l'application des critères ESG dans la gestion d'actifs. TotalEnergies, sous la pression des ONG et des investisseurs, vient de décider de se retirer du Myanmar où il opère un champ de gaz. Face à l'escalade des violences, Patrick Pouyanné, qui justifiait pourtant en août dernier lors de l'université d'été du Medef que la présence du groupe en Birmanie était préférable pour l'intérêt des populations locales, a changé d'avis. Le S (social) de l'ESG prend désormais autant d'importance que le E (Environnement) ou le G (Gouvernance) pour les grandes multinationales. Gageons que les ONG et les investisseurs vont continuer de mettre la pression sur le respect des droits humains à l'avenir.

La prise en compte de l'écologie, oui, mais attention à ne pas le faire au détriment des performances financières durables, prévient dans sa lettre annuelle aux dirigeants d'entreprise Larry Fink, le patron du géant Blackrock (10 trillions de dollars d'actifs). Comme l'explique Eric Benhamou, le message, moins vert et plus capitaliste, sonne comme un retour en arrière après les professions de foi environnementales des dernières années. Victime de son succès, l'ESG doit trouver sa place dans un équilibre avec les règles capitalistes, à savoir ce bon vieux profit, comme disait ce bon vieux Milton Friedman...

Philippe Mabille, Directeur de la rédaction

Twitter @phmabille

Philippe Mabille

8 mn

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Commentaires 24
à écrit le 24/01/2022 à 13:51
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On arrive étrangement à faire passer la "croissance" de 2021 pour une sorte d'exploit de Macron ! Pourtant après les - 8 % de 2020 c'était juste mathématique de récupérer 8 % puisque contrairement à une période de guerre l'appareil de production est ...

le 24/01/2022 à 18:45
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Vous avez raison son action se situe de 2017 à 2019 et et cest plutôt l'inverse il atpaait déjâ largement dans les déficits et le reste c'est le ratrapage de 2020 par les industrie suite au confinement . Il y a pas de lézars il a été mauvais en tout ...

le 24/01/2022 à 18:47
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Vous avez raison son action se situe de 2017 à 2019 et et cest plutôt l'inverse il tapait largement dans les déficits et le reste c'est le ratrapage de 2020 par les industrie suite au confinement . Il y a pas de lézars il a été mauvais en tout ! La ...

à écrit le 24/01/2022 à 10:14
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E Macron peut compter sur vous. Soyez plus mesurés on avait annoncé Bonaparte et nous aurons eu un petit Louis Philippe de poche, qui se projette sur l'Europe ne sachant que faire pour redresser une France à terre. Cordialement

à écrit le 23/01/2022 à 21:38
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Macron en 2017, en off évidemment : j'ai été sélectionné par Bilderberg (réseau mondialiste) , il n'y a pas de démocratie en France ! « Franchement, soyons honnêtes, Chirac a participé à une conférence Bilderberg, il est devenu président. Manuel Va...

à écrit le 23/01/2022 à 15:15
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Il est le président de ceux qui n'ont jamais rien compris de ses discours , c'est même affligeant . Des petites gens on voté contre leurs propres intérêts croyant faire le contraire .Ces les discours de cette bourgeoisie pour rester en place .

à écrit le 23/01/2022 à 13:47
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Le bilan de Macron, c'est encore cinq années de perdu pour la France (la covid a bon dos): Une loi "pour la croissance et l'activité" qu'il aura mis près de trois ans à faire adopter! Des dépenses publiques incontrôlées et ce bien avant le "quoi qu'i...

le 23/01/2022 à 14:24
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politique libérale ! a lire la presse. la palme du déficit depuis 5 ans s élèverait a 700 milliards. se dissimuler derrière la pandémie ,? alors que les riches ont doublés leur fortune le grand danger de l inflation et ses conséquences une c...

à écrit le 23/01/2022 à 8:58
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Son assurance et son arrogance vont lui jouer un vilain tour, est il capable de débureaucratiser le pays de réduire la dépense publique permettez moi d’en douter comme la majorité des français et sur ce terrain est battable

à écrit le 23/01/2022 à 8:20
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Donner son suffrage a semblable bonimenteur, c'est faire preuve de non sens absolu. Celui pour celle ou celui qui a des enfants et qui par le fait oberera leur futur au pays France. A virer au plus vite. Z.

le 23/01/2022 à 8:49
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visiblement m macron et les socialistes n'ont toujours pas compris c(est leur vision du pays qui est a l'oppose des francais quand le peuple veut un pays avec un gouvernement responsable du pays ceci ne percoivent que mondialisation et europe les ...

le 23/01/2022 à 8:49
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visiblement m macron et les socialistes n'ont toujours pas compris c(est leur vision du pays qui est a l'oppose des francais quand le peuple veut un pays avec un gouvernement responsable du pays ceci ne percoivent que mondialisation et europe les ...

à écrit le 23/01/2022 à 5:40
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Notre jeune Président sera réélu heureusement pour notre pays. Ni gauche ni droite comme CHARLES DE GAULLE

le 23/01/2022 à 8:56
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a la botte des usa il critique moscou et pekin mais dialogue avec les talibans comme quoi l(influense des petrodollars et plus importante que la securite des nations et des peuples

le 23/01/2022 à 11:27
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le comparer Charles De Gaulle ça relève de l'exploit, il est jeune il a encore le temps d'avoir des enfants

à écrit le 22/01/2022 à 22:24
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+ 450 milliards de dette en 4 ans, l' introduction du pass vaccinal pour suivre le projet ignoble des mondialistes en fermant les traitements pour aller vers le gvt mondial de la cate de Schwab et quoi qu' il en coûte !, c ' est s...

à écrit le 22/01/2022 à 18:24
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je suis pas sur que ça soit dans son intérêt de se représenter , si il se fait balayer c'est sa fin politique. on Voit bien qu'il a abandonne la gestion du Covid pour se consacrer a l’Europe , les français sauront apprécies, un ego démesuré je suis p...

à écrit le 22/01/2022 à 17:50
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Avec 3 droites... à droite😃 qui n'ont pas grand chose en commun, des gauches plus ou moins... à gauche😃 et écolo/bobo, Macron n'a rien à craindre. Pour faire des économies, je suggère qu'on n'aille même pas voter et qu'on lui prolonge son mandat pour...

à écrit le 22/01/2022 à 17:50
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Avec 3 droites... à droite😃 qui n'ont pas grand chose en commun, des gauches plus ou moins... à gauche😃 et écolo/bobo, Macron n'a rien à craindre. Pour faire des économies, je suggère qu'on n'aille même pas voter et qu'on lui prolonge son mandat pour...

à écrit le 22/01/2022 à 16:07
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intelligent !!!!! je vote pas MACRON ....arrogant .méprisant avec la classe modeste ...un enfant gâté ...avant lui les aînés ont fait tourné le pays ...un couple dépensier ..pas de leçon à donner au gens modeste ...qui peine tout les mois à payer le...

à écrit le 22/01/2022 à 14:59
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Moi je voterais Macron, par ce que je ne veux pas dun retour du RPR :)

à écrit le 22/01/2022 à 12:36
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Comment peut on croire qu'un candidat étant au plus haut dans les sondages, pourrait se permettre de tricher? Et pourtant, il est a la bonne place et au bon moment pour le faire!

à écrit le 22/01/2022 à 9:07
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Ca fait un bail que nombre de chroniqueurs ont dit que micronus s'attribuerait les benefices de la fin de la pandemie et d'accorder l'ensemble au moment de dire qu'il se represente aux elections. Il sera battu. C'est aussi simple que cela. Il etait t...

à écrit le 22/01/2022 à 9:04
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Je ne sais pas, notre président qui disait lui même en tout début de mandat que s'il fallait refaire un référendum contre le traité constitutionnel européen les français le refuseraient à nouveau alors que là il s'étale en paroles stériles à la tête ...

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